Helvétia, Sonnets suisses, Genève
Une fois au Caire, Didier s'installa dans une maison du vieux quartier et se mit avec enthousiasme à explorer à fond la ville et ses environs. Il se documentait sur tous les aspects de la vie égyptienne, se préparant ainsi à écrire plus tard ses impressions sur ce pays qui le ravissait ! Le temps était « de plus en plus splendide et chaud. Je regretterai longtemps un pareil hiver », note-t-il le 31 décembre. Sa santé était maintenant bonne, sa vue meilleure depuis son arrivée, ce qui le décida à quitter Le Caire, le 16 janvier 1854, pour de grands voyages à Djedda, port de la Mecque, à Suokin et à Kassada, voyages qui sont racontés dans Un séjour chez le grand Schérif de la Mecque, et dans Cinquante jours au désert. Mais il avait trop présumé de ses forces ; il les épuisa par ce long voyage en plein été, si bien qu’à Khartoum il tomba malade de dysenterie. Une fois rétabli, il rentra au Caire, avant de visiter la Terre Sainte, puis Jaffa, Smyrne et enfin Constantinople.
Ici, il prit passage sur un paquebot allant à Livourne en faisant escale à Athènes et à Malte. Les longues formalités de police remplies à Livourne, Didier prit le chemin de fer pour Florence, où il retrouva son cher ami Vieusseux, âgé alors de soixante-quinze : ans, et Gino Capponi, qui était devenu aveugle. Fatigué de son long voyage, Didier ne séjourna guère en Italie, mais mit bientôt le cap sur Marseille, où il arriva le 3 novembre. Le mistral était très froid et très vif, et le voyageur s'enfuit vers Paris sitôt qu'il eut revu ses amis marseillais. Il était rentré dans la capitale huit jours plus tard. En établissant, le jour de son retour, le bilan de ces dix-huit mois de voyage, Didier constatait qu'il avait fait cinquante jours de navigation sur la Méditerranée, dix-huit sur la mer Rouge, quarante-huit sur le Nil, soixante-sept à dromadaire, et le reste à cheval, en voiture et en chemin de fer : total, quatre mille cinq cents lieues. Il se sentait bien portant. Sa vue, affaiblie, quelques mois auparavant par sa longue maladie s'était améliorée sensiblement, mais il se demandait ce qu’il allait faire dans « cet enfer de boue et de bruit » qu’il revoyait sans plaisir aucun.
1. Nuits du Caire et Cinq cents lieues-sur le Nil. Sur le voyage de Didier, voir aussi Carré, J.-M. Voyageurs et écrivains français en Égypte, 2 volumes de l'Institut fran- Çais d’archéologie orientale du Caire. Cet ouvrage doit paraître prochainement. Un chapitre, l'Egypte antique dans l'œuvre de Théophile Gautier est publié dans la: Revue de littérature comparée, oct. déc. 1932.