‹ Dans Le Sillage Du Romantisme Charles DidierChapitre 16 sur 172 · Les Capozzoli et la police napolitaine · texte numérisé non relu

Les Capozzoli et la police napolitaine

4. « Je regrettais l'Italie, les lettres de Charles Didier me la rapportaient à Paris ; » il achevaïit de me ramener en arrière ; il parcouraït alors la Sicile ». « La lettre où » vous me pressez de quitter ces contrées divines, m'écrivait-il, m'est arrivée à » Palerme. Recommandé à la duchesse de Mondragone j'ai accepté l'hospitalité » qu’elle m’a offerte, et je suis dans sa maison depuis cinq ou six jours, jy serai encore » pour autant de temps. Je passe doucement mon temps dans la société de cette » dame très aimable qui a voyagé, connaît le monde et a une Cenversation très » amusante. Sa maison est tout à fait une grande maison, mais on vit dans la plus » complète liberté. Sa terre est à l'extrémité méridionale de la Sicile, à plus de cinq » cents lieues de Paris. Mon voyage a été des plus heureux, je suis entré dans l’inté- » rieur des familles siciliennes'et j'y ai trouvé une hospitalité cordiale. J’écrirai » certainement sur ce pays-là. Je rassemble des matériaux et les réunirai à mon arri- » vée à Paris. J'ai eu des jours de tristesse, mais le plus souvent, j'ai ressenti l’in- » fluence de cette nature enchanteresse ; comment être triste sous ie ciel de la Sicile,

Cependant ce ne fut pas une sympathie passagère qu’il éprouva pour l'Italie. Il devint l’ami passionné de ce pays alorssimalheureux. C’est dans le cabinet de Vieusseux qu’il apprit, par les grands Italiens qui le fréquentaient, toute l'importance des problèmes politiques, sociaux et économiques des diverses régions de l'Italie. I1 reconnaissait les grandes qualités de cette race destinée à s’unir pour se libérer de la misère et de l'oppression. Aïnsi renseigné et sa sympathie éveillée, il se documenta lui-même au cours de son voyage. Jusqu’à présent les Italiens se sont très peu occupés de l’œuvre de Charles Didier, mais l’appréciation suivante a paru il y a quelques années : « Ne il suo amore per il nostro bel paese fu sterile, o meschino od egoistico amore ; nel suo viaggio tra noi aveva avuto modo di conoscere tutta la miseria et l’ignoranza e l’abbrutimento delle nostre populazioni ; ma anche di apprezzarne tutte le energie latente. » 1 Parfois cependant il rêvait de la Suisse, il la regrettait même, comme il devait le faire durant toute sa vie. Il écrivit, pendant son séjour en Italie, deux petits poèmes, qui n’ont vu le jour qu’une vingtaine d’années plus tard. Celui qui suit, Une nuit en voyage, est daté de Calabre 1829 :

Ah puisque la patrie Pour mon âme attendrie A de si doux regrets, Qu'elle a tant de merveilles, Pourquoi la fuir sans cesse Et braver la rudesse

Des déserts calabrais ? ?

Le voilà enfin de retour à Naples, le 10 avril 1830. Il écrit de là à Mie Schaub ?, une amie genevoise qui se trouvait à Rome. Il lui faut se décider à quitter l'Italie. Son père est mort à Genève le 8 décembre précédent. Son retour s'impose. Sans le moindre espoir

» au milieu des orangers, des palmiers, des temples grecs, des souvenirs de gloire, de » richesse et de bonheur dont cette île fortunée est semée de toutes parts ? Je quit- » terai en pleurant cette terre de mon choix, que j’ai rêvée durant toute ma jeunesse. » Trouverai-je à Paris ce que m'offrent ces contrées ? Y trouverai-je cette hospita- » lité antique et cette vie facile ? ». Les Enchantements de Prudence, page 160.

1. Muggia, V. L'Italia et gl Italiani nell'opera di Charles Didier, p. 76.

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