‹ Dans Le Sillage Du Romantisme Charles DidierChapitre 21 sur 172 · Ibidem, vol. III et IV · texte numérisé non relu

Ibidem, vol. III et IV

dans le recueil de. Buloz avant le mois de septembre 1834. C'est pourtant vers la Revue des Deux M ondes que se tournent ses espoirs, et il écrit, le 9 juillet 1831, à son camarade d'enfance Charles Schaub :

« Le but de cette lettre est d’abord une affaire, mon cher Schaub, et c’est par là que je vais commencer. Il se publie ici un journal auquel j je prends parti de m’intéresser. C’est la Revue des Deux Mondes. J'ai appris avec quelque surprise que la Société de lecture n’y était pas abonnée, et je viens te prier de le lui proposer et de l’appuyer de tout ce que tu peux avoir de crédit auprès du comité...

L’ami Richard se joint à moi pour te faire mille amitiés et quelques reproches. Il travaille beaucoup et s’est donné corps et âme à ses études de médecine. Pour moi, victime de l’horrible crise de la librairie, au milieu de laquelle je suis tombé, je n’ai fait et ne ferai de longtemps aucune publication. Je me contente d’écrire dans les journaux en attendant des jours meilleurs...

Écris-nous, rue et hôtel Corneille et reçois les amitiés de tes vieux compagnons de voyage !....»

Rien d'étonnant d’ailleurs s’il se sent flatté de voir ses articles voisiner, dans la Revue des Deux Mondes,avec ceux deChateaubriand, de Sainte-Beuve, d'Ampère, d'Edgar Quinet, de Littré et de tous les contemporains illustres qui y collaboraient.

Très actif à cette époque de sa vie, le jeune auteur, tout en écrivant, cherche à s’orienter ; il n’abandonne pas ses projets poétiques. Inquiet de l’avenir, c’est à Victor Hugo qu’il s'adresse pour solliciter des conseils. Le 26 janvier (1831), il note dans son journal : « Le soir chez Victor Hugo, jusqu’à une heure du matin, causant de moi, de ma destinée et des moyens de la fixer, sujets toujours tristes, toujours amers. Je trouve en Victor Hugo sympathie, bonté, intelligence.. [Il veut parler à Lamennais pour ?’Avemir, à Leroux pour le Globe et écrire à Carrel pour le National ? ». Or, Béranger aussi avait déjà usé de son influence auprès de Carrel en faveur du jeune Genevois, qui prendra rang, bien plus tard, parmi les rédacteurs du National.

Cependant, toujours impatient, Didier marque bientôt quelque inquiétude. [1 ne s’acclimate guère dans ce milieu tout nouveau pour lui. Il s’y sent, au contraire, de plus en plus dépaysé : « La vie de

1. Lettre inédite. Bibliothèque publiqué et universitaire de Genève. Mss. suppl. 1267-1268.

2: Le National, fondé par Thiers, Mignet et Carrel, commença à paraître le 3 janvier 1830. Supprimé en 1834, :l reparut bientôt, et plus tard Didier devint un de ses collaborateurs.

Paris m'est antipathique ! : coteries, vaine gloire, intrigues, voilà tout ce qu’on y trouve 2... Mes dettes vont croissant et je ne vois aucune espérance. Le séjour à Paris ne me plaît, ni me convient... Je perds peu à peu toute confiance en moi, le principe de tout. Mon cœur souffre et mon caractère s’altère d’une manière effrayante. Maïlheur à moi ! 3... Quelle vie que la mienne ! Les belles années passent et que fais-je ? Misère, misère ».

Il y a pourtant d’heureux moments pour lui dans cette existence qui, d'ordinaire, lui déplaît. Madame Hamelin s’est intéressée à lui, et ils devaient rester amis jusqu’à la mort de cette femme célèbre, survenue vingt ans plus tard. C’est elle qui lui donne un billet d'introduction pour Chateaubriand. Didier en est ravi. Grand admirateur de René depuis sa jeunesse, il lui avait dédié une ode, 4 écrite depuis plusieurs années déjà.

Le 24 mars 1831, il note dans son journal :

« Chez Chateaubriand, avec un billet d'introduction de Madame Hamelin. J'ai l’ode en poche. Il habite [passage] d’'Enfer, 84. [Il] me reçoit fort courtoisement. Cette tentative est la troisième. La première à Lausanne en [18] 26 ; la seconde à Rome en [18] 29. Je le croyais plus grand de taille et moins vieux. Il a les cheveux blancs. Il était en robe de chambre dans sa bibliothèque. Une horloge gothique sur la cheminée. Il faisait froid, grand feu. [11] me raconte ses projets de retraite à Genève ; partira le mois prochain. [11] parle de la situation politique de la Suisse. Ne croit pas la guerre imminente. Il blâme le ministère français de ne pas prendre sa force où il l’a trouvée, dans le peuple, et de ne pas accepter franchement les conséquences de la Révolution de juillet. I1 verrait avec déplaisir un gouvernement constitutionnel à Rome. Il croit facile la réunion des communions chrétiennes. Il en a parlé avec Léon XII, lequel en avait l’idée, mais aurait voulu que les Protestants prissent l'initiative. Il reçoit ma dédicace très aimablement. Secondement j’ai lu mon ode ; il est très attentif et fait à haute voix des remarques bienveillantes. «C’est beaucoup d'honneur, me dit-il, que vous me faites d'écrire si bien dans notre langue 5 ». Il m'a traité toujours d’étranger. Il m’accompagne jusqu’à l’escalier, m'engageant à revenir ».

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