Revue encyclopédique, Tome 53, pp. 37-66, janvier
4. Didier prélude ici à la Nationalité française, article écrit en 1840, où il développe d’une façon admirable sa thèse sur le rôle de la France exposée déjà dans Les Trois Principes.
5. Un exemplaire de cette version se trouve à la Biblioteca del Resorgimento, à Rome.
en effet, durant les deux années suivantes, déployer une grande activité littéraire. C’est alors que verront le jour non seulement divers articles, mais ses meilleurs ouvrages, notamment une série de lettres qui fera plus tard partie de sa Campagne de Rome, et de Rome souterraine, le seul de ses romans qui mérite d’être tiré de l'oubli.
Il parle, vers ce moment, à Sainte-Beuve! de son idée de lui adresser des lettres sur l'Italie, et, tout en les préparant, il continue à publier presque tous les mois des articles dans la Revue encyclopédique, entre autres une critique de Les crimes des faux catholiques, ouvrage de M. A. Madrolle ?, qui venait de paraître. Au yeux du jeune critique, le livre de Madrolle n’est qu’un « acte d’accusation en forme contre la Gazette de France ». Didier profite de l’occasion pour répondre de son propre chef aux accusations de l’auteur :
« Qu'il me soit permis, avant de finir, de parler un instant de moi. J'en ai le droit, car il s’agit d’une justification. L'auteur, M. Madrolle, a bien voulu me citer plusieurs fois, et je l’en remercie, maïs il est une erreur où il est tombé et qu’il me convient de relever. I1 me taxe de Saint- Simonien, et je déclare que je n’appartiens pas, et n’ai appartenu en aucun tems, ni de loin, ni de près, à la religion Saint-Simonienne..… et que mes opinions sont indépendantes et individuelles ».
Cette déclaration a son importance, car elle s'applique aussi bien à tout ce qu'écrira Didier. Jaloux de son indépendance, il restera toute sa vie en dehors des sectes et des coteries, et ses opinions seront «individuelles » jusqu’au bout.
Il commence son roman, Rome souterraine, le 18 septembre de cette année 1832. Il se met à la tâche avec une joyeuse ardeur et « travaille jusqu’à deux heures après minuit ». Deux jours plus tard, il note encore dans son journal : « Mon roman va bien [Je] me sens inspiré ».
Au mois d'octobre, paraît dans la Revue encyclopédique, De quel-
1. C’est le moment de leur grande intimité. Sous le coup de son admiration pour Joseph Delorme, Didier écrivit à Sainte-Beuve le 12 mai 1832 :
« Vous vous dérobez, mon cher invisible, à votre gloire et à nos amitiés. Votre livre est parfait. Il n’y a rien comme cela en français. C’est plein, c’est intime, c’est complet. J'ai pris goût à vous, alléché par votre livre, et je relis Joseph, votre Joseph, votre vous-même, où vous avez si admirablement formulé votre tems et votre âme... I1 y a de l’égoïsme dans mon admiration. Venez donc, cher, que l’on vous dise tout cela à haute voix. Vous savez qu’il n’y a que vous à qui on dise certaines choses ». (Collection Spoelberch de Lovenjoul, D. 2040, Ms., 600).