Le 8 juin
une faculté de susceptibilité ; que vous m'avez vu souvent plus discret que je n’aurais dû, certes, autrement, mais je voulais ménager une liaison qui m'était précieuse, où j'avais même à apporter de la reconnaissance et ne pas passer de trop près, de peur de toucher à cette corde, que je croyais susceptible. » Après avoir reçu cette lettre. Didier nota le soir même dans son Journal ? « Sainte- Beuve confesse ses torts. Position jugée. Plus d'amitié entre nous, de l'estime, rien de plus, position qui me va mieux. Sainte-Beuve est un homme sans bonté, sans grandeur, d’un parfait égoïsme. Je l'avais cru meilleur et suis désillusionné. Il faut l’accepter tel qu’il est. » Cette brouille, d’ailleurs, était inévitable ; un des grands défauts du caractère de Didier était cette susceptibilité que lui reprochait Sainte-Beuve, lequel fut, d’ailleurs, bien dur pour son ami. À son tour, tout en admirant le grand critique, Charles voyait le mauvais côté de son caractère. C'était, à ses yeux, un «homme faible, qui a sans cesse besoin d’un dominateur. » Il y avait une «exci- | tation féminine » chez Sainte-Beuve, qui agaçait le Genevois, très mâle. Ni l’un ni l’autre d’ailleurs ne formaient souvent d’amitiés durables. Le fait est qu’à partir de ce moment ils se détesteront. Ils échangeront parfois des politesses, mais lorsque Sainte-Beuve parlera de Didier, dans ses ouvrages et dans sa correspondance, ce sera avec mépris, avec hostilité, avec rancune. Et d’autre part, d’après le Journal, ce sera un Sainte-Beuve « toujours faux et méchant » que Didier rencontrera encore de temps en temps.
En revanche, c’est en 1834 que Didier aura ses meilleures relations avec Buloz ?. Ils se voient souvent. Le 11 juillet, il note : « Matinée à la Revue des Deux Mondes, où Musset et Planche, les deux rivaux %. J’accompagne Buloz, qui se plaint à moi des grands tracas au milieu desquels il passe sa vie. Il est convenu que je ferai un article sur Manzoni pour le numéro du 15 août. » Cet article, en fait, ne paraît que le 1€T septembre. Marc Monnier écrira plusieurs années après, dans l’Zéalie est-elle la terre des morts ?