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3. Madame Hanonnet fut enfermée à Ivry, où Didier emmenait souvent sa femme la voir — lui n’entrait jamais chez sa malheureuse belle-mère.
naise, vint s'installer à Paris, où résidaient ses deux tantes Mesdames Évain et Camion 1. Le milieu tout bourgeois dans lequel vivait ses parents ne plut guère à la jeune provinciale, qui n'avait aucun talent, mais un grand désir de connaître le monde littéraire et artistique. Elle profita donc de sa liberté et de son indépendance pour nouer des relations plus conformes à ses ambitions. Aglaé fit bientôt la connaissance de Mme Marliani ?, et l’on prétend que c’est chez elle que Charles Didier lui fut présenté. Il était alors assez en vue dans le monde littéraire de Paris, non seulement par ses propres ouvrages mais aussi par ses relations avec ses contemporains. Bien de sa personne, de haute taille, les cheveux tout blancs, toujours très soigné et bien habillé, pour une raison ou pour une autre, il aura beaucoup plu à cette provinciale qui avait dépassé la première jeunesse. Le cœur de Didier était mort à jamais depuis la rupture avec George Sand, et nous sommes à l’époque où les blessures ne sont pas encore cicatrisées.
Tout son journal pour l’année 1838 a été détruit sans qu'on en ait copié le moindre fragment, de sorte que nous n’avons pas de détails sur ses premières relations avec Aglaé. Mais ce que nous savons, c’est que Charles Didier est parti, pendant l'été de 1838, pour un voyage en Angleterre, passant par Bruxelles, Anvers, et la Hollande. À Londres, il est descendu au Jaunay’s Hotel, Leicester Square, où se trouvait également Aglaé Hanonnet, et le 27 août ils se sont mariés au Register Office ?, district of Saint-Martin-inthe-Fields ; Middlesex, avec le Baron Scipion du Roure 4 et Juan
1. [1 y a des renseignements assez curieux et pas tout à fait exacts sur Aglaé Hanonnet, dans l’intéressant livre de Madame de Brimont, Awfowr de Graziella, . dont le premier chapitre est consacré à Aglaé Didier. L'auteur se trompe d'abord en
la nommant Hamonnet, puis en lui donnant pour grand-père maternel, M. Evans. Ce qui est plus étonnant encore, c'est qu’elle lui attribué pour sœur Madame Marliani. Or, Aglaé n'eut qu’une sœur, Céleste, et un frère, qui habitait Noyon.
2. Amie intime de George Sand et de Madame d’Agoult. Voir chapitre III.
3. Archives, Général Register Office, Somerset House, London. Didier signa l’acte de mariage d’un nom de fantaisie, Jean Henri Charles, et donna pour son état, ainsi que celui de son père : gentleman. Alexandrine Aglaé Hanonnet ne précisa pas autrement l'état de sou père, Charles Jean-Baptiste Céleste Hanonnet.
4. Un jeune avocat de famille arlésienne, grand ami de Charles Didier, Scipion du Roure fut un des admirateurs de George Sand. D’après Karénine : « Elle se serait moquée de son adoration, mais l’a gardé comme ami». L'on trouve dans sa correspondance beaucoup de lettres à « son ami Scipion ». Elle lui écrivait le 13 avril 1837 : « Vous êtes le meilleur des hommes, je vous aime de tout mon cœur ! »
Ximeney (sic) de Sandoval !, comme témoins. Ce ne fut certainement pas un enlèvement. Il est possible que, sachant les espérances d’Aglaé, dont le grand-père avait la réputation de posséder une fortune énorme, Didier se soit décidé à un mariage de raison. Il est plus problable encore, il me semble, que la jeune femme tenait à le suivre à Londres, et qu'il aura insisté, en homme d'honneur, pour ce mariage. Pour des raisons que nous ignorons, ils cachèrent leur union à tout le monde. Après avoir voyagé un peu en Angleterre, pays que détestait Charles Didier ?, chacun reprit sa vie à Paris comme si de rien n'était. Lui cependant ne retourna plus rue du Regard, mais s'établit seul au numéro 12 de la rue Bleue, dans un appartement où sa femme devait le rejoindre plus tard.
L'argent manquait. Les dettes de Didier s'étaient grossies encore du fait de son voyage, et il se remit, sans retard, au travail. Il était triste et découragé. Depuis huit ans qu'il était à Paris, tous ses projets n'avaient guère réussi, et il était peu satisfait de ses progrès littéraires. Il lui fallait redoubler d'efforts, chose impossible pour le moment. Son œil était fort enflammé et si gravement atteint qu’il dut, bon gré, mal gré, se faire soigner.
Nous le retrouverons en 1839, en proie à ces difficultés physiques et matérielles, qui iront augmentant. Mais il nous faut d’abord préciser l’histoire de ses relations avec les deux grands écrivains auxquels il s’est davantage attaché dès cette période des débuts.
1. Ami de Didier, qui l’aurait connu en Espagne ou à Paris. Son nom ne figure dans aucune liste diplomatique de l’époque, et Didier ne donne pas de détail sur lui. 2. Il n’a jamais rien écrit sur son voyage en Angleterre, mais chaque fois qu'il parle du pays ou des Anglais, c’est avec mépris.