‹ Dans Le Sillage Du Romantisme Charles DidierChapitre 46 sur 172 · UN GRAND AMOUR MALHEUREUX : CHARLES DIDIER ET GEORGE SAND · texte numérisé non relu

UN GRAND AMOUR MALHEUREUX : CHARLES DIDIER ET GEORGE SAND

Un cœur vierge. — Les amours de George Sand avant la rencontre. — Hortense Allart le présente à Lélia. — « Serait-elle capable de passion ? » — « Madame Dudevant, belle et douce ». — Après la rupture avec Musset. — L’amitié se resserre. —- Les soupers du quai Malaquais. —- L'amour. — Elle s’installe chez lui. — Premiers doutes. — « O syrène, que veux-tu de moi ? ». — Premiers orages. — Les cinq jours heureux à Nohant. — Voyage de George Sand. — La Lettre à Didier. — Triste réunion. — Grands orages. — « Invinciblement rappelé ». — Dernière visite à Nohant. — Rupture définitive. — « Mon cœur ne peut plus aimer ». — Haine et mépris. — Le temps efface tout,

Il n’y a eu qu'un seul véritable amour dans toute la vie de Charles Didier : la passion que lui inspira George Sand. Destiné à tant de malheurs et de déceptions d’un bout à l’autre de son existence, il devait souffrir terriblement de cette orageuse liaison. Il n’était pas dans son caractère de s’abandonner sans scrupules à cette passion dans laquelle il aurait pu trouver un bonheur passager : le fond du caractère de Didier était l’austérité. Malgré ses années de liberté et de voyages, il ne se libéra jamais tout à fait de l'influence du milieu où il avait passé sa jeunesse. Dans ses romans, le lecteur peut constater qu’il ne se permet jamais d'analyser sans restriction les passions humaines. Ses livres ne peignent nul grand amour. Peut-être est-ce chez lui incapacité de reproduire la passion, incapacité qui dérive en partie du caractère même de l’auteur. Jusqu'au moment de connaître George Sand, il avait en tout cas évité toute liaison. Cependant les occasions ne lui manquèrent pas. Charles Didier était un homme d’une virilité extrême, qui ne pouvait se passer de la femme. Il en connut beaucoup, mais il s’efforça toujours de dissocier sa vie sentimentale de ces relations de rencontre. La séule exception d’importance, après George Sand, fut sa liaison avec Mne d’Agoult ; encore ne dura-t-elle pas bien longtemps.

Formé par d’austères principes religieux, il semble avoir quelque P

honte de ce tempérament trop ardent, qui l’entraîna souvent à des erreurs, et qui parfois le domina. Sa volonté n’y pouvait rien, il s’en rendait compte et en gémissait. Même avec un tout autre caractère, Didier n'aurait pu être longtemps heureux dans son intrigue avec George Sand, dont tous les amours se sont terminés douloureusement pour l’un des amants, ou pour tous les deux. On a trop écrit sur la vie et sur le caractère intime de la grande romantique pour qu’il soit nécessaire de rien ajouter ici, sinon ce que nous apprennent de neuf ses relations avec Charles Didier. “

Il avait dû beaucoup entendre parler d’elle dès son arrivée à Paris, car ce fut peu après (1832) que parut Zndiana. Le succès du livre fut immédiat, et assura à son auteur à la fois la réputation littéraire et de larges ressources. Dans ce roman déjà, George Sand proclamait les droits de la passion, et l’on commençait à savoir quelle était sa vie privée. Didier ne fit connaissance avec Sand que plusieurs mois plus tard (le 2 février 1833). Elle venait, à ce momentlà de rompre avec Jules Sandeau, qu’elle avait surpris en flagrant délit avec une blanchisseuse. « La rupture fut immédiate et définitive, et le désespoir d’Aurore fut extrême ! ». Dès les débuts de son mariage, son mari l’avait trompée déjà, mais cette fois-ci la déception lui fut beaucoup plus cruelle. Jules Sandeau était son amant, et, malgré leur passion réciproque, il n’avait pu lui rester fidèle. Ce lui fut une affreuse souffrance. Elle chercha à s’en consoler par sa courte liaison avec Prosper Mérimée, que même une biographe sympathique, comme Karénine, ne cherche ni à excuser, ni à expliquer. « À peine eut-elle rompu avec Sandeau que, le cœur malade, meurtri, désespéré, la tête hantée par des idées les plus noires, elle chercha l’oubli et la consolation dans une nouvelle liaison, inexcusable, incroyablement passagère. Presque sans amour, sans trop savoir elle-même pourquoi, elle se donna à Prosper Mérimée 2. »

Cette liaison éphémère, née dé l'ennui et du désespoir, n’apporta à George Sand qu’une déception de plus. On voit dans ses lettres à Sainte-Beuve l’humiliation et le dégoût d’elle-même se mêler à sa tristesse, au point qu’elle lui écrit : « Après cette Ânerie, je

1. Karénine. George Sand, vol. I. p. 300, 2. Vol. I., p. 396.

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