‹ Dans Le Sillage Du Romantisme Charles DidierChapitre 48 sur 172 · février · texte numérisé non relu

février

3. D’après Karénine (Vol. IL, p. 37) Sainte-Beuve, qui était vers cette date l’ami et le confident de George Sand, lui proposa, au printemps de 1833, de faire la con-, naissance d'Alfred de Musset. Elle y consentit d’abord, puis changea d’avis. Cependant Buloz, qui avait acheté la Revue des Deux Mondes, offrit, au mois de mars, un dîner à ses rédacteurs au restaurant Lointier, et c’est à ce dîner que Musset aurait été présenté pour la première fois à George Sand, qui fut, eneffet, sa voisine de table. Cf. M.-L. Pailleron, La vie littéraire sous Louis-Philippe, p. 375.

4. Le 15 mars, il écrit : « Longue visite à Madame Dudevant, avec laquelle je cause beaucoup, avec plus d'intimité, mais avec une certaine réserve ».

Quelques jours pius tard !, la vo:là malade, et Didier s'empresse d’aller la voir. Ce n’est déjà plus une dame « un peu sèche et sans liant » qu’il aperçoit en elle, au contraire : « Elle est belle et douce. Sa belle tête pâle, encadrée de cheveux noirs, faisait un effet gracieux. Viennent et passent chez elle des provinciaux sales. »

Il pense beaucoup à elle; en ami, s’inquiétant de son bien-être, désapprouvant celui qu’il croit son amant du moment, Gustave Planche ?, non par jalousie, mais parce qu’il le trouve peu digne des faveurs et de l’intimité de George Sand. Dans son journal, il écrit le 30 mars : « Chez Madame Dudevant, qui me retient à dîner avec Hortense Allart et Planche. Je la trouve triste ; je crois que Planche, avec lequel elle est très liée, exerce sur elle une mauvaise influence. Nous restons un moment seuls, la dame et moi. On lit une page d’Obermann, qui me va au cœur. Madame Dudevant douce et abandonnée ; elle respirait l’amour ; j'ai peur de sa liaison avec Planche, homme non fait pour elle. »

« La dame » part pour passer quelques semaines à Nohant, et Didier ne la reverra plus qu’au mois d’août. Sur ces entrefaites, son

ami et confident à elle, Sainte-Beuve, lui « raconte les turpitudes de Madame Dudevant, qui s’est donnée à Mérimée — durée vingt jours. » Didier le note sans rien ajouter. Sainte-Beuve est encore son ami, mais il apprendra bientôt combien le critique peut être faux et méchant.

Lélia paraît, et ce livre inspire une des pages les plus intimes et les plus émouvantes du journal de Charles Didier. Le 9 août 1833 il écrit : « Je lis tout le jour Lélia, qui vient de paraître — chefd'œuvre de poésie, de sentiment de la nature, de force. Je le lis avec fureur et d’un trait, très tard, et m’endors brisé. » Et le lendemain : « Lélia achevée, j'en reste occupé tout le jour, rempli d’une profonde admiration. Pour la première fois j'éprouvais au complet ce sentiment et je trouve que l’admiration est grande et fait du bien à l’âme... » Deux jours plus tard il est encore sous l’enchantement de ce roman : « Je ressens plus que jamais l’effet de Lélia. Je ne suis pas jaloux. Si la partie intellectuelle va mal, je ne suis pas mécontent de la partie morale ; je me sens faible, pauvre écrivain, petit

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