Le 27 mars
2. D'après Karénine (Vol. I, p. 437), George Sand avait fait la connaissance du critique Gustave Planche vers 1832. On le croyait son amant, mais dans une lettre
, Sainte-Beuve, elle écrit : « Planche a passé pour mon amant, peu m'importe, il ne est pas ». ‘
artiste auprès d’une pareille puissance de forme et de passion. Pourquoi donc écrire ? Pour manger. Conclusion peu consolante, source de tristesse et de désespoir. Je ne connais pas un supplice si cruel, si âpre que la défiance de soi-même et le sentiment de sa propre misère. »
Tout en se rendant compte des dons de grand écrivain qui distinguent George Sand, il a donc le sentiment pénible de sa propre infériorité, situation difficile et pleine de dangers pour un homme à l'égard d’une femme, et, en tout cas, qui prédispose peu aux relations intimes.
Durant ce mois d'août 1833, quand Sand devient la maîtresse de Musset, Didier continue à la voir beaucoup. Le quatorze août, on lit dans son journal : « Je reçois de Mme Dudevant une lettre qui me trouble et me cause une émotion singulière. Elle me demande de lui prêter cent francs. (Il) me vient à l’esprit que c’est là une épreuve. Lélia me demande cent francs. que je n’ai pas, devant payer mon marchand de bois ! Je ferai comme je pourrai.:. Je les porte à Madame Dudevant. Je lui dis par sotte timidité n’avoir pas lu Lélia. » Étrange épreuve à la vérité! Mais le fait est que, pour lui, cent francs représentent une somme considérable, puisqu'il n’a rien, sinon des dettes. C’est son ami Richard qui doit lui avancer les cent francs.
Elle lui envoie un exemplaire de Lélia, et c’est pour Didier prétexte à lui écrire une longue lettre. Le 20 août, il note dans son journal : « En réponse à ma lettre à Madame Dudevant, je reçois un exemplaire de Valentine et d’Indiana, avecune lettretrèsaimable, mais triste, qui me trouble tout le jour, que je passe en songeant à elle. Je vais chez elle après dîner, la trouve seule, écrivant une nouvelle, Metella Doria. 1 Elle était très aimable, très gaie. Lui serait-il encore possible d'aimer ? » De toute évidence il ne se doute pas de ce qui se passe alors entre elle et Musset. À ce moment, le poète devait être déjà son amant, ou tout au moins elle était sur le point de se donner à lui. D’après Karénine ?, George Sand'déclarait à Sainte-Beuve, le 25 août, qu’elle était la maîtresse de Musset. Ils devaient, bientôt après, partir pour l'Italie, et Didier ne la reverra plus qu’à son retour, en 1834, quand lui, à son tour, se trouve à la
1. Cstts nouvelle, écrite pour la Rzuu? des Deuv Mondes, parut dans le numéro du 15 octobre 1833, sous le titre Metella, et plus tard dans le 19° volume de la Collection d2s œuvres illustrées de Gzorze Sand, Paris, 1852-1854.