‹ Dans Le Sillage Du Romantisme Charles DidierChapitre 50 sur 172 · Vol. TI, p · texte numérisé non relu

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veille de quitter Paris pour son voyage en Espagne et au Maroc. Il. n’est plus question d’elle pour quelque temps. Didier va en octobre à la Chénaie. A son retour, il jouit du succès de sa Rome souterraine et fréquente beaucoup Edgar Quinet. Il ne parle plus qu’une seule fois de George Sand avant la fin de l’année. C’est au mois de décembre, quand Jules Sandeau, de retour d'Italie, vient lui faire visite. Didier lui avait donné un mot d'introduction pour son ami florentin, le libraire Vieusseux, et Sandeau, en cours de route, a rencontré d’autres connaissances de Didier. En notant cette visite, il ajoute : « Nous parlons de tout, excepté de Madame Dudevant ».

George Sand rentre de Venise, avec le docteur Pagello, au mois d'août 1834. Elle se trouve une fois de plus au seuil d’une des grandes crises sentimentales de sa vie. Ses amis se moquent de Pagello, et elle-même est lasse de cet amant qu'on trouve ridicule à Paris. Musset demande à la revoir, il l’aime toujours, et elle voit là une situation sans issue. Replongée dans le désespoir, elle quitte Pagello et Paris pour se réfugier à Nohant. Derechef, dans sa profonde tristesse, la pensée de se suicider la hante. Mais le calme de la campagne la réconforte, et elle retourne à Paris au début du mois d'octobre, l’esprit quelque peu tranquillisé. Didier dîne chez elle avec Fortoul le 14 octobre 1834. Il la trouve « gracieuse et aimable ». Il avait dû lui écrire et la revoir avant la fin de 1835, à son retour à Paris, mais, dans les fragments de journal qui nous restent, il ne parle plus d’elle qu’au mois de janvier 1836.

Pendant son absence, George Sand a traversé cette grande crise qui amène la rupture finale avec Musset, vers le mois de mars 1835, crise qui l’a bouleversée au point qu’elle est encore tentée d'échapper à ses souffrances en se donnant la mort. Maïs, en mère toujours dévouée, ce serait à cause de son fils Maurice qu’ellen’auraitpascédé à l'excès de son désespoir.

Pendant l'hiver de 1834-35, George Sand rencontra pour la première fois Franz Liszt, qui devait devenir son grand ami, et qui eut beaucoup d'influence sur elle. Elle se lia très vite avec lui et avec la comtesse d’Agoult. C’est à la fin du mois de mai que Liszt emmena celle-ci en Suisse, d’où ils écrivaient constamment à leur amie, qui devait les rejoindre plus tard à Genève. Au cours de cette année 1835, George Sand rencontra pour la première fois Lamennais, alors déjà l'ami intime de Didier, toujours absent. Lui aussi devait compter pour beaucoup dans sa vie intellectuelle, en l’amenant à s'intéresser de plus en plus aux questions sociales. C’est

en compagnie de ces nouveaux amis que George Sand devait plus tard s’associer avec Charles Didier 1, pour collaborer au Monde, formant ainsi le groupe dont Sainte-Beuve écrit 2: « La coterie George Sand, Lamennais, Liszt, Didier, etc. (Lamennais, le naïf à part) est un amas d’affectations, de vanités, de prétentions, d’emphase et de tapages de toute sorte, un véritable fléau enfin, eu égard à l’importance des talents ».

Michel de Bourges aussi entra dans la vie de Sand oi cette période. Il allait non seulement exercer sur son esprit une influence profonde, mais ausei devenir quelque temps son amant. Républicain, grand orateur, Saint-Simonien, homme d’action, il ne ressemblait en aucune façon à Musset, ni du reste à aucun de ses prédécesseurs dans l’intimité de la romancière.

A son retour d'Espagne, Didier n’a pas dû voir George Sand, qui était encore à La Châtre. Il est possible qu'ils se soient écrit pendant le périple du voyageur. En tout cas, elle commença bientôt

à lui témoigner de l'intérêt et de la sympathie. Dans les notes de François Buloz, on trouve, à la date du 3 janvier 1836 : « Amitié comme en sait faire George Sand — son procès — Engelwald 4 éloge de Didier ». Et dans une lettre inédite à Buloz, qui est sans date, mais au dos de laquelle Buloz a écrit : «commencement de l’année 1836», George Sand continue à lui parler de Charles Didier. « J'ai été obligée de relire Rome souterraine et, à propos de cela, sachez que c’est un beau livre et que le chapitre intitulé le Mont Mario est une chose sans défaut. Si vous en doutez, relisez-le et faites un peu plus mousser l’auteur qu’on ne l’a fait jusqu'ici. Sa réputation n’est pas à la hauteur de son talent...» C’est d’une grande âme généreuse, et si même elle n’est pas encore amoureuse de lui, on voit qu’elle pense à l’aider autant qu’elle le peut. La première fois que son nom reparaît dans les fragments du journal de 1836, c’est le 28 janvier : « Lettre charmante de Madame Dudevant, qui m'engage à aller chez elle si je suis pressé par mes créanciers». Et le lendemain Didier reçoit « une nouvelle lettre de Madame Dudevant ». Elle savait assez ce que c'était que le manque d’argent. Au commencement de sa vie à Paris, elle avait dû vivre fort modes-

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