D. D EH
Actuellement n° 8.
Helvetia. Sonnet IV -— Bourse française.
nait à une famille huguenote, expulsée du Dauphiné et réfugiée à Chardonney, Canton de Vaud !, où elle reçut la bourgeoisie en 1756 2. Il naquit à Lausanne, où son père, M. Antoine Didier, s’installa après avoir épousé une jeune vaudoise, Mile Suzanne Héritier. Jean Emmanuel se destinait au droit et voulait poursuivre sa carrière à Genève, où il fut reçu habitant en 1780. Quelques années auparavant il avait épousé Louise Élisabeth Duperron, qui lui donna trois enfants ÿ. ,
Les origines de la mère de Charles restent entourées de mystère. D'après les actes officiels des archives de Genève, elle ignorait ellemême le nom de ses parents, ainsi que le lieu de sa naissance. Elle avait été gouvernante dans la maison de Jean Emmanuel Didier et leur liaison datait déjà de plusieurs années quand elle donna le jour à son fils. Elle avait eu une enfant trois ans auparavant, Élise4, et une seconde fille, Louisa © était née en 1807. Un portrait d’Henriette Nicolas nous offre l’image d'une femme très belle mais à l’air infiniment triste: grands yeux noirs pleins de mélancolie; figure ovale encadrée de cheveux noirs bouclés. Son fils lui ressemblait beaucoup. Il adora cette mère qui comprenait son enfant rêveur et triste et qui fit tout son possible pour lui adoucir l’existence. Le père, âgé déjà de quarante-six ans au moment de la naïssance de son second fils, a dû, avec son caractère austère et froid, se montrer dur à cet enfant qui ne ressemblait en rien à son frère aîné. On ne trouve nulle part, dans tout ce qui subsiste du journal de Didier, un mot ni sur son père, ni sur son frère Louis. Il avait tant souffert par eux pendant son adolescence qu'il ne pensait à eux qu'avec amertume, et sa sœur, Madame Serment-Didier, fit détruire après la mort de Charles tous les cahiers du journal dans lesquels il parlait de ses relations de famille.
1. ( Village qui dépendait autrefois du chapitre de Lausanne et qui est maintenant uni à Montaubion » Dictionnaire du Canton de Vaud. Lausanne, 1921, in-86.
2. Dictionnaire historique et biographique de la Suisse, Nol. LU, p. 667. i
3. Louis-Emmanuel Antoine, né en 1778, devenu plus tard huissier près les Tribunaux de Genève st père de Louis Didier, qui joua un rôle si important dans la vie de son oncle Charles”; Jeanne Étiennette Marthe, dite Jenny, née en 1779 et dont Charles Didier ne parle jamais : Louise Catherine Élisabeth, dite Betsv, épouse de Firmin Dulcis et très liée avec son demi-frère.
4. Née le 14 mars 1802. Archives de l'État, Genève. Elle épousa Léopold de Grandjean de Fouchy et habita pendant plusieurs années à Meaux.
3. C'est elle qui se maria avec Barthélemy Serment, de Genève.
I] nous raconte cependant un épisode de son adolescence dans un de ses sonnets. Nous voyons sa mère l’éloignant d’un père sévère et méprisant :
Je fus, dans mon enfance, accusé faussement
- D'une faute si grave et si peu de mon âge Que ma mère, s’armant d’un douloureux courage, Du foyer paternel -m’exila tristement.
Je doutai de Dieu même en ce cruel moment.
On me remit aux mains d’un régent de village Dont l'école, perdue en un canton sauvage, Était le lieu choisi pour mon bannissement.
Le nom de ce village est Crevin : le Salève, Ce mont de ma jeunesse, à plomb sur lui s'élève, Et tout près est Bossey, par Jean-Jacques habité. J'avais secrètement déjà lu ses ouvrages Et j'ai fait, dès ce temps, bien des pélerinages Sous le saule-pleureur que lui-même a planté 1.
Mue Nicolas ne disposait que de très modestes ressources pour élever ses enfants. Après la mort de Mme Jean Emmanuel Didier ?, son mari s'installa définitivement dans l’appartement du Bourg-de- Four, auprès de la mère de Charles. Cependant il n’a jamais dû l'épouser, du moins aucune pièce officielle ne semble l’établir. Il n'existe pas d’acte d’un second mariage de Jean Didier, ni rien qui l’indique dans les papiers relatifs à sa succession (il est mort à Genève, le 8 décembre 1829). Cependant Charles et ses sœurs ont toujours porté le nom de leur père, et ce n’est qu’à sa majorité que le malheureux fils devait apprendre l’irrégularité de sa naissance.
Le jeune Charles avait dû être un bel enfant, puis un brave garçon assez précoce et qui travaillait bien. D’après Marc Monnier, qui connut des contemporains de Didier et qui vit les premières pages du journal, « ce qui ressort en lui dès l'enfance, ce sont de rares qualités de réflexion et d'observation. Il tient à enrichir son cerveau, il se repent d’avoir lu G17 Blas, « lecture inutile... » I] a des prix de religion et de « bonnes notes... » Ce n’est pas que l’imagination manque au jeune Didier ; il se dit romanesque, êt il l’est en effet à ses heures. Chateaubriand l’exalte, mais un livre de botanique ne tarde pas à le calmer. Le dimanche 1er juillet 1821, il lit le Jules