Journal, le 19 avril
quitte pas, cause avec elle. Ce sont de longues heures d'intimité complète et sans réserve!. « Quand [David] Richard] est couché, nous restons seuls, et notre intimité redouble. Je l’étudie, je l’observe, inquiet, troublé, doutant. Cet être compliqué m'est inintelligible encore par plus d’un côté, et je crains son impétueuse mobilité. Je l’étudie toujours. Je ne la comprends pas. Est-elle loyale ? Joue-t-elle la comédie ? Le cœur en elle est-il mort ? Problèmes sans solution ». |
Cependant elle doit partir pour La Châtre, afin d’y attendre l'issue de son procès avec M. Dudevant. A la veille de son départ, Didier écrit dans son journal ? : « Le soir elle sort et nous ne nous retrouvons qu’à minuit. Elle achève la tête de la sixième Lettre d'un voyageur, puis devient tendre et caressante. Elle se couche à mes pieds, la tête sür mes genoux, ses mains dans les miennes... O Syrène, que veux-tu de moi ? ».
Elle le laisse très épris d'elle, mais dans le trouble et dans le doute, s’avouant à lui-même qu’il ne comprend rien à «cet être compliqué ».
Après son départ, il s’impatiente bientôt de recevoir si peu de nouvelles. Quand une lettre de George Sand lui parvient enfin, le 15 mai, lui annonçant qu'elle a gagné son procès, il la trouve bien tardive 5. Froissé, il lui répond « fort durement ». Et puis le 19 mai : « Elle répond à mes reproches par des reproches. Plusieurs passages de sa lettre me déplaisent ». De plus en plus blessé, convaincu qu'elle ne fait pas assez de cas de lui, il n’entend rien à la fierté ét à l'indépendance de George Sand ; il lui écrit à son tour pour la prier de ne plus descendre rue du Regardà, son retour à Paris. « Son séjour chez moi me met dans une position fausse et m'impose une épreuve dangereuse, à laquelle, il est mieux que je ne m'expose pas. Je ne veux pas du rôle qu’elle voudrait m'assigner ».
1. Karénine, dans son ouvrage sur George Sand, écrit (Vol. II, p. 185) :« Parmi les membres de cette école (Saint-Simonienne) qui s'était formée en 1835 autour de Michel, il faut surtout nommer Charles Didier. Le logement de Didier, 6, rue du Regard,servit entre 1835 et 1837, de lieu de réunion à tous les amis de Michel et de George Sand, qui, lors de ses arrivées à Paris. déscendait parfois chez Didier et s’y faisait adresser sa correspondance ». C’est ainsi que Madame Karénine interprète leurs relations. Il paraît difficile d'accepter cette version, après avoir lu ces fragments de journal et étant donné le tempérament des deux amis.