‹ Dans Le Sillage Du Romantisme Charles DidierChapitre 54 sur 172 · mai · texte numérisé non relu

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3. La lettre qu’elle envoie à Madame Buloz pour lui apprendre la même nouvelle e st, elle aussi, datée du 14 mai 1836.

Leur correspondance étant détruite, on ne saura peut-être jamais la vraie nature de son sentiment pour Didier. Elle avait déjà eu bien des déceptions, elle avait souvent cherché le bonheur sans le trouver. Et quant à ses relations avec Michel de Bourges, malgré ce qu’elle affirme de leur nature « tout intellectuelle », on a des raisons . de croire qu'elle l’avait eu pour amant pendant bien des mois. A vrai dire, il était de caractère difficile, et elle avait dû commencer déjà à se détacher de lui.

Didier cherche à se faire illusion sur ses propres sentiments quand il écrit, le 28 mai : «Je ne pense plus guère à George Sand que d’un cœur détaché. Il me semble que tout est rompu désormais entre nous... Ainsi je vais toujours aux extrêmes L». Mais il ne réussit guère à se donner le change. Pour elle, elle doit rester à La Châtre jusqu’au 25 juillet, pour la plaidoirie et le jugement définitif de son procès. Les lettres à Buloz révèlent que George Sand a l'esprit assez tranquille pendant toutes ces semaines. Cependant elle est assez maltraitée dans l'opinion et dans la presse, et elle doit faire appel à Buloz pour qu'il démente autant que possible les bruits qui courent sur son compte.

La correspondance avec Didier continue, mais il y a de l'orage dans le cœur de l’un et de l’autre. Il finit par se décider à aller la voir : « Lettre d’elle; réponse de moi, dure encore plus par la forme que par le fond. Je passe les bornes, je pousse trop loin la franchise et la rudesse ; croyant adoucir par une lettre le lendemain, je ne fais qu'aggraver le coup en confirmant la première. Le 15, je reçois sa réponse ; elle est terrible et me foudroie. Si ce n’était qu’une boutade d’orgueil, ce ne serait rien; mais il y a un fond de tendresse éplorée, et des larmes, qui me désarment tout à fait. Elle rompt, mais en pleurant. Je ne réponds rien ; que répondre ?. Mais je pars pour La Châtre. Voyage triste, combats, perplexités, J'arrive le 18 (juin). Elle est couchée ; je la réveille et me jette dans ses bras sans parler. Elle me serre dans ses bras, et la réconciliation se fait dans cette longue et muette étreinte. Nous n'avons aucune explication que le soir, à Nohant, où elle me mène. Je passe avec elle cinq jours, qui sont au nombre des plus doux de ma vie.

1. En ce moment de trouble (juin 1836), il lui adresse un sonnet : « Ne livrons plus nos cœurs en proie à ces alarmes, 5 Vous avez trop souffert, j'ai versé trop de larmes: » Abritons-nous tous deux sous l’aile de la foi ».

La Porte d'Ivoire, p. 28.

Je me livrais au charme et me laissais aller à ma destinée. Le trait s’enfonçait, je ne l’arrachais pas. Courses champêtres, à cheval, dans les traînes de Valentine ;… oubli du monde ; solitudes rustiques. Soirées sous les ombrages de Nohant. Clairs de lune. Toujours seuls, seuls des quinze et vingt heures de suite. Nuits passées sur la terrasse, à causer à la clarté des étoiles, mon bras autour d'elle et sa tête appuyée sur ma poitrine. J'aurais été tout à fait heureux si le nom de M fichel de Bourges] n'avait pas été prononcé ; mais il l'était et faisait ombre... Je vois tous ses amis de la Vallée noire, Duteil 1, le Malgache ?, etc. etc., tous bons enfants, qui l’adorent et qu’elle poétise avec une incroyable puissance d'imagination... Elle ne s’est pas démentie un instant ; douce, égale, charmante. Elle est fondamenalement bonne. Elle refait Lélia selon mes idées, et m'en lit de belles pages 5. Enivré, charmé, heureux, je m'oublie dans une intimité délicieuse. Nous revenons de Nohant à minuit, en cabriolet, ses mains dans les miennes, mon bras autour de sa taille, O nuit paisible ! O journées calmes ! Je m'abandonnaïis sans résistance au charme de vivre et d'aimer. Elle m'avait écrit une seconde lettre à Paris, après mon départ 4 Je brûle la mienne

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