‹ Dans Le Sillage Du Romantisme Charles DidierChapitre 55 sur 172 · Alexis Duteil, ami de George Sand et de Dudevant · texte numérisé non relu

Alexis Duteil, ami de George Sand et de Dudevant

2. Malgache, nom que George Sand donna à son grand ami Jules Néraud. Cette amitié dura toute sa vie.

3. Cette même année (1836) paraît, en effet, la seconde version de Lélia, qui est une tout autre histoire que la première, à laquelle elle ne ressemble guère. La deuxième édition (1839) et toutes les autres publiées depuis reproduisent la seconde version.

4. Dans David Richard d’après des lettres inédites (Annales de l'Est, 1887, T. I, p.300) Campaux cite une lettre, sans date, de George Sand à Richard, dans laquelle elle le remercie d’avoir intercepté cette lettre. Je la reproduis in extenso, puisqu'elle montre le vif sentiment de l’auteur de Lélia pour Didier : « Tout est réparé, mon bon Richard, et je te remercie de m'avoir envoyé cette lettre, qui n’eût fait qu’augmenter le mal. C’est à toi de me la pardonner ; notre ami ne l’a pas eue et ne la lira pas. Tu le verras presque en même temps que la lettre que je t’écris. Ilte dira que je n'ai pas eu besoin de longues explications pour faire la paix ; car avant qu’il eût dit un mot, je l’avais serré dans mes bras. Sa seule présence n’était-elle pas la plus éloquente et la plus souveraine justification ? Il est bien doux d’être convaincu ainsi de son propre tort ; et quant à celui de D. il est effacé par ce prompt élan... Moi, j'ai tiré mes défauts de mes qualités mêmes. L’excès de l’affection rend chez moi l’affection pleine de colères et de férocités…

Au reste cette épreuve était peut-être nécessaire. Il est certain que j’en suis sortie plus attachée, s’il est possible, à notre ami que je ne l’étais auparavant. J'ai pu mesurer la grandeur de mon affection pour lui au chagrin que j'ai ressenti de le perdre et à la joie que j’ai eue de le retrouver. Maintenant, je sens que je serai plus indulgente envers lui s’il retombe dans ses torts. Je saurai que son cœur n° y est pour rien et je tâcherai de moins souffrir,

devant elle. L’orage n’a pas même laissé entre nous l’ombre d’un nuage. Nous nous aimons .mille fois plus qu'avant. M lichel de Bourges] est très jaloux de moi ; il en parle dans toutes ses lettres ».

Il a donc retrouvé ce bonheur goûté pour la première fois à Paris ; il ne pense plus à étudier ni à tâcher de comprendre sa compagne adorée, mais il se laisse aller à sa destinée. Cependant l’ombre de Michel plâne toujours sur ce bonheur ; s’il le voulait, Didier pourrait se rendre compte que l’idylle ne durera pas ; mais il préfère s’abandonner sans résistance au charme de vivre et d'aimer.

Le bruit de sa visite a couru jusqu’à Genève, où ses amis, Liszt et Madame d’Agoult, attendent l’arrivée de George Sand. Karénine cite une lettre inédite et sans date de Franz Liszt, dans laquelle il demande à Sand : « On m'a dit, ces jours derniers, que Didier (de Genève) devait aller passer quelque temps auprès de vous ; dites-moi ce qui en est de cette nouvelle histoire, à laquelle je n’ajouterai de foi que ce que vous voudrez ».

Didier rentre à Paris, et «étant seul au crépuscule, assis dans mon fauteuil, je tombe dans la rêverie. Je suis pris d’un accès d’attendrissement que me fait fondre en larmes. Je pensais à George Sand, aux cinq heureux jours de ma vie. Puis, les grandes sympathies s’éveillent. Le troupeau des infortunés passe devant moi, Cervantès, Camoëns, Tasse, jusqu’à Milton et Jean-Jacques. C’est une véritable extase, mais ces larmes avaient de la douceur ! ». Le lendemain, Didier reçoit une lettre «adorable de George Sand, pleine de tendresse et de douceur, affectueuse, caressante. J’y réponds et lui renvoie la fameuse lettre du 15, pour la brûler ».

Peu à peu pourtant la correspondance change de ton et se ralentit. Les juillet, Didier lui écrit une lettre triste, et note qu’il en reçoit une d’elle qui ne l’est pas moins. Il croit que la rupture devient presque inévitable. Il la croit très préoccupée par la présence de Michel. Le 7 juillet, il lui adresse une lettre « courte mais tendre »,

Quant à toi, bon docteur, aime-moi aussi, tu feras bien. Quoi de mieux que d’avoir de l'amitié à coup sûr ? Tu sais que je te la rendrai avec intérêts. Ce ne sera donc pas peine perdue. Je fais toujours de beaux projets sur ton établissement à Nohant avec Didier. Aussitôt que je serai maîtresse, je ferai arranger vos chambres. Adieu et merci, ta lettre est venue compléter mon bonheur. Un doute sur ta confiance l’eût troublé, l’assurance de ton affection l’a doublé, Adieu, je suis un peu malade... Pardon du tutoiement par écrit... Je t'embrasse de cœur

George. »

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