T2 DANS LE SILLAGE DU ROMANTISME
conversation continue ainsi ; un instant elle s’attendrit, elle est près de pleurer ; mais elle ravale ses larmes. Elle me serre dans ses bras, et je baise ses grands yeux secs et impénétrables. Elle m'accompagne à la porte du pavillon, nous nous embrassons encore une fois, et je pars ». Ù
Étrange femme ! Je laisse à quelqu'un qui aura pu pénétrer plus profondément dans l'étude de ce caractère complexe, la tâche d’expliquer sa conduite, et de l’absoudre, s’il le peut, d’avoir joué, avec Charles Didier, une comédie cruelle à ce point.
Il ne la reverra plus qu’une fois avant son retour à Paris, en 1838. Ce sera deux mois après son départ de Nohant 1 : « À deux heures, j'aperçois tout d’un coup George Sand et Maurice dans la cour. J'ai une vive émotion et mes genoux tremblent sous moi. En entrant, elle remarque ma pâleur. J'ai froid partout et j'ai besoin de quelque temps pour me remettre. Elle m'embrasse. Elle me dit qu’elle doit retourner dans deux jours à Fontainebleau. Elle insiste beaucoup pour me faire croire qu’elle est seule là avec Maurice. ».
C’est la fin. Didier souffrira longtemps encore, mais il ne ressentira plus de vive émotion en la revoyant. Peu à peu la déception et la tristesse se transformeront en haine et en mépris. Toutefois, après cette dernière rencontre, il demeure accablé, profondément malheureux :
« Je ne réussis pas à secouer ma tristesse. Je songe à ma misère, de plus en plus profonde, à mon abandon, qui est complet, à la ruine du parti, qui me ferme toutes les portes, à ma qualité d’étranger, qui me coupe ma carrière politique, à mes dettes, qui se payent lentement ou pas du tout, à ma mère, qui est malade et à qui je ne puis donner du bonheur à la fin de ses jours, à [David] KR. f[ichard], qui m’oublie par légèreté, à Lamennais, qui est bien tiède, bien personnel, et bien mobile, à George Sand, dunt le souvenir m’assiège encore trop souvent, à mes yeux, qui me font souffrir, à mon esprit, qui tourne à l’inaptitude et à : l'incapacité, à mon caractère, que tant de douleurs aïgrissent, à mon cœur, qui ne peut plus aimer ! »2
Didier ne reverra plus George Sand pendant plusieurs mois. Elle reste à Nohant. Auprès d'elle se trouve maintenant Mallefille, à la fois le précepteur de ses enfants et son amant. Lui non plus, du reste, ne recevra pas longtemps ses faveurs. Sa rupture avec Michel de Bourges est définitive. Avant son départ pour l’île Majorque, en