‹ Dans Le Sillage Du Romantisme Charles DidierChapitre 66 sur 172 · Voir chapitre V · texte numérisé non relu

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4. Femme du sculpteur belge. Elle était grande amie de Madame Didier, qui allait souvent la voir dans son appartement de la rue Taitbout. Didier dit d'elle : « C’est une étrange femme. Horreur du monde, humeur sauvage, droiture naturelle, exaltée, toutefois il y a du mystère là-dedans. Ses poupées, au milieu desquelles elle me reçoit, me préoccupent beaucoup ». Journal, 1841.

Ils sont en froid dès le commencement de l’année. Didier parle de moins en moins d’elle — toujours avec méfiance, même avec haine. Le 14 janvier 1840, il note: «On dit que G. S. est grosse, —de qui ?...» Il est de plus en plus brouillé avec « la Marliani ». Au mois d'avril, on lui reparle des propos tenus par « George Sand, la Marliani et toute cette bande dans sa caverne. Je commence à en avoir ma suffisance, et je songe à quelque éclatante vengeance. Mais je veux la mûrir, afin de ne pas manquer mon coup !».

Mais de cette vengeance, il ne reparle plus, et il ne reverra plus Sand. Avant la première représentation de sa pièce Cosima, le 29 avril 1840, elle mande à Aglaé qu’elle lui enverra une loge pour elle et Geoffroy Saint-Hilaire, ainsi que des stalles pour Didier, mais celui-ci croit «qu’il n’y faut pas compter ». Et il ajoute : « Aux termes où nous en sommes, il me convient de lui renvoyer ses places; c’est le moyen de fixer bien nettement la position ? ». Il ne se trompe pas ; le jour de la représentation, on dépose chez lui deux places de loges, mais adressées à David Richard, qui accompagne Aglaé. Rien pour Didier, qui reste chez lui à travailler. Sa femme et son ami rentrent à minuit et lui racontent le fiasco complet de la pièce. « Je ne pourrais pas dire que cela me fasse de la peine. J'ai été triste un instant ».

Il n’est plus question de George Sand que très rarement dans le journal. Quelques brèves mentions encore, puis c’est le silence. Mais Didier gardera l’habitude de lire ses romans dès qu’ils paraîftront, et il lui arrivera de les admirer fort. Il écrit par exemple, « Soirée à me faire lire par A [glaé]. La mare au diable de George Sand. Une véritable idylle ». Il note encore, mais très rarement, des conversations qui la concernent. Enfin, Didier parle d’elle pour la dernière fois le 12 janvier 1849, après un dîner chez Boissy, où il a rencontré Planet, « l’ami de Madame Sand, de laquelle nous parlons ensemble ». Désormais elle est pour lui Madame Sand, qu’il ne voit plus, mais dont il parle sans mépris et sans haine. Il fait publier les sonnets qu'il lui avait adressés en 1836 %. Le souvenir des doux moments de leur liaison et de ses cinq jours de bonheur doit lui être de plus en plus précieux. Le temps a effacé la souffrance et la déception, et aucune autre femme n’a jamais eu pareille place dans son cœur.

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