CHAPITRE IV
LA GRANDE DÉCEPTION DE CHARLES DIDIER SON « MAUVAIS GÉNIE » : LAMENNAIS
I. Lamennais avant 1832. — Premières relations. — Didier à la Chênaie. — La grande amitié. — Le Monde. — Premiers malentendus. — Les amis inséparables. — L'intervention d’Aglaé. — Le caractère de Lamennaïis se transforme. — Procès et condamnation. — Sainte-Pélagie. — La rupture se prépare.
II. «Le Père des contradictions ». — Mépris. — Dernier rapprochement. — La rupture. — « Mauvais prêtre, mauvais frère, mauvais ami».—« La haine à mort».
D'étranges amitiés se nouent dans la vie des hommes, et l’on cherche souvent à s'expliquer ce qui attire les êtres les uns vers les autres. Lorsqu'il s’agit d’un maître de la pensée aussi illustre que Félicité de Lamennais, il est d'autant plus passionnant de regarder de près ses relations intimes.
Lamennais était l’aîné de Charles Didier de vingt-trois ans ! et il avait vécu des années bien difficiles avant de rencontrer, en 1832, le jeune Genevois. Après une adolescence orageuse, ce petit Breton chétif, maigre et laid, avait fait ses études de séminariste, et il fut ordonné prêtre à l’âge de vingt-six ans. Comme on le sait, il a d’abord
attiré l’attention sur lui par son Essai sur l'indifférence en matière de religion, qui eut un grand succès, et des disciples se groupèrent plus tard à la Chênaie autour de l’auteur. Mais une transformation S’opérait dans son.esprit, et Lamennais devenait de plus en plus un polémiste, préoccupé avant tout des relations de l’Église et de l’État. Après la Révolution de 1830, il fonda l’Avenir, qui parut le 15 octobre, et dans lequel il cherchait à formuler les principes de la liberté religieuse et du catholicisme libéral. Attaqué par une partie du clergé, le journal cessa de paraître au mois de novembre 1831, et Lamennais partit lui-même pour Rome afin d'exposer ses idées au