Il naquit à Saint-Malo en
Saint Siège. Il quitta la Ville éternelle au mois de juillet, sans avoir de réponse, pour retourner à Paris. S'arrêtant en cours de route à Munich, il prit connaissance de l’encyclique Mirari vos, datée du 15 août (1832), qui condamnait les doctrines de l'Avenir, sans même le nommer.
Alors commence une époque fort troublée de son existence qui n’aura son dénouement que deux ans plus tard, après la publication de Paroles d’un croyant, quand s'effectuera la rupture avec l'Église. C'est au lendemain de son retour de Rome que Charles Didier lui fut présenté. Le Genevois ne pouvait manquer d’éveiller la sympathie de Lamennais lorsqu'ils se rencontrèrent. Depuis sa jeunesse Didier se passionnait pour l’étude et la discussion des questions religieuses et morales, aussi bien que sociales et littéraires. D’après Marc Monnier !, tout jeune homme, « il avait pensé un instant à se vouer au saint ministère ». Mais ce qui l’amena surtout à abandonner l’idée c’est qu’il ne se sentait pas assez croyant. Toute sa vie cependant, il estima que le seul espoir de bonheur et de tranquillité réside en Dieu, et il ne cessa de poursuivre une vérité qui lui échappait. Lui qui lisait un peu de tout, connaissait déjà sans doute les écrits de Lamennais, et sa jeune imagination àvait dû en être touchée avant de connaître le philosophe. II s'était déjà intéressé aux doctrines des Saint-Simoniens, sans jamais d’ailleurs, appartenir à leur religion. Assoiffé de vérité, ayant subi depuis deux ans l’influence du romantisme et des autres courants de la pensée française de l’époque, ce jeune homme d’une vive et robuste intelligence, avait en lui tout ce qu’il fallait pour qu’une sympathie réciproque lât bientôt ces deux esprits. D'ailleurs on pourrait dire de Charles Didier, comme on l’a dit de David Richard ?, qu’il partageait avec Lamennais le sentiment de la nature et la « passion de la justice ». Républicain ardent, né pauvre, Charles croyait de plus en plus que les classes populaires et les déshérités ne connaîtraient le bonheur que sous cette démocratie qu’il rêvait de voir devenir universelle.
Lamennais s’était habitué à s’entourer d’admirateurs et de disciples dont il perdit la plupart, à la suite de ses démélés avec l'Église, sans cesser d’en recruter d’autres. Il avait un constant besoin d’amitiésintimes, et, dans les nouvelles relations qu’il noua