Voir Campaux. Article cité
avec ses jeunes amis, Didier, Richard, et un peu plus tard Liszt 1, il mettait évidemment un peu d’exaltation. Le grand philosophe était fort exigeant d’ailleurs dans ses affections. Il trouva en Didier un homme qui allait «toujours aux extrêmes» et qui, poussé par son admiration pour le maître, se montre prêt à se dévouer presque exclusivement à lui jusqu’au moment où il commença à le juger et leur s rapports se relâchèrent.
C'est par l'intermédiaire de Louis de Potter que Charles Didier fit connaissance avec Lamennais. Nous avons vu que Victor Hugo, en cherchant à aider le jeune Genevois à s'orienter dès son arrivée à Paris, avait promis de parler de lui à Lamennais. Ceci n’aboutit ‘à rien, pas même à une rencontre ?. Didier connaissait déjà depuis plusieurs mois le patriote belge et il ne tarda pas à l’admirer autant pour ses qualités intellectuelles que pour le rôle qu'il avait joué en préparant la Révolution belge. Le 24 septembre 1832, Didier note dans son journal : « Chez de Potter, pour faire connaissance avec Lamennais. À table entre lui et le sculpteur David, ce dernier un peu vulgaire, sans idées. Je cause avec Lamennaïs toute la soirée. Je lui expose mes doutes sur le Christianisme, mais il ne veut pas entendre parler de sa transformation. Il croit à la séparation de l'Église et de l’État. Il parle de l'Univers et de Dieu comme de deux faits. Il m'invite à venir en Bretagne, où il va demain. » Cette longue conversation avec Lamennais l’attira vers lui, et Lamennais,
‘de son côté, trouva Didier assez sympathique pour l’inviter à la Chênaie. Mais le jeune écrivain venait de commencer Rome Souterraine 3, et ce ne fut que plus d’une année plus tard qu'ayant terminé ce livre, il trouva le temps de faire visite à son nouvel ami.
Le 15 octobre 1833, il écrit dans son journal : « Je passe huit jours dans la solitude de la Chênaie à philosopher avec Lamennais. Promenades — tristesse du lieu — Étang.…. Son grand ouvrage est assez avancé. Il m’en lit beaucoup ». Son grand ouvrage ce sont Les Paroles d’un croyant, qui devaient paraître le 30 avril 1834 et
1. « Très vive à son origine, l'affection du grand écrivain pour le grand virtuose ne fut pas très durable » Boutard, Lamennais, T. III, p. or.
2. Victor Hugo était cependant en bons termes avec l’abbé à cette époque. Fontenay nota dans son journal, le 5 octobre 1831 : « Victor Hugo me présente à l’abbé Lamennais et à l’abbé Lacordaire. L'abbé de Lamennais, vieux, brisé, jaune, passion brûlée éteinte ». Rien n’inspirait ce 1enne romantique à devenir un disciple de l’auteur des Paroles.