Roussel et Ingold Lamennais et David Richard, p
semaines plus tard’ Didier décida de faire un long voyage en Espagne, ce fut Richard qui annonça son départ au maître 1.
Après ce départ, l'abbé, toujours en Bretagne, écrit au jeune médecin, le 6 novembre (1834) : « Je suis, mon cher ami, charmé d'apprendre que vous continuerez de demeurer avec Didier : votre séparation me peinait. Il est triste d’être seul, et plus triste de se trouver seul après avoir été deux... Le voyage que Didier vient d'entreprendre me paraît assez agréable en soi et peut être très utile. ? »
Il est évident que le voyageur n'’écrivit pas souvent à la Chénaie pendant son séjour en Espagne, mais Lamennais pensa souvent à lui, et, dans ses lettres à Richard, il demande de ses nouvelles : « Comment se porte-t-il ? Quand revient-il ? Est-il content de son voyage ? Ne manquez pas, mon cher, de me rappeler à son souvenir en lui écrivant, car vous lui écrivez, je pense. 3 »
Il y a un grand contraste entre les relations de Lamennais avec Didier et celles qu’il eut avec Richard. Ce dernier l’intéressait moins, mais son caractère intime était tel que l’ancien abbé trouva chez lui une sympathie et une bonté qui l’attachèrent d’une façon toute particulière. L'esprit et les idées de l’ancien abbé avaient suscité l’admiration de Didier, mais il n’était pas capable d’une véritable affection pour lui. Richard plus doux, moins prêt à juger les autres, beaucoup moins égoïste que son camarade, sut garder l’amitié et l’estime du grand philosophe jusqu’à l’heure de sa mort.
À son retour d'Espagne en 1835, Didier trouva Lamennais établi à Paris, et ils prirent l'habitude de se voir presqué chaque jour. Le rer juillet, Didier note dans son journal : « Chez Lamennais et promenade avec lui. Il est très éloquent et très beau sur la question de la révélation. Je le pousse sur celle de la divinité de Jésus- Christ. Il me dit n’êtré point encore assez fixé à cet égard. Nous passons trois heures à causer, ou plutôt lui ; j'écoutais. »
Le plus souvêént ils étaient seuls pour leurs promenades ; quelquefois d’autres admirateurs du philosophe se joignaient à eux. Lamennais confia à Didier que Montalembert et de Bonald avaient eu sur lui une grande influence, mais qu’il n’avait gardé aucune de
e 1. Ibidem, lettre du 28 octobre 1834 de Richard à Lamennais.
2. Campaux. David Richard d'après des lettres inédites. (Annales de l'Est, 1887, Tome I, p. 146).