‹ Dans Le Sillage Du Romantisme Charles DidierChapitre 73 sur 172 · Ibidem. Lettre du 23 janvier · texte numérisé non relu

Ibidem. Lettre du 23 janvier

leurs idées. « Au reste, ajouta-t-il naïvement, s’il fallait rectifier toutes mes erreurs, je devrais écrire autant que j'ai écrit. ? »

Dans ce qui subsiste du journal pour cette période, tout est malheureusement très abrégé ; mais en prenant, par exemple, quelques notes du mois d'août, on se rend compte de leur grande intimité et du caractère de leurs entretiens :

le 7 : « Lamennais ce soir était inspiré de l'esprit de Dieu. »

le 8 : Chez Lamennais, révolutionnaire ce soir... »

le 9 : « Avec Lamennais, longue promenade sur le Boulevard... » le 10 : « Promenade accoutumée avec Lamennais, qui me lit quelques pensées profondes, intimes, amères… »

le 12 : « Promenade accoutumée avec Lamennais, qui est éloquent ». le 17: «Chez Lamennais, qui me raconte sa pauvreté ; elle est telle qu’il doit vivre pour trente sous par jour ».

le 20 : « Longue visite à Lamennais ; il me dit que la seule chose qui ne lui donne aucune peine à faire, c’est la polémique ; elle est chez lui instinctive. »

Ces courtes phrases précisent quelques traits essentiels du Lamennais intime à ce moment de sa vie. Brouillé avec son frère l’abbé Jean, établi à Paris avec peu de ressources, il fut bientôt dans une situation fort précaire.

C’est à l’automne de 1836 que Liszt et Madame d’Agoult s’installèrent à Paris, rue Laffitte, à l’Hôfel de France, où ils furent bientôt rejoints par George Sand. Liszt avait déjà été attiré vers Lamennais, qu'il connaissait depuis quelques temps, et qu’il avait emmené chez George Sand, plusieurs mois auparavant. Didier, maintenant très lié avec le musicien, tâcha tout naturellement d'introduire Lamennais dans ce cercle d’intimes de l'Hôtel de France. Le penseur se trouva de la sorte mêlé à un milieu qui lui convenait assez peu. Le 19 novembre, nous voyons dans le journal : « Dîner chez Marie [d’Agoult] avec Lamennais, d'Eckstein, Madame Marliani, etc.» George Sand était, bien entendu, de la partie.

Mme Marliani avait, elle aussi, cherché à faire la connaissance de l’auteur des Paroles. Ayant demandé une lettre d'introduction à George Sand, celle-ci lui avait répondu, le 28 juin 1836 : « J'ai écrit pour vous satisfaire, non pas à l’Abbé, il nous a trop positivement défendu à tous de jamais lui adresser qui que ce soit... mais à mon ami Didier, qui se chargera de vous faire faire connaissance

T1. Journal, 28 juillet 1836.

avec lui d'une manière plus affectueuse et plus intime, en vous donnant rendez-vous quelque jour rue du Regard... où il passe une partie de ses journées. 1 »

Lamennais était venu à Paris avec l'intention bien arrêtée de fonder un nouveau journal. Carrel étant mort tragiquement, on lui proposa /e National, mais à des conditions inacceptables. Une proposition faite quelques mois plus tard par le propriétaire du Monde lui sembla meilleure, et, au commencement du mois de février 1837, Lamennais prit la direction de ce journal. Il ne fut pas très difficile de l’amener à diriger ce quotidien, récemment fondé par un financier qui ne cherchait qu’à en tirer profit et qui

tablait sur la renommée de Lamennais pour ressusciter cette feuille languissante. Le nouveau directeur avait le droit de choisir le personnel de la rédaction et d'imposer sa politique au journal. Le premier qu'il choisit comme collaborateur fut son inséparable Didier ?, et c’est peut-être grâce à son influence que Lamennais prit Madame Sand comme collaboratriceÿ. Liszt aussi se joignit à eux, et parmi les autres rédacteurs on trouve Henri Martin et . Fortoul, lequel était de la maison avant l’arrivée de Lamennais 4,

Au commencement tout alla bien. Comme le propriétaire l'avait prévu, le public attendait les articles de Lamennais, et, pendant quelques jours, la vente du Monde allait croissant. Mais cela dura

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