Nouveaux Lundis, tome XI, p
« Ce quelqu'un, il ne s’agit aujourd’hui, quand on étudie la vie de La Mennais, que de savoir le trouver et l'indiquer aux divers moments ». Or, Béranger, qui cherchait depuis longtemps à prendre de l'empire sur le philosophe, avait dû réussir à le circonvenir. Son parti une fois pris, Lamennais, têtu comme il l'était ne devait plus penser qu'à tirer vengeance de Didier, qu’il croyait désormais indigne de sa confiance et de son amitié. ?
La rupture définitive avec Aglaé laissa Didier le cœur brisé, l’âme en peine. Son chagrin s’augmenta encore en raison de ses difficultés financières et des poursuites judiciaires, intentées par Lamennais et Madame Didier. « C’est Lamennais qui en est la cause, écrit-il, mauvais prêtre, mauvais frère, mauvais ami, mauvais homme ».
Négligeant, non sans effroi, ses propres affaires, il partit en mission en Pologne, le 31 mars 1848, et ne rentra à Paris qu’à la fin de l’année. À peine de retour, il apprit que Lamennais le diffâmait à tout propos, et 1l en écrivit à Béranger. Un entretien fut fixé pour arranger la pénible affaire de ses dettes envers Lamennaïs. Il eut lieu le 29 janvier 1840. Cependant le vindicatif vieillard ne voulut rien différer, et, en rentrant chez lui, le 13 février, Didier trouva une assignation de sa part. « Charmant procédé, note-t-il. Au milieu d’une négociation ! J'en suis fort ému, et cela m'empêche d’aller dans le monde le soir ».
Ce procès l’obsédait. Il courut chez Béranger à Passy : « Je lui parle de mon procès avec Lamennais, qu'il verra pour tâcher d’arranger l'affaire, sans beaucoup d’espoir, car Lamennais a agi en se cachant de lui, et ils sont un peu en froid. Béranger, du reste, est fort bien pour moi, ce qui m'étonne et ce qui est rare l». Reste à voir si ce ne fut par hypocrisie de la part de Bérangér, qui dût continuer à amuser Didier avec son projet d’arrangement, tout en sachant fort bien que Lamennais ne voudrait rien entendre.
Le fait est que les poursuites continuaient. Éperdu, Didier, après Béranger, s’adressa à Benoît, et celui-ci lui apprit que Lamennais, effrayé à son tour par le scandale, se décidait à accepter ses conditions. Mais les amis de Didier n’y croyaient guère et Madame Hamelin lui écrivait : « Nouveau commentaire de l’Évangile, procédé très chrétien ? ! »
Cependant cette lamentable affaire devait traîner encore, Madame Didier ayant refusé de souscrire aux conditions de la transaction