‹ Dans Le Sillage Du Romantisme Charles DidierChapitre 86 sur 172 · Journal, 29 septembre · texte numérisé non relu

Journal, 29 septembre

4. Toute cette question des mariages contractés à Londres et à Paris présente d’après la façon dont Didier les raconte dans son journal, un problème bien com, pliqué et bien difficile à résoudre. Ce mariage civil à Londres aurait été valable en France, et il n’y a qu’uneseule façon d’expliquer les remariages successifs c’est d’admettre que le mariage en Angleterre était resté secret. Mais en admettant ceci, le mariage religieux célébré le 27 mars 1839 était inexistant aux yeux de la loi civile et ne pouvait avoir aucun effet. Le pasteur Martin, d’ailleurs dans ce cas-'à, violait la loi (loi du 18 germinal, an X,titre 3 n° 54) et il s’exposait aux sanctions des articles

fois-ci il s’agit de publier les bans, et à cause de ces publications Aglaé reçut à son nom de demoiselle des circulaires de marchands, ce qui était agaçant pour le jeune ménage déjà marié deux fois, car les domestiques et les portiers n’y comprenaient rien. La veille de ce troisième mariage, la pauvre Aglaé eut une de ses crises nerveuses. Le lendemain matin, fatigués et ennuyés, les deux époux se présentaient à dix heures à la mairie du deuxième arrondissement, avec Fouchy, beau-frère de Didier, Lamennais, Benoit et David Richard comme témoins. Didier conduisit ensuite Aglaé chez George Sand et s’en fut déjeuner avec ses camarades.

Longtemps après le mariage, Didier resta absolument fidèle à sa femme. Sans doute le tempérament de celle-ci s’accordait peu avec le sien, mais leur union n’avait pourtant rien d’un mariage blanc, comme Madame Didier a voulu le faire croire après la rupture 1. Malgré « l'amitié de sœur » qu’elle disait éprouver pour son mari, elle en était franchement jalouse, et la première fois que celui-ci rentra un peu tard le soir, après une réunion au café avec ses camarades, Aglaé lui fit très mauvais accueil. Ce fut le commencement des orages domestiques. Habitué depuis tant d’années à une liberté complète, Didier prenait très mal les récriminations qu’elle lui adressait au moindre propos. Au moment du retour de George Sand à Paris, et quoique son mari n’eût fait nulle tentative pour la revoir, Aglaé se mit à le bouder. Après deux jours, Didier en fut ‘1 énervé qu’il songeait à rompre et à s’en aller : « Il y a des moments où l'ennui me prend et où cet intérieur, sur lequel j'avais compté, me manque et n’est plus ce que j'avais cru. Ce qu'il y a de certain, c'est que le travail m'est devenu impossible. ? ».

Il s’efforçait cependant de mettre toute la douceur désirable dans ses rapports avec sa femme. Il se rendit enfin compte que ses accès provenaient d’un déséquilibre psychologique, et, se souvenant de la folie de la mère d’Aglaé, il s’efforçait de tranquilliser sa femme.

199 et 200 du code pénal, renforcés par la loi du 28 avril 1832, qui punissait le ministre d’un culte qui eût procédé aux cérémonies religieuses d’un mariage sans qu’il lui eût été justifié d’un acte de mariage préalablement reçu par l'officier de l’état civil, d’une amende de 16 à 100 francs, et, en cas de récidive, d’une peine de prison. Quant au pores civil avec contrat célébré à Paris le 2 décembre 1830, un pareil mariage n’a pu être célébré que dans l’ignorance du mariage à Londres en 1830, car sinon, l’adoption d’un nouveau régime matrimonial eût été impossible.

1. Elle se croyait grosse quelques mois après le mariage, à l’horreur de son mari qui se demandait « Qu'est-ce que nous ferions d’un enfant ? » :

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