Voir chapitre II
consul anglais, Sir Herwart, fils cadet d’une famille noble et puissante, avait mené à Tétouan, depuis qu’il s’y trouvait, une vie qui n'avait été qu’un long scandale. Mais, pour des raisons que l’auteur n’explique du reste pas, « l’arrivée de Herwart avait ébranlé le
sceptre en la main d'Upsal, jusqu'alors le roi de la résidence, et avait
fait pâlir son étoile : de là, une haine inextinguible. Dès les premiers
jours, la lutte avait commencé, sourde, acharnée, implacable ».
Quand Sir Herwart tombe amoureux de la « charmante énigme »,
sachant fort bien que le père ne consentirait jamais à leur mariage, il
enlève la jeune fille et l’emprisonne dans sa propriété, près de
Tétouan. À partir d'ici le roman se traîne en d’interminables lon-
gueurs vers une fin sanglante, où le fougueux Anglais tue la jeune fille et son fiancé, avant de disparaître à jamais des côtes du Maroc.
L'idée générale était sans doute assez neuve à pareille date, mais
Didier n’a pas réussi à écrire là un véritable roman d'aventures,
et, du début à la fin, son récit manque de vraisemblance et d’inté-
rêt
Dégoûté lui-même de ses essais romanesques, Charles voulait abandonner ce genre pour le théâtre, quil’avait toujours passionné. Un soir il dîne avec Arnould 1 et Rosier ? « en pleine guinguette dans le bois de Vincennes » et leur parle d’un projet de drame. Encouragé par l'avis et les conseils de ses amis, il se met au travail avec enthousiasme. Mais le voilà bientôt arrêté. « J'en ai la substance en main, mais pas la disposition », note-t-il dans son journal. Cependant la pièce, Afalba ?, se trouva terminée en février 1840, et l’auteur la lut à « Rosier et compagnie. Ils n’en admettent que la conception première et la regardent comme impossible et peu dramatique, sans compter les longueurs... Cela me décourage un peu, mais j'y penserai et prendrai de leurs observations ce qu’il me conviendra de prendre ».
Quelques jours après cette lecture, Didier assistait à la première de La Calomnie de Scribe, au Théâtre français. Il trouva la pièce « si habile et intéressante » qu’il se demanda s’il saurait jamais écrire rien de pareil. Toujours critique rigoureux
1. Auguste Arnould (1803-1854) littérateur et auteur dramatique. Il épousa en 1845 Mademoiselle Plessy, amie de Charles Didier, qui prit alors le nom de Arnould- Plessy.
2. Joseph Bernard Rosier, débuta comme auteur dramatique en 1830 après avoir été professeur de rhétorique. Il écrivit beaucoup de pièces, qui sont pour la plupart gaies et spirituelles.