ACTION AU NORD DE LA MANANARA
(AvRn. A Juin 1901).
Midongy, le 20 juin 1901.
Mon Général,
Le 1" avril, je vous soumettais le programme (2) que je comptais suivre pour la campagne de 1901.
J'envisageais successivement les deux régions où l'action militaire s'imposait encore :
1° La zone forestière de l'Est;
2" Les insoumis du Sud.
Je divisais la zone forestière elle-même en deux champs d'action qui devaient faire l'objet de deux séries d'opérations successives et distinctes (3) :
(1) Rapport adressé au général Galliéni à la suite des opérations au Nord de la Mananara.
(2) Chapitre précédent.
(3) Carte n» 2, à la gauche du volume.
PÉRIODE d'exécution 89
1" Au Nord de la Mananara;
2° Au Sud de la Mananara.
Je vous exposais les raisons pour lesquelles je croyais devoir appliquer le programme d'action militaire en allant du Nord vers le Sud.
La question se trouvait ainsi divisée en trois périodes, aussi bien par suite du placement naturel des groupes insoumis que dans l'ordre chronologique, à savoir :
1° Action au Nord de la Mananara, que j'appellerai solution de la question Tambavalo, du nom de la principale tribu insoumise;
2" Action au Sud de la Mananai^a, que j'appellerai question de rivolobé et des Andrabé, du nom des deux groupements insoumis entre lesquels elle se divise;
3" Action contre les insoumis du Sud du cercle de Fort-Dauphin, que j'appellerai la question Antandroy, du nom de la principale peuplade en cause.
Je vous rendais compte que la première période s'ouvrait sous la direction du capitaine Le Rouvillois.
Elle vient d'être réglée.
Avant d'ouvrir la seconde période, j'ai l'honneur de vous rendre compte de l'exécution de la première.
Je me permets de vous reporter d'abord à mon programme d'ensemble du 1" avril et au croquis qui l'accompagnait (1). Je vous y exposais la méthode adoptée : division de la forêt du Nord au Sud en zones à occuper successivement par une action simultanée partant des postes d'investissement établis précédemment sur la lisière.
Je vous rendais compte que, dès lors, l'action était entamée dans la zone au Nord de l'Iantara, circonscrite entre les quatre postes d'Ivohibé, de Karianga, d'Imandabé et de Vohimarina, entre lesquels s'installait au centre de la forêt le poste d'Ivatovory.
(1) Page 5S.
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D'après les renseignements, c'est dans la partie Sud de cette zone seulement où se trouvaient les repaires fortifiés du chef Tsiahoro, que devait commencer la résistance sérieuse.
A partir de ce moment, j'ai laissé une initiative absolue au capitaine Le Rouvillois, mis à la tête du nouveau cercle-annexe d'Ifandana englobant toute la zone forestière. Je lui avais sufTisamment indiqué les lignes du programme adopté et c'est lui qui a mené toute l'affaire sans aucune intervention supérieure.
Avant d'entamer la lutte, le capitaine Le Rouvillois fit les plus sérieuses tentatives de conciliation. 11 mit en liberté Sahabaka, fils de Tsivoa, chef politique des Tambavalo. Sahabaka devint pour nous dans toute la suite de la campagne un émissaire et un guide absolument dévoué; mais, à ce moment, il ne put même pas obtenir d'être reçu par son père, qui se refusa à toute entente. En même temps, le sergent Lousteau, chef de poste d'Imandabé, faisait de dernières tentatives également infructueuses auprès de Fanamé.
Enfin, un pasteur de la mission norwégienne établi à Ivohibé, M. Hagen, s'offrit à servir d'intermédiaire. A deux reprises, avec beaucoup de dévouement et un vrai courage, il alla chez les rebelles; il était même parvenu à en décider une trentaine à venir à Ivohibé, mais quatre seulement se présen-
PÉRIODE d'exécution 91
tèrent annonçant l'arrivée prochaine des autres, qui ne vinrent pas, malgré la prolongation, de délais qui leur fut accordée. A sa dernière entrevue avec eux, le 28 mai, M. Hagen fut, au contraire, de leur part l'objet de démonstrations hostiles. Il fut établi, d'après les déclarations ultérieures des rebelles, que, se croyant invulnérables dans leurs repaires de la forêt parfaitement fortifiés, ils avaient seulement cherché à gagner du temps pour perfectionner leurs défenses et commencer leurs récoltes.
Tout en poursuivant les négociations, le capitaine Le Rouvillois achevait méthodiquement et sans relâche sa préparation.
Les postes d'investissement étaient renforcés et tous ceux d'une même zone d'action réunis en groupements, sous le commandement d'un seul chef.
Au Nord, dans le groupement de Karianga (1) sous les ordres du lieutenant Bouche, une liaison étroite était établie entre les postes de Karianga, de Fort-Clavier, d'Iampasika et d'Ivohibé, de manière à empêcher autant que possible toute infiltration dans la région de l'Ikongo.
A l'Ouest dans le groupement d'Imandabé (sergent Lousteau) était créé le nouveau poste d'Ivondrokely au centre d'un petit massif forestier, afin d'empêcher à la fois les rebelles chassés de la forêt d'y trouver un abri et en même temps de protéger et de maintenir les populations soumises groupées aux environs.
A l'Est, le groupement de Vohimarina (lieutenant Freydemberg) était augmenté de 30 fusils et créait sur la crête forestière un avant-poste, Karimalaza, destiné à serrer de plus près l'investissement.
Au centre le groupement d'Ivatovory (lieutenant Dubufe) poussait au Sud le poste d'Antanambao en pleine forêt pour se rapprocher des repaires de Tsiahoro.
Enfin, au Sud de la zone rebelle était créé le groupement df^ la Mananara commandé par le lieutenant Cambay; ayant son centre au nouveau poste d'Ambararata, sur la route d'Ifandana à Vangaindrano, pour y assurer la sécurité et empêcher des installations rebelles de se produire dans cette partie de la for.êt.
(1) Croquis page suivante.
Tous ces postes étaient reliés entre eux et leur organisation complétée par un service de police indigène et d'émissaires
Ià.mpasLJ(a.
Ivohibt.
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Emplacements des gpoapes rebelles et de nos postes aa début des opéfations.
PÉRIODE d'exécution 93
dont les agents circulaient la nuit sur les sentiers et entouraient les rebelles d'un réseau de surveillance étroite.
Ce service, qui a parfaitement fonctionné, a été un des facteurs importants du succès, empêchant les colonnes de s'égarer, indiquant les points faibles des positions ennemies.
Le mérite en revient au lieutenant Freydemberg d'abord, puis au sergent Lousteau qui, établis depuis longtemps dans le pays, connaissant parfaitement les habitants et les mœurs, s'y étaient acquis des partisans éprouvés et nous ont permis, dans ce pays particulièrement diflîcile, de partir de bases certaines, ce qui manque souvent dans ces sortes d'opérations.
Bien que fixé depuis moins longtemps dans le district de Karianga, le lieutenant Bouche, grâce aux mêmes qualités, avait également réussi à former un service de renseignements, des partisans et une milice locale qui nous ont parfaitement éclai rés.
Le ravitaillement a été constitué de manière que chaque poste eût, en plus de sa réserve réglementaire, constamment quinze jours de vivres. En outre, tous les Européens désignés pour marcher étaient munis de deux jours de vivres et les indigènes de quatre jours.
Le nombre de porteurs demandés aux populations a été réduit au minimum, les ressources ayant été placées d'avance aux points qui exigeaient les moindres déplacements.
Les renseignements d'émissaires avaient fait connaître que les défenses des repaires étaient sérieuses et pratiquées avec une véritable entente de la fortification. Elles se composaient le plus souvent d'une triple ligne :
1° Une tranchée abritée par un parapet en terre et rondins crénelés (voir le croquis page 98) ;
2° Une palissade;
3° Des abatis parmi lesquels était dissimulée une ligne de trous-de-loup, au milieu de chacun desquels se dressait un piquet souvent en fer à extrémité barbelée, recouverts de feuillages, qui constituaient une formidable défense, à laquelle, aussi bien qu'aux petits piquets semés sur les sentiers, nous devons 98 blessures.
Toutefois, les renseignements ajoutaient que les défenses les plus solides étaient tournées du côté de la lisière Ouest de
la forêt, d'où les rebelles attendaient l'attaque. La plupart de ces ouvrages semblaient avoir ainsi une gorge plus faiblement défendue du côté de l'Est.
Le capitaine Le Rouvillois donna donc comme règle générale de prononcer l'attaque principale par les faces Est et, les villages fortifiés étant par groupes, d'attaquer toujours d'abord le repaire le plus fort, occupé par le chef le plus en vue, afin de porter un coup décisif à la défense de chaque groupe.
Les troupes, à l'effectif de 2S0 hommes et une pièce d'artillerie de montagne, furent divisées en deux groupes, l'un sous le commandement du capitaine Le Rouvillois, l'autre sous le commandement du capitaine Pécon de Laforest.
Je reproduis ici, l'ordre n° 1, ainsi que les instructions A et B, établis au début des opérations par le capitaine Le Rouvillois.
Ordre n» j.
Ivohibé, 4 avril 1901.
Conformément aux ordres du Commandant supérieur du Sud, une partie des troupes du secteur d'Ivohibé sera rassemblée pour chasser les rebelles de la forêt comprise dans le quadrilatère Antanambao, Ifandana, Yondrozo, Vohimarina sous le commandement du capitaine Le Rouvillois.
Composition. — 11* compagnie du 13* régiment : 2 sous-officiers, 12 hommes.
5® compagnie malgache : 5 sous-officiers, 135 tirailleurs.
8* compagnie malgache : 35 tirailleurs.
Artillerie : la pièce de Fianarantsoa.
Milice : 1 garde principal, 30 hommes d'Ivohibé, 30 hommes de Karianga.
Commandement. — Capitaine Le Rouvillois, commandant le secteur.
Troupes. — Seront divisées en deux groupes composés de quatre sections commandées chacune par un officier ou un sousofficier et comprenant un ou deux soldats européens et 28 indigènes.
Groupe de l'Est. — Sous le commandement du capitaine de Laforest 3 sections tirées des garnisons de Vohimarina-Vondrozo et 10 hommes d'Ifandana sous le commandement du lieutenant Freydemberg. 1 section de miliciens fournie par le poste de Karianga sous le commandement du lieutenant Bouche.
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Groupe de V Ouest. — Sous le commandement du capitaine Le Rouvillois. 3 sections fournies par les garnisons de Ranotsara, Analavoka, 20 iiommes d'IvoLibé, 6 hommes d'Imandabé et 8 hommes d'Ifandana commandés par le lieutenant Dubufe et le sous-lieutenant Cautellier. 1 section de miliciens fournie par le poste d'Ivohibé et commandée par le garde principal Mercier.
Artillerie. — La pièce de Fianarantsoa commandée par le lieutenant Bidon.
Service de santé. — Le docteur Crenn accompagnera le groupe de l'Ouest, un infirmier indigène sera affecté à chaque groupe.
Bourjanes. — Les officiers, sous-officiers, caporaux et soldats auront droit aux bourjanes réglementaires.
Chaque groupe disposera de : 2 bourjanes pour le transport des munitions de réserve, 2 pour le transport des outils, 2 pour le transport des médicaments, 20 pour le ravitaillement.
Ravitaillement. — Les Européens porteront 2 jours de vivres, les tirailleurs 4 jours. Les bourjanes destinés au ravitaillement seront divisés en 2 échelons correspondant à 2 jours de vivres.
Lorsqu'un des échelons sera vidé, il ira se ravitailler au poste le plus voisin, d'après les ordres du commandant des troupes. Les tirailleurs, miliciens et les bourjanes toucheront la ration en nature.
Dans chaque groupe, le plus élevé en grade dans chaque unité administrative signera le bon pour tous les hommes du groupe appartenant à cette unité.
Le sous- officier chargé du ravitaillement du groupe établira le bon pour les bourjanes affectés à chaque groupe.
Le sous-officier qui commandera l'escorte du convoi remettra ces bons au gérant du magasin.
Munition?. — Réserve : par groupe, une caisse de cartouches modèle 1886, 1 caisse du modèle 1879-83.
Outils. — Par groupe : 8 angady (1), 4 haches, 6 serpes, 50 mètres de cordage, 1 levier en fer.
Concentration. — Le 8 au soir, les 2 groupes devront se concentrer : celui de l'Est au village Mahasesy, sur la rive gauclio de l'Iantara, à la sortie Est de la forêt; celui de l'Ouest et l'artillerie au poste d'Antanambao.
(1) Bêches malgaches.
Instructions A.
Opérations. — Les opérations seront divisées en deux parties :
a) — Opérations au Nord de l'Iantara ;
b) — Opérations au Sud de l'Iantara.
Chaque partie comprendra elle-même trois périodes :
1° Destruction de toute organisation défensive dans la zone attaquée ;
2° Occupation effective et reconnaissance complète de la dite zone ;
3° Construction d'un poste et tracé de sentiers.
En général, l'opération de la journée aura pour but la destruction de toute organisation ennemie dans une zone donnée et son occupation effective. Chaque commandant de groupe, suivant les obstacles qu'il rencontrera, indiquera le but de chaque action partielle (enlèvement d'un village ou d'une position fortifiée), et donnera ses instructions aux chefs de section et à l'artillerie s'il y a lieu. Dès que l'avant-garde se heurtera à des petits piquets, elle quittera le chemin et marchera au coupecoupe, le sentier étant en général repéré pour le feu.
Si l'avant-garde ne peut plus avancer, elle devra, en maintenant solidement sa position, chercher à s'étendre sur les flancs. Le commandant du groupe donnera alors ses instructions pour l'attaque.
Lorsqu'une fraction aura réussi une mission déterminée, elle ne devra pas perdre de vue le but à atteindre, malgré les attaques sur ses flancs ou sur ses derrières. Le commandant de cette fraction se bornera à opposer à ces attaques le minimum de fusils et continuera son mouvement.
Feux. — Le feu sera fait, en général, par demi-eection. Les demi-S'8ctions ne feront feu qu'à l'avertiss-ement du chef de section, qui donnera la hausise et le but à atteindre.
On évitera ainsi le gaspillage des munitions. Devant un village fortifié, le feu de quelques bons tireurs prêts à faire feu sur tout ce qui s-e montre peut être efficace.
Partisans. — Les partisans qui n'ont pas d'uniforme porteront une coiffe rouge pour éviter les méprises ; ils seront attachés à l'une des sections de chaque groupe. Le chef de section veillera à ce qu'ils ne gaspillent pas leurs munitions.
Artillerie. — La pièce sera amenée sur l'emplacement et tirera sur le point indiqué par le commandant du groupe. En général, le lieutenant commandant la pièce marchera avec lui.
Précautions. — La sonnerie de la casquette a été choisie pour
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indiquer qu'un, détachement i-eçoit des projectiles d'une troupe amie. Toute troupe entendant cette sonnerie dans la direction oii elle tire devra cesser son feu. De même, quand un village sur lequel plusieurs fractions font feu sera pris, la même sonnerie devra se faire entendre.
Instetjctions B.
Le capitaine commandant le secteur rappelle que les opérations qui vont avoir lieu dans la forêt ont pour but, non pas la destruction de l'adversaire, mais sa soumission. Il en résulte un changement notable dans la manière d'agir.
Il a été, en effet, constaté qu'iin des plus grands obstacles à la soumission des rebelles a été le dénuement complet dans lequel ils se trouvaient, par suite de l'anéantissement de leurs ressources. En conséquenoe, toute destruction systématique sera complètement écartée.
Toutes les prises (bœufs, riz, etc.) seront prises en compte par le service des approvisionnements et distribuées sur bons réguliers aux troupes pour éviter des transports inutiles. Mais les sommes provenant de ces cessions seront mises à part de façon à constituer des secours pour les rebelles qui se soumettront et leur permettre de faire leurs cultures.
Seuls, les villages fortifiés devront être mis hors d'état de se défendre, le but principal étant de détruire toute organisation de l'adversaire.
Je n'entrerai pas dans le détail des opérations qui font l'objet du rapport spécial du capitaine Le Rouvillois, que je ne fais que résumer (1).
Ces opérations se divisent en deux périodes bien distinctes. : 1° Au Nord de l'Iantara du 8 au 16 avril; 2° Au Sud de l'Iantara du 16 avril au 1" mai.
La première période a comme objectif principal la prise et la destruction des repaires de Tsiahoro.
La seconde a comme objectif principal la prise et la destruction des repaires de Tsivoa, Imaharanga, Fanamé et de tout ce qui gravite autour d'eux.
Dans chacun de ces groupes, en effet, le repaire principal
(1) Suivre sur le croquis (a), à la gauche du volume. Madagascar.
ùi^rte de reéroûte
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Coupe suivant Ad
I^epaiPe de Tslabopo.
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est entouré, protégé par des repaires secondaires qui forment autant de lignes à enlever successivement.
1° Opérations au Nord de l'Iraanta. — L'ordre n° 1 est donné le 4 avril.
Le 8 avril, la concentration des deux groupes est terminée.
Le groupe Le Rouvillois (115 fusils réguliers, 34 partisans, la pièce d'artillerie et l'ambulance) à Antanambao, au Nord des positions rebelles.
Le groupe Pécon de Laforest (135 fusils réguliers et 30 partisans) à Mahasesy, au pied de la falaise, à l'Est des positions rebelles.
La marche combinée et concentrique commence le 9 avril au matin.
Le groupe Le Rouvillois tombe sur le village fortifié de Ramane, l'enlève sans pertes, après l'avoir canonné, et reprend sa marche de manière à aborder le 10 au matin le repaire de Tsiahoro par le Nord, pendant que le groupe de Laforest l'abordera par l'Est.
Mais, dans sa marche du 9, le groupe de Laforest se trouvait amené, dès midi, après avoir escaladé la falaise, au contact du repaire de Tsiahoro. Le capitaine de Laforest, jugeant qu'il n'y a pas à hésiter à bénéficier de la surprise, divise sa troupe en deux groupes; il prescrit au lieutenant Freydemberg de tourner le repaire par le Nord-Est et de tenter l'escalade dt? ce côté en prenant les rebelles à revers.
Cette attaque est appuyée de front par le lieutenant Bouche. Au moment oii Freydemberg escalade sous le feu la face Nord, le capitaine de Laforest porte tout son monde à l'assaut et le repaire est enlevé des deux côtés à la fois.
Nous avons un tirailleur et un partisan tués et quatre tirailleurs blessés dont un mortellement.
C'est grâce seulement à la surprise et la rapidité avec laquelle l'affaire est menée que nous n'avons pas plus de pertes. Cette affaire fait honneur au capitaine Pécon de Laforest qui a montré autant de décision à la concevoir que d'entrain à la mener.
Quand le groupe Le Rouvillois se présente le lendemain 10, à midi 30, il trouve le repaire enlevé. Les défenses du repaire étaient si bien comprises, avec ses
parapets de rondins et de terre, ses flanquements, ses défenses accessoires, qu'il peut être transformé immédiatement en poste.
Il reçoit le nom de poste Ralefa, du nom d'un tirailleur tué à l'assaut.
L'enlèvement du repaire de Tsiahoro, auquel les rebelles avaient fait une légende d'invulnérabilité, avait un effet moral sérieux.
Afin d'en profiter, les deux groupes reprennent leur marche, dès le 11, pour enlever les repaires de Tsiandevo à Sosoba. Ils les trouvent évacués.
La chute imprévue du repaire de Tsiahoro avait fait tomber toute défense fixe au Nord de l'Iantara.
Les journées des 12 et 13 se passent en poursuites et reconnaissances pour achever le nettoyage de cette zone.
Le 15, le poste Ralefa (repaire de Tsiahoro), étant complètement organisé, reçoit la garnison et les approvisionnements du poste d'Antanambao, qui est évacué par les troupes régulières et remis à la garde des partisans du chef Befanindry.
Des pirogues sont concentrées à Ifasy pour le passage de l'Iantara et, le 15 au soir, les deux groupes, après avoir passé l'Iantara, sont concentrés sur la rive Sud, à Karimalaza.
2° Opérations au Sud de l'Iantara (1). — Le groupement le plus rapproché de l'Iantara, au Sud de cette rivière, était celui de Tsivoa, le vieux chef politique des Tambavalo, dont tous subissaient à un plus ou moins haut degré l'influence; c'était donc le premier à enlever. Ce groupement se composait de plusieurs villages très bien fortifiés établis en avant du plus fort d'entre eux nommé Anivorano. (Croquis page 102.)
Ici, grâce à l'excellent service de police signalé plus haut, les renseignements étaient plus précis, et, parmi nos guides et émissaires, nous avions le fils de Tsivoa lui-même, Sahabaka, en lutte avec son père.
En raison du prélèvement des fusils laissés au poste de Ralefa et de la nécessité de ne pas laisser aborder un de ces villages fortifiés sans canon,, les troupes furent réunies à partir de ce moment en un seul groupe.
Le 16 au matin, la colonne se mettait en marche et, après
(1) Croquis (a) à la gauche du volume.
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quatre heures d'une marche pénible, se trouvait en présence du premier village fortifié formant avant-poste, celui de Tavoaka, dissimulé dans un taillis tellement épais qu'on ne distinguait la palissade qu'à environ 10 mètres. Ce sont les lieutenants Bouche et Freydemberg qui enlèvent la palissade à la tète de leurs sections et enfoncent la porte, suivis de près par le capitaine de Laforest et le lieutenant d'artillerie Bidon.
Un tirailleur et un partisan sont blessés, le village surpris est évacué en désordre. La section du lieutenant Cautellier poursuit les fuyards.
Le 17 avril, les troupes reposent. Le 18, elles nettoient la vallée de la Sisambato et y enlèvent le village fortifié d'Amboangivé.
Les abords du Nord de la position de Tsivoa étant ainsi dégagés, le capitaine Le Rouvillois décide d'attaquer le 19 les positions principales.
Le 19 avril, à 10 heures du matin, les troupes abordent les trois villages fortifiés de Tsivoa, qui sont enlevés sans résistance; les rebelles se concentrent au Sud au poste le plus fort, celui d'Anivorano.
Les troupes l'abordent à 2 h. 30 par le Sud qui, d'après les renseignements des guides, est le côté le plus faible. Le capitaine de Laforest, avec les sections Freydemberg, Cambay et Cautellier et celle du sergent Thibault, commande la ligne d'attaque dirigée contre le saillant Sud-Ouest. La section Bouche soutient l'artillerie au Sud tout en surveillant une des lignes de retraite du repaire (1).
Le repaire est enlevé à 3 heures sous un feu dirigé d'abord de l'enceinte crénelée, puis d'une ligne intérieure ; l'attaque nous coûte 3 tirailleurs tués, dont le sergent indigène Omory, et 2 blessés.
Dès le lendemain 20, la colonne, après avoir laissé une garnison provisoire dans le repaire enlevé et pour en dégager complètement les abords, se porte à l'Ouest sur le village de Rabisy qui est évacué sans résistance et détruit.
Le capitaine Le Rouvillois décide que le repaire d'Anivorano, qui en raison de ses défenses peut être transformé immédiatement en poste, formera au Sud de l'Iantara le poste central de
(1) Croquis page suivante.
la forêt entre Vohimarina et Imandabé, conformément à la méthode tracée dans le programme général.
En outre, l'occupation permanente du réduit de Tsivoa est
i^it
P Porte principaU P' Porte
Prise d'flnivopano (Zaflmafasoa).
REPAIRE DE TSIVOA
d'un sérieux effet moral. Ce poste reçoit le nom de poste Omory, du nom du sergent tué à l'assaut. Il est placé sous les ordres du lieutenant Freydemberg.
PÉRIODE d'exécution 103
La journée du 21 est employée à l'aménager et à le ravitailler.
Le 22 avril, des renseignements ayant appris qu'il reste au nord, dissimulé dans la forêt, un dernier groupe de villages fortifiés, le capitaine Le Rouvillois s'y porte avec le lieutenant Bouche, la pièce d'artillerie et 150 fusils.
Les deux villages, malgré trois lignes de défenses, sont évacués sans résistance et détruits.
Le groupement de Tsivoa étant ainsi disloqué et ses repaires enlevés, il reste au Sud-Ouest le groupement de Fanamé et, sur son chemin, les villages fortifiés d'Imaharanga.
Pour profiter de l'effet produit, le capitaine Le Rouvillois reprend la marche, le 24, avec, comme objectif, le repaire d'Imaharanga. Ce repaire est bien fortifié, mais sur trois faces seulement et peu défendu à la gorge, d'après les renseignements très précis des émissaires.
En conséquence, menacé seulement de front, il est enlevé par surprise par la gorge par la section Cautellier.
Un caporal indigène y est tué.
Le 24 au soir, la colonne est à Imandabé, d'où elle prépare l'attaque du groupe de Fanamé.
La journée du 25 se passe à reconnaître les approches et à déterminer le point d'attaque le plus faible qui est par l'Est.
C'est, en conséquence, par cette direction,, malgré le détour qu'elle impose et l'obligation de ne marcher qu'en forêt, que l'attaque s'exécute le 26.
Les villages sont évacués devant nous. A partir de ce moment, les rebelles changent de tactique. La rapidité et la vigueur de notre action contre celles de leurs positions qu'ils regardaient comme les plus fortes les ayant découragés, ils renoncent à les défendre. Au lieu de résister dans les villages fortifiés, ils commencent une guerre d'embuscades contre les troupes en marche, tirant sur l'avant-garde, sur les flancs, sur l'arrière-garde, sur les convois.
Les 27 et 28 avril sont employés à nettoyer la région comprise entre le poste d'Imandabé et le poste Omory oij subsistent encore des villages fortifiés qui sont détruits; un tirailleur est mortellement blessé.
Il est signalé qu'il existe encore un rassemblement armé important au village de Tsivalaka, de la tribu des Maroampos.
.104 DANS LE SUD DE MADAÔASCAll
Une reconnaissance commandée par le lieutenant Freydemberg, dirigée contre ce point, l'occupe le 30 avril. , Le 2 mai, le chef des Maroampos se présente à Ifandana en rendant 25 fusils. C'est l'ouverture de la période des soumissions.
Les opérations d'ensemble au Nord de la Mananara sont terminées.
Il reste à purger entièrement la forêt des derniers rebelles, à relier les postes anciens et nouveaux par d'incessantes reconnaissances, à empêcher les groupes dispersés de reformer de nouvelles installations. Cette tâche est répartie entre :
Le lieutenant Cautellier, installé au poste Ralefa;
Le lieutenant Freydemberg, installé au poste Omory;
Le lieutenant Bouche, installé au poste d'Imandabé;
Le lieutenant Cambay, installé au poste d'Ambararata.
La forêt est divisée en quatre zones entre ces quatre officiers qui y font des battues quotidiennes.
Dans sa reconnaissance du 6 mai, le lieutenant Freydemberg a un homme tué et un blessé.
Dans celle du 8 mai, où il disperse un groupe en train de se reformer, il a un tirailleur tué et deux blessés.
Du 9 au 25 mai, chacune des reconnaissances menées tant par le lieutenant Freydemberg, par le lieutenant Cautellier que par le capitaine de Laforest, donne lieu à des engagements.
Il s'est à ce moment produit un incident sérieux. Le chef Tsiahoro, chassé de son repaire, est remonté vers le Nord et ses excitations ont déterminé à se soulever une partie de la tribu des Masitoko, qui tuait le 16 mai, près d'Inanatona (1), aux environs d'Iampasika, le sergent Pelletier et un milicien; du côté des rebelles, le chef des Masitoko était tué.
A cette nouvelle, le lieutenant Burgeat avec le garde de milice Lavie et 43 fusils se porte d'Ivohibé sur Inanatona, où,
(1) Croquis (a) à la gauche du volume.
PÉRIODE d'exécution i05
le 20 mai, les rebelles, postés en forêt, tuent le garde Lavie (1) et blessent grièvement le lieutenant Burgeat.
Le lieutenant Petitjean, venu d'Ivohibé pour remplacer le lieutenant Burgeat, nettoie les environs d'Inanatona à la suite d'un engagement, le 29 mai, qui lui coûte 3 tués et 1 blessé. Dès le lendemain, les Masitoko viennent faire leur soumission et rapportent les fusils à tir rapide enlevés à nos morts.
A la nouvelle de ces incidents, je m'étais rendu sur les lieux et, le 6 juin, les Masitoko me confirmaient à moi-même, à Inanatona, leur soumission.
Ce sont les derniers engagements au Nord de la Mananara.
L'ensemble des pertes pendant ces opérations est de 13 tués et 18 blessés au feu, outre 98 hommes blessés, la plupart grièvement, par les petits piquets défensifs semés aux abords des positions.
Enfin, le 6 juin, touta résistance étant reconnue impossibledevant l'organisation de la forêt et l'action incessante des reconnaissances, le chef politique des Tambavalo, Tsivoa, suivi
(1) Note parue au Journal officiel de la colonie à la suite de la mort du garde Lavie :
« Le gouverneur général de Madagascar et dépendances a le regret de porter à la connaissance de la colonie la mort de M. Louis-Clément-Charles Lavie, garde principal de 1" classe de la garde indigène, décédé, le 18 mai, au cours d'une reconnaissance effectuée dans le cercle d'Ifandana.
» Né le 4 janvier 1870, à Barjac (Gard), ancien maréchal des logis rengagé au 19* d'artillerie, M. Lavie, libéré du service le 23 mai 1896, arrivait dans la grande île le 6 septembre de la même année, en qualité de garde principal de 3« classe, fonctions auxquelles il venait d'être nommé par arrêté du 18 juillet. Promu à la 2« classe le 27 février 1898, puis, le 10 décembre suivant, à la l""*, il a été trois fois proposé pour le grade d'inspecteur de 3® classe, en raison de services signalés, rendus notamment dans le cercle de Maintirano, où il commanda la compagnie de milice et fit preuve, pendant la durée des opérations du Fonjia, d'un dévouement et d'une bravoure remarquables. C'est à titre tout à fait exceptionnel que la médaille coloniale lui était accordée, le 26 mai 1899.
» Affecté à la compagnie du cercle de Tulear, il fut placé, par le chef de cette circonscription, à la tête du sous-secteur, très important, de Manera, et sut montrer autant de fermeté que de tact dans le commandement d/3 ses hommes, ainsi que dans l'administration de son territoire.
» Tout dernièrement, M. Lavie prenait une part des plus actives à la répression des mouvements hostiles qui se produisaient dans les régions du sud. Le 18 mai, il était tué, près d'Iampasika, par un coup de feu tiré d'une embuscade.
» M. Lavie, mort en véritable soldat, a laissé, tant chez ses supérieurs que chez ses camarades, des regrets unanimes. »
Antombohobe.
Soak
IvondroÂi
Chef-lieu c/e Secteur O Poste Limite de districts
ECHELLE KILOMETRIQUE
rÉEioDE d'exécution 107
de la plus grande partie de son monde, vient faire sa soumission à Imandabé. Dans les huit jours qui suivent, il nous fait remettre 231 fusils.
Dans ces conditions sa soumission est acceptée, sous la réserve qu'il quitte la forêt et qu'il réinstalle ses anciens villages dans la vallée de l'Iantara.
Cette soumission m'est solennellement confirmée par Tsivoa suivi de son peuple, à Imandabé, le 11 juin.
La situation est alors la suivante :
La zone forestière au Nord de la Mananara est complètement nettoyée de tout groupement rebelle.
Elle est divisée en quatre districts sous les ordres :
1° Du lieutenant Libersart ayant son centre à lampasika;
2° Du lieutenant Cautellier ayant son centre au poste Ralefa;
3° Du lieutenant Freydemberg ayant son centre au poste Omory;
4° Du lieutenant Gambay ayant son centre à Ambararata.
Les deux premiers districts font partie du secteur d'Ivohibé commandé par le capitaine Boin, arrivé le 6 juin de France et replacé dans cette région qu'il avait déjà commandée deux ans auparavant et où il avait laissé le meilleur souvenir.
Les deux derniers font partie du secteur d'Ifandana commandé directement par le commandant du cercle.
Ces postes centraux sont reliés entre eux par un chemin faîtier qu'on est en train de débroussailler; ils forment, en outre, avec les postes de la lisière de la forêt, un dispositif en quinconce conforme au schéma de mon rapport du 1®"" avril (1).
Ce réseau, relié par des reconnaissances incessantes, rend toute réinstallation et toute nouvelle formation de groupe impossibles dans la forêt.
Il n'y a plus, du reste, aucun groupement rebelle au Nord de la Mananara. Seul, le chef Tsiahoro, qui nous a voué une haine implacable, tient encore la campagne avec une dizaine
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de partisans. Il a été rejeté par la milice de Fianarantsoa. H est traqué par les habitants qui aspirent à se débarrasser de ce voisinage dangereux; sa tête est mise à prix.
Il est pourtant resté un noyau de guerriers Tambavalo (une centaine environ) jusqu'ici irréductibles sous les ordres des chefs Imaharanga et Tavoaka, mais ils ont regardé là partie comme perdue au Nord de la Mananara et ont gagné au Sud dans le secteur de Midongy, le massif de l'Ivolobé où ils sont actuellement traqués par le lieutenant Corbel.
Les secteurs d'Ivohibé et d'Ifandana sont donc entièrement nettoyés et par conséquent la première partie du programme, « opérations du Nord de la Mananara », est remplie.