DIVISION EN DISTRICTS
124 * DAXS LE STJD DE MADAGASCAR
occupé; les positions fortifiées, abordées simultanément, de front, de flanc et de revers, sont tombées presque sans résistance; toutes les vallées, tous les déboiichés sont tenus; les Andrabés surpris, coupés les uns des autres, sont dispersés par petits groupes dans les massifs qu'il s'agit maintenant de fouiller, de battre, en divisant le pays en petits secteurs étroitement reliés. Le capitaine Mouveaux, maître de tous les points importants, divise donc la région en districts :
District de Lohony, sous les ordres du lieutenant Suzzoni, avec un peloton de Sénégalais. Ce district est exclusivement forestier et aucun indigène ne devra y habiter ;
District de Ranofotsy, avec un poste provisoire dans la vallée de l'Ezira. sous les ordres du lieutenant Pettelat, avec 45 fusils prêtés par le cercle de Fort-Dauphin;
District d'Andriambé, également sous les ordres du lieutenant Pettelat;
District dlmandabé, sous les ordres du lieutenant Thollon, qui crée le poste d'Imandabé, au débouché des gorges de l'Isandra.
C'est alors, dans chaque district assez restreint pour être entièrement dans la main de son chef, une battue sans relâche-
Ainsi traqués et mis dans l'impossibilité de tenir sérieusement^ les Andrabé commencent le mouvement de soumission.
Du 12 septembre au 15 octobre elles se succèdent presque journellement.
408 fusils et 2.000 sagaies sont rendus; les autres fusils, contrôlés et marqués, sont laissés, provisoirement, entre les n'ains des soumissionnaires venus les premiers.
La première condition de soumission imposée aux populations est de sortir de la forêt. Les hautes vallées de l'Itomampy et du Haut-Mandraré, qui forment des cirques fertiles, se repeuplent, les villages commencent à s'y reconstruire et un sentier muletier est ouvert en pleine traversée du massif, de Befotaka à Imandabé, Ambatomainty, Amparihy, c'est-àdire à travers ce qui était regardé depuis deux ans comme le cœur même de la résistance des Andrabé.
Le recensement des tribus qui échappaient jusque-là à notre autorité donne le chiffre de 4.600 hommes.
Je viens de parcourir toute cette région.
J'ai pu suivre sans escorte et sans armes les voies où, au mois de juin, je n'avais pu pénétrer qu'à coups de fusil, et dans ces mêmes vallées, que j'avais vues désertes, en friche, coupées de barricades et d'abatis, j'ai trouvé des villages neufs, des cultures se reconstituant et des populations en main, venant au-devant du représentant de l'autorité.
Le capitaine Mouveaux a tout l'honneur de ces résultats. Il n'a eu, comme pertes, que :
2 tirailleurs tués;
1 officier et 5 tirailleurs blessés au feu;
4 tirailleurs et 7 miliciens blessés par les petits piquets (1).
Si la question a été ainsi résolue en quelques semaines et presque sans pertes, il ne faut pas s'y tromper : ce résultat n'est dû qu'à la rapidité, à la vigueur et à la méthode avec lesquelles l'action a été conduite.
C'est, parmi les opérations menées cette année, une de celles qui a donné les résultats les plus décisifs et les plus complets. Elle a été préparée avec un soin minutieux.
Le capitaine Mouveaux a commencé par s'assurer un service d'émissaires et de partisans qui a remarquablement fonctionné; il a réparti ses groupes d'action, sans donner l'éveil, sur chacun des points qui lui ont servi de base d'opérations. Ce n'est que lorsqu'il a eu tous ses moyens en main qu'il a agi. Il a usé constamment de la méthode concentrique. Accoutumés, depuis trois ans, à n'être attaqués que par un côté à la fois (2),
(1) On a déjà sir^nalé dans le rapport sur les opérations au Nord do la Mananara combien cette défense accessoire, dissimulée dans les trous recouverts de feuilles, perforant le pied de part en part, était dangereuse.
(2) Il a été dit plus haut pourquoi le défaut d'unité d'un commandement englobant les diverses provinces ne permettait pas, avant la création du commandement supérieur du Sud, d'opérer autrement.
par des reconnaissances qui se retiraient aussitôt, parfois f près des échecs, les Andrabé avaient fini par s'accoutumer à l'idée que c'était notre manière de combattre. En dehors des voies de communication usuelles, sur lesquelles ils avaient disposé tous leurs moyens de défense tournés d'un seul côté, ils regardaient leurs montagnes et leurs forêts comme inaccessibles. Leurs systèmes d'émissaires et de sonneries de trompe les appelaient tous, simultanément, sur le point unique où nous étions signalés. Ils s'y trouvaient ainsi en force derrière leurs barricades et nous offraient une résistance sérieuse.
Ils ont été absolument surpris par la méthode adoptée. L'arrivée simultanée des groupes débouchant sans sentier, à travers les falaises et la forêt, dans les cirques, tournant leurs défenses, passant par des pistes oii ils étaient persuadés que les Européens ne s'aventureraient pas, les a absolument démoralisés.
Il y avait eu, certes, depuis trois ans, des opérations menées vigoureusement dans cette région. Mais, toujours, elles l'avaient été par un seul côté à la fois, avec la méthode « linéaire » et non la méthode « concentrique », la seule efficace, et cela, du reste, faute d'unité de direction entre les différents cercles, de moyens d'action et d'effectifs sufïisants.
Il y a une conclusion à en tirer : c'est qu'il n'y a qu'une manière de finir les questions d'insoumis, c'est de les finir complètement. Toute demi-mesure, toute solution bâtarde, tout compromis, aboutissent fatalement, un. jour ou l'autre, à un recommencement.
Nous voyons aujourd'hui, dans l'Ikongo (1), que si faible, si peu armé'que soit le noyau dont on ne s'est pas débarrassé, on le retrouve un jour devant soi.
L'action contre les Andrabé fournit une démonstration topique de l'efTicacité de la méthode tracée par le général Galliéni pour avoir raison de tout groupement insoumis. Qu'il
(1) Voir page 127.
PÉRIODE d'exécution 127
s'agisse de pirates ou de Fahavalos, du Tonkin ou de Madagascar, elle est toujours la même, reposant sur deux principes :
Ne procéder que par actions concentriques*,
Occuper sur-le-champ, et définitivement, le terrain acquis et l'organiser à mesure (1).
En l'espèce, il y avait trois ans que les insoumis du massif Andrabé tenaient tête k toute tentative de pénétration. Ils avaient infligé des pertes sérieuses aux reconnaissances dirigées d'un seul côté à la fois. Ce sont les mêmes adversaires qui avaient assailli pendant deux jours la reconnaissance Frénée, tenté d'enlever liefotaka et investi ce poste; ils paraissaient avoir acquis un certain esprit offensif et avaient presque pris figure d'adversaires sérieux. Néanmoins, en présence d'une méthode qui les surprenait et déroutait leurs prévisions, ils n'ont tenu sérieusement dans aucune de leurs défenses et n'ont offert qu'une résistance dérisoire. Il en sera vraisemblablement toujours ainsi à l'égard d'adversaires primitifs, auxquels échappe toute idée d'action combinée et de manœuvre, et qui se jugent perdus dès qu'ils cessent de n'avoir affaire qu'à l'attaque de front et qu'ils se voient simultanément menacés de flanc et de revers. C'est là l'enseignement à en tirer.