ACTION DANS LA RÉGION DE L'IKONGO
^Septembre - I>ÉCEHBR£ 1901.)
Tandis que le (( nettoyage » de la zone forestière se terminait au Sud, un foyer d'incendie s'était, à l'encontre des prévisions, rallumé au Nord dans la région des Tanalas de l'Ikongo, la plus voisine de Fianarantsoa (2).
(1) Cette méthode a été exposée dans la brochure Du rôle colonial de l'armée, où on la résumait dans cette formule : « Une organisation qui marche. » (Armand Colin, 1900.) (2) Voir les caries n" 1 cl 2, à la gauche du volume.
128 DANS LE SrD DE MADAGASCAR
Le plus simple, ici encore, est de reproduire le rapport adressé au Général en chef après le règlement de cette dernière question (1).
Le 13 février 1902.
Mon général,
Il y a un an, je vous rendais compte que le lieutenant Libersart, puis le lieutenant Allard, venaient de briser les noyaux de résistance Tanala qui s'étaient maintenus dans l'Ikongo et qu'il n'y restait que quelques hommes armés de fusils, mais que les chefs Andriampanoha et Izaïta n'avaient pas fait leur soumission et semblaient partis pour le Sud afm d'y rejoindre les Tambavalo.
Ils avaient, en effet, lié partie avec Tsiahoro, qui, seul des chefs Tambavalo, ne fit pas sa soumission à la suite des opérations du capitaine Le Rouvillois.
En outre, sous les excitations de Tsiahoro, la tribu des Masitoko, dans le district d'Iampasika, qui confine à la région d'Ikongo, s'était soulevée le 16 mai et avait tué le sergent Pelletier et le garde de milice Lavie et blessé le lieutenant Burgeat. Je ne reviens pas sur ces faits, dont je vous ai rendu compte précédemment (1). Mais, si la plus grande partie des Masitoko s'était ensuite soumise, le noyau des plus compromis était resté en forêt. Il en était résulté, entre ces réfractaires Masitoko, Tsiahoro et ses quelques partisans, Andriampanoha, Izaïta et les leurs, la formation d'un nouveau groupement dans le Nord de la zone forestière; il y subsistait ainsi une tache qui m'empêchait de regarder la pacification de la forêt comme complète, malgré les résultats obtenus dans la zone du Sud.
La persistance de ce groupement se trouvait favorisée par deux circonstances :
D'abord, l'enchevêtrement des circonscriptions administratives en ce point, les districts contaminés se trouvant appartenir, en allant du Sud au Nord :
Celui d'Iampasika, au cercle d'Ifandana;
(1) Suivre toute l'action dans l'Ikongo sur le croquis (c) à la gauche du volume.
(2) Voir page 104.
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Celui de Karianga, à la province de Farafangana;
Ceux d'Ankarimbelo et d'ikongo (Fort-Carnot) à la province de Fianarantsoa.
Ensuite, à la nature du terrain constitué par deux épais massifs, l'Andringilra et le massif d'ikongo, rocheux, coupés de gorges profondes, couverts de forêts et situés à cheval sur les trois circonscriptions.
L'unité d'action n'existait donc pas.
Aussi, le 17 septembre, constituai-je un secteur provisoire, comprenant les trois districts d'Iampasika, d'Ankarimbelo et de Karianga, sous le commandement du capitaine Bétrix.
L'Ikongo proprement dit ne semblait pas encore contaminé à ce moment; aussi n'avais-je pas cru devoir le rattacher dès lors à la nouvelle circonscription.
Mais dès le 19 septembre un de nos fonctionnaires indigènes, tout dévoué à notre cause, Sivy, y était assassiné, ainsi que son frère, et, le 20 septembre, le village d'Antaranjaha était brûlé. M. l'administrateur Lacaze, rendu sur les lieux avec l'inspecteur de milice Lafond et 60 miliciens, me rendait compte que le pays semblait terrorisé par ces nouveaux incidents et que l'agitation pouvait s'y généraliser.
N'ayant pas encore la certitude que ces incidents eussent une corrélation avec ceux des districts précités, je me contentai d'abord d'y envoyer le lieutenant Charles-Roux, qui connaissait déjà le pays, avec tous les miliciens disponibles et 25 tirailleurs.
Cet officier divisait immédiatement le district d'ikongo en petites circonscriptions, ayant chacune à leur tête un de ses cadres européens (sous-ofTiciers et gardes de milice), avec un chef indigène responsable. Il organisait un bon service d'émissaires et battait lui-même tout le pays par des reconnaissances incessantes.
Il me rendait bientôt compte que c'étaient Andriampanoha et Izaïta qui étaient à la tête du mouvement, en relations étroites avec Tsiahoro et les Masitoko dans les districts voisins. Izaïta blessé comptait peu, mais Andriampanoha, descendant de la race royale des Tanalas, chef depuis quatre ans de la résistance à notre domination, s'étant jusqu'ici toujours dérobé à nos tentatives contre lui, jouissait d'un sérieux prestige, et il est certain, ainsi que je vous en rendais compte depuis un
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an, que ce personnage était resté le chef occulte de toute la région Tanala. Les gens, même soumis, ne nous obéissaient qu'en apparence, et pour eux tous il restait le véritable chef, Tant qu'on n'en n'aurait pas fini avec lui, il ne faudrait jamais regarder la pacification comme assurée.
Son partisan le plus actif était Andriamanétony, qui, pour le moment, cherchait à soulever la région basse, entre Belemoka et Sasinaka, limitrophe de la province de Mananjary, province pacifiée et dégarnie de troupes, où ces incidents pouvaient avoir une répercussion.
En résumé, le mouvement avait comme chef reconnu Andriampanoha, disposant de l'influence politique, aidé de partisans déterminés, dont les trois principaux étaient : Andriamanétony, Imarolaza, le chef des meurtriers du sous-gouverneur Sivy, et Tsiahoro, vrai chef de bandits ne reculant devant aucun coup de main.
Le noyau régulier de leurs partisans était très faible, 30 ou 40 fusils au maximum, tantôt se groupant, tantôt se dispersant, insaisissables; mais, par le fait, ils avaient la complicité latente de toute une population qui, ne s'étant jusque-là jamais sentie sérieusement en main, leur prêtait tout son concours, aussi bien par des attaches de race que par suite de la terreur qu'ils inspiraient, assurait leur subsistance, les renseignait, les aidait à se dérober et leur fournissait des partisans temporaires qui, sur chaque point, venaient grossir leur noyau central.
Enfin, ils étaient puissamment favorisés par la nature de ce pays difficile et oii le régime climatérique de chaleur et de pluies incessantes rend l'action de l'Européen si pénible.
Dans ces conditions, il n'y avait plus qu'à mettre toute la région contaminée sous le même commandement. J'adjoignis donc le 10 octobre le district d'Ikongo au secteur du capitaine Bétrix.
Son commandement, définitivement constitué, comprenait ainsi :
1° Le district d'Iampasika, lieutenant Libersart;
2° Le district de Karianga, lieutenant Bouche;
3° Le district d'Ankarimbelo, lieutenant Laurent;
4° Le district de Fort-Carnot, lieutenant Charles-Roux.
En outre, M. l'adjoint des affaires civiles Ravel, depuis longtemps à Fort-Carnot, restait adjoint au capitaine Bétrix.
Dès lors, l'unité d'action et de direction étant bien assurée, les résultats ne se firent pas attendre.
Dans le district d'Iampasika, le lieutenant Libersart faisait déjà depuis plusieurs semaines, à travers le massif de l'Andringitra, une chasse pied à pied aux réfractaii'es Masitoko.
Le 28 août, il leur avait enlevé un repaire en leur tuant trois hommes.
Le 1" septembre, il les avait délogés d'un second repaire.
Le 11 octobre, les derniers Masitoko se rendaient à lui, en lui remettant leurs derniers fusils.
En même temps, Tsiahoro, voyant la situation devenue intenable pour lui dans l'Andringitra, traqué journellement,, ayant constaté que la nouvelle organisation militaire donnée à l'Ikongo ne lui laissait pas l'espoir d'y reconstituer un noyau de résistance, craignant le sort qui lui serait réservé s'il tombait entre nos mains, prenait le parti de filer au Nord le long de la forêt et d'aller, de la façon la plus imprévue, se constituer prisonnier à Tananarive le 14 octobre. Cette nouvelle, qui donnait la meilleure des sanctions à la nouvelle organisation adoptée, avait un retentissement très heureux dans la région et en dégageait définitivement la partie Sud.
Aussi, dès le 10 novembre, pouvais-je rendre le district d'Iampasika au secteur d'Ivohibé et le district de Karianga à la province de Farafangana.
Le lieutenant Libersart, disponible, venait remplacer à Fort- Carnot le lieutenant Charles-Roux.
Dans les districts d'Ankarimbelo et de Fort-Carnot, le capitaine Bétrix, dès son arrivée, avait appliqué le système de divi-
sien en très petites circonscriptions avec chefs responsables : six districts commandés chacun par un oflTicier ou un sousofficier.
Ce système, doublé d'un bon service d'émissaires, couvre le pays d'une police serrée.
Le 16 octobre, on est sur la piste du chef Izaïta qui, le 18, est pris par le sergent Edart. Il est envoyé en prison à Fianarantsoa.
Dès lors, c'est pendant sept semaines contre Andriampanoha et Andriamanetony une chasse en forêt pied à pied, malgré la venue de la mauvaise saison et la continuité des pluies.
Il y a des engagements presque journaliers avec la bande, dont le contact ne se perd que pour se reprendre aussitôt. Elle s'égrène de jour en jour, soit en perdant des hommes au feu, soit par des soumissions individuelles.
Je me rends moi-même à Fort-Carnot, le 23 novembre, pour voir sur place la situation et pour y sanctionner les promesses faites aux indigènes qui nous secondent.
Enfin, le 1" décembre, un premier groupe de chefs rebelles se détache et nous fait sa soumission.
Le 9 décembre, Imarolaza, le chef des meurtriers de Sivy, se rend au sergent de Béon. Bien qu'il soit le plus compromis de tous, nous lui laissons la vie sauve, conformément à notre promesse envers tous ceux qui se rendraient spontanément.
A cette nouvelle, Andriampanoha, las, comme il l'a déclaré depuis, de la vie de bête traquée qui lui était faite, mais qui attendait de connaître le sort réservé à Imarolaza pour se décider lui-même, vient le 14 décembre se rendre au lieutenant Laurent, avec Andriamanetony et ses derniers partisans. Il remet à cet officier son fusil modèle 1886, avec les fusils de divers modèles qui leur restaient.
Tous les chefs rebelles sont emmenés en prison à Fianarantsoa en attendant leur déportation à Sainte-Marie, que vous avez décidée.
C'étaient ces chefs qui, depuis quatre ans, entretenaient, dans la région de l'Ikongo, tantôt ouvertement, tantôt à l'état latent, une situation insurrectionnelle, laquelle se rallumait périodiquement après qu'on l'avait cru éteinte. Andriampanoha, avec son prestige de race, en était l'âme, car lui jamais n'avait
admis le moindre contact avec nous et n'avait pas simulé de soumission.
Il semble donc bien, cette fois, que leur reddition met iin à la rébellion de la région d'Ikongo et que de ce fait la pacification de la forêt, sur toute son étendue de 500 kilomètres jusqu'à Fort-Dauphin, puisse être regardée comme un fait accompli.