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ORGANISATION DE LA ZONE FORESTIÈRE APRÈS LA PACIFICATION

Quelque temps après ce dernier épisode, je parcourais une dernière fois du Nord au Sud, jusqu'à Fort-Dauphin, la zone forestière sur sa longueur de 500 kilomètres. Voici ce que j'écrivais au Général en chef :

(( La forêt est aujourd'hui entièrement purgée de rebelles. On communique librement et sans escorte d'Ivohibé et d'Ifandana à Farafangana, de Midongy à Vangaindrano. Les commerçants de Farafangana s'établissent dans l'intérieur, les indigènes travaillent à ouvrir les chemins et payent l'impôt. Mais l'important, c'est que cette situation se maintienne, que ce ne soit plus à recommencer et que les indigènes soient mis dans l'impossibilité, au premier mécontentement, au |jreniior caprice, de refaire en forêt des installations insurrectionnelles.

» Il n'y a qu'un moyen : c'est que la forêt soit occupée par nous pour qu'elle ne soit pas occupée par eux.

» Il importe donc de maintenir le système établi : une ligne de postes de surveillance sur chaque lisière, une ligne de postes dans l'intérieur même sur la médiane, et c'est dans ces derniers que doivent être de préférence établis les chefs de districts.

» Suivant l'expression caractéristique d'un de mes chefs de province : « les indigènes, jusqu'ici, allaient en forêt pour s'y dérober au fanfakana (I); désormais ils iront dans la forêt quand Us auront à faire au fanjakana. »

(1) L'autorité, le gouvernement.

LEGENDE

Axes des trois lignes

de postes'

Médiane

Lisière Ouest

Us /ère Est

Limites des districts

ECHELLE KILOMETRIQUE —

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C>saofsat!oD de la sarveillaoce d« \t zone Toi«estièpe.

» La forêt est désormais sectionnée du Nord au Sud, en districts, pour le moment très nombreux et de très petite superficie afin de faciliter la surveillance, mais qui devront êti^e progressivement réduits en nombre ainsi que les postes. »

Dès janvier 1902, en effet, le nombre des postes était réduit de 22 à 11 et le nombre d'officiers, de sous-officiers et de fusils affectés à cette zone réduit d'autant.

On verra dans la partie économique de cette étude les conséquences^ immédiates qu'eurent, au point de vue du développement commercial et de la reprise des transactions, ce «nettoyage » de la forêt et la réouverture des communications entre la côte et l'intérieur.

En terminant ce chapitre relatif à la pacification de la zone forestière, il n'est que juste de dire quel effort elle a exigé de la part des cadres subalternes, officiers et hommes de troupe, qui s'y sont consacrés. Si ces « chasses au rebelle » offrent un médiocre intérêt tactique, par contre elles réclament de ceux qui les font une énergie et une endurance peu communes. C'est dans une brousse impénétrée qu'il faut frayer son chemin à travers les obstacles naturels et artificiels accumulés, acquérir une mobilité et une habitude de manquer de tout comparables à celles de l'adversaire, marcher, sous une pluie presque continuelle dans cette zone forestière, aussi souvent de nuit que de jour, sans compter avec la fatigue ni la fièvre. Ce n'est qu'à ce prix qu'on atteint le résultat et qu'on parvient à mettre l'adversaire « sur ses fins ». Je pourrais citer tel lieutenant qui pendant trois années consécutives n'est pas sorti des postes forestiers.

C'est pourquoi, si l'on peut reprocher à la guerre coloniale d'être parfois une insuffisante école du haut commandement, par contre serait-il souverainement injuste de méconnaître la trempe qu'elle donne aux cadres subalternes. C'est journellement que les capitaines, lieutenants, sous-officiers ont à y faire acte de volonté et de décision, à se tirer de périls eux et

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leur troupe, à veiller aux moindres détails d'équipement, à aviser à tous les imprévus, à jouer du terrain et des circonstances, à faire et leur carte et leur chemin, à mettre en œuvre, en un mot, tous les ressorts qui font l'homme de guerre. Ces qualités, nulle part, en notre époque de paix prolongée, on ne saurait mieux les acquérir qu'à cette école pratique. Aussi, qu'il s'agisse de reconnaître un défilé, ou de commander un avant-poste en face de « grands adversaires », peut-on être assuré que nul ne s'en acquittera mieux que l'officier ou le sous-officier formé à cette rude école (1).

(1) Depuis que ces lignes ont été écrites, a paru dans la Bevuc de Paris du l*"" octobre 1902 une étude de Dragomirov sur les « Causes des revers autrichiens en 1859 », où il est intéressant de noter (pages 466 et 467) les termes dans lesquels il parle des qualités qu'acquièrent, au point de vue de la guerre en général, les officiers subalternes trempés par la guerre coloniale.

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