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ACTION DANS LE CERCLE DE FORT-DAUPHIN

I. Période préparatoire : avril à juillet 1901. — II. Opérations entre le Mandraré et la Manambovo : juillet à décembre 1901. — III. Occupation de la région entre la Manambovo et la Menarandra et liaison avec le cercle de Tulear : décembre 1901 à mai 1902.

L'action dans le cercle de Fort-Dauphin peut se diviser en trois périodes :

ka fofêt de cactas et d'euphorbes dans le cercle de popt-Daaphin.

1° Période préparatoire jusqu'en juillet 1901, pendant laquelle le commandant Blondlat se borne à consolider les résultats acquis et à préparer ses moyens d'action pour l'achèvement de la pénétration;

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2° Achèvement du « nettoyage » entre le Mandraré et la Manambovo et opérations actives contre les groupes Antandroy réfractaires, de juillet 1901 à janvier 1902;

3° Occupation de la région entre la Manambovo et la Menarandra et liaison avec le cercle de Tulear, de janvier à mai

(Avril-Juillet 1901.)

On a vu plus haut (1) les motifs pour lesquels la progression de la pénétration vers l'Ouest dans le cercle de Fort-Dauphin avait été provisoirement arrêtée à la ligne de la Manambovo. Il s'agissait en effet, comme on l'a indiqué :

1° D'affermir d'abord la situation entre le Mandraré et la Manambovo, qui était loin d'être nette, et de s'y rendre maître des tribus encore hostiles ou douteuses;

2° De ne se laisser engager dans aucun engrenage tant que la solution de la question de la zone forestière et la pacification des régions du Nord ne laisseraient pas des officiers et des effectifs disponibles pour parer à tout imprévu.

L'issue des opérations contre les Tambavalo et le bon début de l'action contre les Andrabé permettaient, à la fin de. juin, d'envisager de nouveau la reprise des efforts dans le cercle de Fort-Dauphin, où l'on n'était d'ailleurs pas resté inactif.

Après avoir mis en train la pénétration chez les Andrabé, je me rendis donc dans le cercle de Fort-Dauphin^ pour y étudier sur place la situation.

J'avais, au préalable, réuni à Amparihy le commandant de ce cercle, ainsi que l'administrateur de la province de Farafan-

(1) 1" partie, chapitre IV.

gana et le commandant du cercle d'Ifandana, pour établir entre eux une entente étroite au sujet de l'action contre les Andrabé et les Ranofotsy; ceux-ci s'étendaient en effet sur des districts qui dépendaient des trois provinces et qui en furent provisoirement détachés pour les placer, comme on l'a vu, sous le seul commandement du capitaine Mouveaux, afin d'assurer l'unité de direction.

Arrivé à Fort-Dauphin le l*"" juillet, je passai tout le mois à reconnaître le pays des Antandroys, à visiter les postes déjà établis, puis à reconnaître le pays Mahafaly à travers lequel je rejoignis à Tulear, au commencement d'août, le Gouverneur général, qui faisait son inspection côtière. Je lui remis le rapport suivant sur la situation à cette date dans le cercle de Fort- Dauphin.

Fort-Dauphin, le 10 août 1901.

La situation du cercle de Fort-Dauphin à la date du 1"'" août 1901. — T^e cercle de Fort-Dauphin, envisagé, tant au point de vue de la pacification qu'au point de vue de l'état social et économique, ainsi que des caractères géographiques et climatériques, se divise en deux régions bien distinctes : la région Est et la région Ouest.

Leur limite Sud-Nord est marquée par le cours de la Tarasy, puis par la ligne de hauteurs nettement accusée qui ferme à l'Est le bassin du Mandrare.

I. — Aspect du pays (1). — La région Est est montagneuse, presque jusqu'à la côte, et boisée; les fonds des vallées y sont généralement fertiles; elle présente tous les carctères climatériques de la côte Est.

C'est le pays d'origine des Tanosy. La population est pacifique, habituée de plus ou moins longue date à notre contact, d'un état social relativement avancé, analogue à celui de la province de Farafangana. Elle est acquise, en somme, à notre domination et peut recevoir, dès maintenant, une organisation appropriée.

Toutefois, il convient d'excepter de cette appréciation générale la zone Nord de cette région, jalonnée par la ligne Andasibe-Esira, zone de hautes montagnes et de forêts qui se rattachent à celles qu'occupent les Ranofotsy et les Andrabé insoumis, sorte de marche frontière entre k province de Fort-Dauphin, celle de Farafangana et le cercle d'Ifandana. Ses hautes

(1) Suivre sur le croquis (d), à la gauche du volume.

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vallées, fertiles, habitables et difficilement accessibles, sont des refuges tout préparés pour les groupes qui cherchent à échapper à notre domination et qui passent facilement du bassin du llaut-ltomampy dans celui du Haut-Mandraré. La limite politique des trois [jrovinces, déterminée par les chaînes de partage, est factice dans la pratique. La situation politique de cette zone, son occupation, la surveillance à y exercer, sont étroitement liées à la question des pays rebelles, Ranofotsy, Andrabé, où se poursuivent actuellement les opérations militaires. Même après l'issue favorable de ces opérations, cette région nécessitera un régime spécial.

11 résulte de ce qui précède que la région Est du cercle de Fort-Dauphin, constituée par les secteurs de Manambaro, Fort- Dauphin, Ranomafana, offre, dès maintenant, une situation qui a permis d'y établir un régime administratif normal et serré dans les secteurs civils de Manambaro, de Fort-Dauphin et dans la partie Sud du secteur de Ranomafana, tandis que la partie i\ord de ce dernier secteur (rive gauche du Mandréré) reste un territoire de conmiandement. C'est pourquoi je viens de mettre cette dernière partie sous la direction politique et militaire du commandant du secteur de Midongy, chargé de réduire la ré'bellion des Andrabé et des Ranofotsy. Il était essentiel, en effet, d'assurer une unité d'action absolue sur toute la région accessible aux groupes rebelles et sur tous les groupes de population susceptibles de subir leur contact et leur influence.

La région Ouest du cercle de Fort-Dauphin présente, à tous les points de vue, des caractères absolument différents de la |)récédente. C'est une région basse, entièrement plate, sur laquelle s'abaissent brusquement, à l'Est et au Nord, les derniers contreforts de l'arête centrale de l'Ile. Cette immense plaine, qui rappelle les steppes asiatiques et africaines, n'a pas d'analogue à Madagascar. C'est le pays habité par les Antandroy. Il se divise lui-même en deux zones bien définies, dont les caractères ont une importance capitale aux points de vue militaire et politique.

La zone Nord, sensiblement délimitée par l'alignement Ifotaka-Antanimora, est découverte, ce qui en simplifie singulièrement l'occupation et la sur\eillance. Elle correspond, d'une manière générale, au secteur d'Imanombo, qui englobe en outre, au Nord, une région montagneuse avec les cirques fertiles et peuplés de Mahaly et de Tsivory.

La zone Sud s'étend jusqu'à la mer et correspond au secteur d'Ambovombe ; c'est la « région cactée » ou, d'un seul mot, r « Androy », puisque ce mot, dans le dialecte local, signifie « aux arbustes épineux ».

Elle est entièrement couverte d'une forêt, mais d'une forêt d'un caractère spécial, à qui elle doit son nom, cactus, eu-

phopbes et arbres épineux de toutes les variétés imaginables, qui en rentlent l'accès singulièrement difficile et en constituent un abri presque impénétrable.

Les cours d'eau, à sec pendant la plus grande partie de Tannée, s'y perdent dans un sol sablonneux. Hors d'eux, de très rares points d'eau, situés, pour la plupart, dans des clairières espacées, y limitent d'une manière très restreinte la possibilité des communications et les points de stationnement.

Ce qui semble inconcevable, c'est qu'une région aussi inhospitalière abrite une des populations les plus denses de Madagascar. Les renseignements les plus récents et les plus certains l'évaluent à environ quatre-vingt mille habitants et il est vraisemblable qu'un contact plus étroit donnera une évaluation plutôt supérieure.

Quant aux bœufs, c'est à plusieurs centaines de mille qu'il faut les évaluer.

Quelles que soient les légendes qui courent au sujet de l'aptitude de ces gens et de ces bêtes à se passer d'eau, il est plus que probable que la forêt recèle, en dehors des clairières, des points d'eau inconnus.

L'explication de la présence de cette nombreuse population semble être la suivante :

Il paraît établi, d'après les traditions locales, que les Antandroy ont émigré du Nord, des régions Bara et Tanala, et particulièrement des vallées de la Mananara et de l'Itomampy, dont les noms se reproduisent avec précision dans leurs récits.

D'humeur farouche et belliqueuse, très jaloux de leur indépendance et de leurs troupeaux, rebelles, à toute discipline sociale, ils n'ont pu supporter, ni le contact des populations d'état social plus avancé, telles que les Hova et les Betsiléo, ni la domination des Bara, et ont émigré aussi loin qu'ils ont pu.

En Indo-Chine, ils auraient passé au delà de la frontière, en Chine ou au Laos. Ici, ils ont été arrêtés par un obstacle absolu : la mer ; mais les circonstances leur ont fait trouver, à proximité, un pays à leur convenance, l'Androy. D'une part, il assurait un abri presque impénétrable à leur indépendance; de l'autre, il leur offrait un réduit d'où ils pouvaient rayonner au loin pour satisfaire leur passion dominante, le vol des bœufs, qu'ils ramenaient ensuite en sûreté derrière leurs cactus.

J'avais envisagé d'abord l'éventualité d'investir cette région sur sa périphérie par une ceinture de postes, et de l'isoler, sans la pénétrer au delà des postes déjà occupés, c'est-à-dire, de la ligne Antanimora-Ambovombe.

Mais, d'une part, j'ai trouvé la question déjà plus engagée à la suite d'une série de reconnaissances poussées jusqu'à la Menarandra. D'autre part, les nouveaux renseignements sur la

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densité de population d'une région présentée jusque-là comme peu peuplée changeaient complètement la question.

Il ressort, en effet, de la déclaration qui m'a été faite par les commerçants de Fort-Dauphin en séance de la chambre consultative, que leurs affaires prennent un essor nouveau depuis que la pénétration de nos troupes s'est accentuée dans l'Ouest et qu'il en est résulté une notable augmentation du chiffre de vente de leurs toiles et de leurs facilités d'achats de bœufs.

Or, la raison d'être de nos opérations militaires coloniales est toujours, et avant tout, économique, et c'est précisément le cas pour l'Androy, puisqu'il est désormais établi que ce pays est un sérieux marché d'importation et d'exportation : importation de toiles, exportation de bœufs.

Mais il faut aussi que l'effort à donner soit proportionné au rendement, c'est-à-dire, en l'espèce, qu'il ne soit pas besoin d'énormes effectifs et de tout ce qu'ils entraînent.

Or, ici il faut exclure a priori l'idée de gros effectifs. Le cercle de Fort-Dauphin tout entier comporte :

1 compagnie 1/2 de tirailleurs sénégalais, 2 compagnies de tirailleurs malgaches, 1 compagnie de légion ; sauf, probablement, un peloton de Sénégalais de plus, il n'en faut pas davantage.

De gros effectifs dans l'Androy ne trouveraient pas à vivre et ne pourraient pas se mouvoir, faute d'eau et faute de porteurs. J'ai dit combien les points d'eau étaient rares ; quant aux porteurs, les Antandroy se refuseraient absolument à les fournir spontanément et il ne faudrait pas songer à les exiger de vive force, dans leurs impénétrables abris, sous peine de déterminer une situation qu'il est nécessaire, à tout prix, d'éviter.

Et pourtant, dans ces conditions, la pénétration, en raison de ses avantages économiques, doit et peut s'exécuter malgré nos faibles effectifs et malgré la difficulté du pays, et cela grâce à un certain nombre de circonstances favorables.

Circonstances qui facilitent la pénétration. — Au premier rang de celles-ci il faut placer l'anarchie qui règne chez les Antandroy.

Malgré leur identité d'oiigine, ils sont divisés en un très grand nombre de petites peuplades constamment en guerre. Ils ne peuvent supporter la suprématie de l'une d'elles. Plusieurs de leurs groupes vivaient sous l'autorité d'une sorte de dynastie : la famille des Zafimanara. Ils l'ont déposée, il y a quelques années, et ses représentants vivent aujourd'hui sans aucune autorité au Sud d'Antanimora.

En second lieu, le pays est plat ; il suffit d'un débroussaillement pour y pratiquer, entre tous nos postes, des voies charretières, et, conmie il ne pleut presque jamais, celles-ci ne de-

manderojit que le plus léger entretien. Du coup, la grosse question du ravitaillement se simplifie singulièrement.

En épargnant aux populations l'obligation du portage, nous éviterons une des causes les plus constantes et les plus sérieuses de mécontentement.

En troisième lieu, et c'est là le facteur le plus important, il n'existe nulle part, vis-à-vis de nous, d'état insurrectionnel à proprement parler.

Dans le pays Antandroy il y a impénétration, il n'y a pas insurrection.

Ceci tient à deux causes :

1° Ces gens-là ne nous haïssent pas ; ils nous voient arriver sans aucun plaisir, c'est évident, mais sont encore indécis sur ce que nous leur apportons en bien ou en mal. Cela tient à ce que, depuis notre apparition dans le pays, ils n'ont été l'objet de notre part d'aucune violence, d'aucune injustice, d'aucune brutalité ;

2" Notre prestige est intact. La sagesse et la fermeté avec lesquelles a été menée jusqu'ici la pénétration, les précautions prises pour établir les postes et mener les reconnaissances dans des conditions d'effectifs et de sécurité qui imposent le respect, n'ont pas donné l'occasion du moindre échec partiel.

Il y a dans ces deux éléments une base excellente qu'il ne faut perdre à aucun prix.

Chez les Antandroy, il semble que l'état d'âme actuel se résume dans cette double formule : " Le Vazaha (i) nous apportera-t-il du bien ou du mal, l'avenir le dira. En tout cas, il est le plus fort. » De la question ainsi posée découle la méthode à appliquer :

1° Il faut que notre premier contact continue à être équitable et bienfaisant. C'est l'œuvre de la politique à adopter, dès maintenant, par les commandants de secteur, qui ont à prendre le rôle d'arbitres contre les tribus, en réprimant le brigandage, en faisant rendre les bœufs et les enfants votés, en attirant auprès des postes des commerçants qui répandront du bien-être dans les populations.

2° Il faut, en même temps, maintenir inviolable le prestige de notre supériorité matérielle en ne créant que des postes peu nombreux, mais très forts, en ne hasardant jamais un convoi ni une reconnaissance sans avoir pris toutes précautions utiles, bref en évitant à l'indigène toute tentation de se mesurer avec nous et, enfin, en infligeant une répression immédiate et sévère à toute démonstration d'hostilité.

(1) Lo blanc.

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H. — Situation acquise depuis le l^r janvier 1900. — Après avoir ainsi tracé les caractères du pays Antandroy, sa situation sociale et les lignes générales de la politique à y suivre, voyons quelle est la situation actuelle.

Au !"■ janvier 1900, l'occupation du cercle de Fort-Dauphin était limitée à la ligne Tsivory-Mandraré.

Au cours de l'année 1900, le capitaine Trousselle exécuta dans le Nord de la région, entre le Mandraré et la Manambovo, une série de reconnaissances très actives, très bien comprises. Il donna aux habitants la plus haute idée de notre mobilité et de notre endurance.

II évita toute violence inutile et, dans les occasions où il eut à employer la force, prit des dispositions qui nous évitèrent toute perte. Il établit les postes d'Imanombo, Bekitro et Antanimora.

Au Sud, en juin 1900, le capitaine Combe crée le poste d'Ambovombe et, en novembre 1900, le heutenant Vallod en établit un autre au Faux-Cap.

Mais la présence de ces deux postes avancés dans la région cactée, non seulement ne suffisait pas, mais encore leurs communications, aussi bien entre eux qu'avec l'arrière, n'étaient pas assurées.

C'est à ce point de la question que le capitaine Vacher et le capitaine Ducarre prirent respectivement, en décembre 1900, le commandement des secteurs d'Imanombo et d'Ambovombe.

Leur premier soin, conformément aux instructions reçues, fut, avant toute progression ultérieure, d'affermir, de janvier à avril 1901, la situation existante.

A) Secteur d'Ambovombe. — Plusieurs petites opérations, très bien menées par le capitaine Ducarre contre les tribus Antandroy de la région d'Ambovombe, dégagent la route Fort-Dauphin-Ampasimpolaka-Ambovombe.

B) Secteur dlmanombo. — Les Analave du chef Ghiko continuant à voler les bœufs des tribus soumises de la vallée du Haut-Mandrare, le capitaine Vacher décide une opération contre eux.

Le 12 mars, après une marche de nuit, il enlève, avec quarante fusils, les troupeaux de Ghiko. Les deux groupes de la reconnaissance sont commandés par le lieutenant Gayda et le sergent Vincentelli.

Quinze jours après, le chef Ghiko vient faire sa soumission. Depuis ce temps, les Analaves n'ont plus inquiété les tribus paisibles du Nord.

C) Pendant la môme période, le lieutenant Vallod, resté un peu trop isolé, au Faux-Cap, repousse une attaque contre son poste des chefs de la région avec environ trois mille guerriers. Sa

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ferme allilude, ainsi que des reconnaissances marquées de quelques engagements, amènent les tribus voisines de la mer, entre la Manambovo et le cap Sainte-Marie, à lui faire leur soumission.

Il pousse ensuite une reconnaissance jusqu'à Beloha, où il reçoit des chefs de la région des assurances de soumission qui n'ont pas encore été suivies de sanction, mais qui pourront donner lieu à de nouvelles négociations.

Telle est la situation que trouve le commandant Blondlat en succédant au capitaine Détrie dans le commandement du cercle, en mars 1901.

A la suite de sa première tournée, le commandant Blondlat décide :

1° La liaison du Faux-Cap et d'Ambovombe, par la création des postes de Tsihombe et d'Ambondro ;

2° L'occupation effective de la ligne de la Manambovo (création des postes de Tsihombe et d'Ankoba) ;

3° La limitation, pour le moment, de l'action militaire à la ligne de la Manambovo, jusqu'à ce qu'on ait obtenu la pacification complète de toute la zone située à l'Est et la protection effective des tribus de cette zone contre les tribus agressives et pillardes situées à l'Ouest de la Manambovo (Antemanantsy et Antehodo). C'est ce programme qui s'exécute actuellement.

A) Dans le secteur de Behara, le capitaine Met a définitivement assuré la soumission du groupe Antatsimo, entre Behara et Ampasimpolaka et, comme sanction, lui a fait exécuter les routes de ravitaillement d'Andrahomana à Ampasimpolaka et de Behara à Manambaro.

B) Dans le secteur d'Ambovombe, le capitaine Ducarre a créé, le 15 juin, le poste d'Ambondro, avec le lieutenant Barbazan.

Il a conmiencé, le 2 juillet, la création du poste de Tsihombe, où s'installe le lieutenant Vallod, laissant l'adjudant Girardey au Faux-Cap.

Cette progression avait été précédée, au début de mai, par une démonstration d'un millier de guerriers autour du poste d'Ambovombe. Le capitaine Ducarre, tenant, avant tout, à éviter un conflit, montre la plus grande sagesse, ne tire pas un coup de fusil et réussit, par la fermeté de son attitude, par les mesures prises pour la défense du poste et par les mouvements qu'il prononce sur les flancs de l'adversaire et contre ses puits, à amener sa dispersion. Mais il lui inflige comme amende une remise d'armes, l'exécution de la route qui mène au poste d'Ambondro et un premier paiement d'impôt.

La création du poste d'Ankoba est décidée, et a été commencée depuis le l*' août.

En môme temps, sans entamer l'occupation de la rive droite

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de la Manambovo, le capitaine Ducarre, à la suite d'agressions et de vols de troupeaux commis par les Antemanantsy contre les groupes soumis, passe la Manambovo, attaque les Antemanantsy le 3 juin, et leur reprend cent trente bœufs qu'il rend aux tribus volées.

La politique suivie se résume donc de la façon suivante :

1° Altitude la plus ferme à l'égard des tribus dont nous occupons déjà le territoire, en exigeant leur obéissance en échange de notre protection ;

2° Sanction de leur obéissance par l'exécution des routes et le paiement d'impôts ;

3° Sanction de notre protection en prenant fait et cause pour elles, et en agissant de vive force sur les tribus qui les volent.

C) Dans le secteur dlmanombo, la même ligne de conduite est suivie.

Dès mars, l'adjudant Granier, qui avait pris le commandement du poste de Bekily à la suite de l'agression dont avait été victime le lieutenant Lambert, avait amené la soumission du groupe des Milalie, dont l'adhésion nous assurait par le Nord une bonne base d'action contre les Antemanantsy.

Ceux-ci continuant à victimer les Milahe et leur ayant volé de nombreux troupeaux, le capitaine Vacher lance contre eux l'adjudant Granier, qui, du 20 au 24 mai, leur prend trois mille bœufs.

Du coup, un certain nombre des chefs Antemantsy sont venus le 1" juillet se présenter, à Imanambo, au capitaine Vacher, qui leur a fait connaître les conditions auxquelles leur soumission pourrait être acceptée.

Les troupeaux volés restent confisqués pour être restitués à leurs légitimes propriétaires. (Si ceux-ci ne peuvent être retrouvés, les bŒ'ufs de prises sont vendus conformément aux dispositions de l'arrêté du IG janvier 1901.) Les armes leur sont laissées, en principe, pour leur permettre de se défendre contre leurs ennemis, mais un certain nombre sont remises en signe de soumission.

Ils exécuteront les routes et les travaux de poste dont nous aurons besoin ultérieurement.

IIL — Situation ACTUELLE. —Programme a suivre. — Je viens de constater, au cours de ma tournée par lîehara-Ambovombe- Tsihombe-Ankobo-Imanombo, l'état actuel de la situation, que je résume dans le schéma ci-joint (j).

Il a pour but de faire ressortir nettement ce qui est actuellement acquis et ce qui reste à acquérir.

1° A l'Est et au Nord de la ligne A, il n'y a plus besoin d'aucune

(1) Croquis (e) s la gauche du volume.

escorte, pas plus pour les convois et pour les courriers que pour les Européens voyageant isolément.

Les populations prennent nettement contact; un commerçant français est installé à Behara, des commerçants Hova et Betsiléo à Imanombo.

Gomme sanction toute récente, la population commence à utiliser la pièce de cinq francs pour ses achats.

2° A l'Est et au nord de la ligne B, les convois et les courriers peuvent circuler sans escorte, mais il est encore prudent de donner une escorte à l'Européen voyageant isolément. Un commerçant créole vient de s'installer à Ambovombe; l'usage de la piastre n'y est pas encore adopté par les populations, qui pratiquent toujours l'achat par échanges ;

3° A l'Est et au iNord de la ligne G, les isolés ainsi que les convois nécessitent encore des escortes. Les groupes des. Analavondrové, les groupes d'Ankoba ont encore besoin d'être surveillés de près et d'être mis en main.

Le groupe des Analavé, qui se tient tranquille depuis la capture des bœufs de Ghiko, n'a certainement pas renoncé à profiter d'une bonne occasion et a besoin d'être sérieusement surveillé.

4° Enfin, à l'Ouest de la ligne G, c'est la zone impénétrée, qui est encore celle des fortes reconnaissances et, éventuellement, des opérations militaires.

La lecture de ce schéma indique d'elle-même le programme à suivre ultérieurement :

Une politique telle, que, sans interruption, les lignes A et B puissent être portées vers l'Ouest, de manière à se confondre avec la ligne C.

Le capitaine Ducarre, commandant le secteur d'Ambovo^mbé, va donc poursuivre méthodiquement l'établissement de notre domination dans la région cactée, du Mandraré à la Manambovo, par l'établissement d'un réseau de postes. Ges postes devront être, avant tout, bien reliés entre eux, par des routes largement débroussaillées, par des reconnaissances incessantes qui envelopperont chaque groupe de tribus d'un véritable filet, les isolant les unes des autres et leur donnant la sensation permanente de notre occupation effective.

Ghacun de ces postes sera le centre d'une politique rayonnante sur les chefs voisins, établissant avec eux des relations de plus en plus fréquentes, les habituant à notre contact et les attirant par l'établissement de comptoirs, pour lesquels le commandant Blondlat fait largement appel aux commerçants de Fort-Dauphin. On peut espérer ainsi les amener, par l'appât des toiles et de la pacotille, à se défaire pour l'exportation du superflu de leurs bœufs. Ils ont d'énormes troupeaux, c'est pour

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eux le signe tangible de la puissance et de la richesse, sans qu'ils consentent jusqu'ici à s'en défaire spontanément. Ils attachent une idée traditionnelle et presque superstitieuse à les conserver jalousement, à les « collectionner » pour ainsi dire.

D'autre part, le lieutenant Vallod cherche, dès maintenant, par l'action des postes de Tsihombé et du Faux-Cap, à agir sur les tribus assez homogènes comprises dans le triangle Manambovo, Ankoba, Cap Sainte-Marie, pour les grouper, si possible, en une confédération placée sous l'autorité d'un représentant de la famille de Manga, l'ancien chef héréditaire.

Enfin, par le Nord, le capitaine Vacher, commandant le secteur d'Imanombo, dont la presque totalité du secteur est dès maintenant acquise à notre domination et qui aura, de ce fait, des effectifs disponibles, va, dès maintenant, s'installer à Bekitro pour commencer la pénétration, du Nord au Sud, du pays Antemanantsy.

Ces tribus sont encore sous le coup de la leçon que leur a donnée l'adjudant Granier ; plusieurs de leurs chefs sont venus, comme on l'a dit plus haut, faire spontanément des offres de soumission à Imanombo ; il s'agit d'en profiter et de donner une sanction à ces préliminaires.

Celte sanction semble devoir être l'établissement d'un poste sur la moyenne Menarandra, vers P (t). Ce poste se reliera immédiatement avec Ankoba, d'une part, et, d'autre part, avec le cercle de Tulear, qui va créer lui-même, vers M, un poste relié à Ejeda.

Il y aura ainsi, pour la première fois, dans le Sud, une liaison étroite et continue par terre entre Fort-Dauphin et Tulear, jalonnée de postes à un jour de marche au plus les uns des autres ; ce sera véritablement l'axe de notre domination dans les régions Antandroy et Mahafaly.

Dans le cercle de Fort-Dauphin, il ne restera plus qu'une zone en dehors de notre action, entre le cap Sainte-Marie, Ankoba, Beloha et la Basse-Menarandra.

Elle a été traversée :

1° Par une reconnaissance du lieutenant Vallod ;

2° Par la mission géodésique du capitaine Tixier ;

3° Par la mission scientifique de M. Grandidier, qui s'est joint à une reconnaissance du lieutenant Vallod du Faux-Cap à Ampalaza.

Mais elle nous échappe encore et les dispositions de ses habitants sont encore incertaines ; il est, en outre, assez difficile

(1) Croquis (e) à la gauche du volume.

d'y discerner les groupes Antandroy de ceux qui obéissent au chef Mahafaly, Tsiampondy, du cercle de Tulear.

Ce n'est donc que par une action commune et étroitement liée des deux cercles que la question de l'occupation de cette dernière zone pourra se résoudre. Cette action ne pourra se produire efficacement que lorsque les lignes successives du programme qui vient d'être exposé pour le cercle de Fort-Dauphin auront été définitivement acquises, et aussi lorsque, dans le cercle de Tulear, la question de Tsiampondy (qui ne laisse pas de me préoccuper) aura fait un sérieux pas en avant.

J'espère, sans pouvoir l'affirmer, que cette période s'ouvrira au mois de septembre.

Ce que pourra être Voccupation définitive, une fois la pénétration terminée. — En résumé, sauf incidents toujours possibles, on peut prévoir qu'avant la fin de l'année la pénétration de tout le cercle de Fort-Dauphin sera un fait accompli.

Cette pénétration sera sanctionnée par un réseau de postes progressivement poussés de l'Est à l'Ouest, reliés entre eux et communiquant à moins d'une journée de marche.

Mais ce serait se tromper gravement que de regarder alors la question comme résolue. Il s'agit de pays que nous ignorions à peu près complètement, qui échappaient entièrement à notre action, et qui se trouvent beaucoup plus peuplés que nous ne le pensions. L'occupation serrée ainsi établie nous en assurera la possession effective et nous garantira contre tous risques d'insurrection, ainsi que contre les incursions armées dirigées contre les pays pacifiés. De plus, elle nous permettra de prendre petit à petit le contact avec les populations, de faire de la région une reconnaissance complète et de déterminer toute une série de données géographiques, hydrographiques et ethnographiques qui nous manquent encore pour établir un système rationnel.

Le but à atteindre alors sera, grâce à une connaissance précise du pays, d'aboutir à une occupation beaucoup plus restreinte et définitive. Il semble a priori que cette occupation définitive sera basée sur la possession des deux éléments vitaux de la région :

1"* Les points d'eau importants ;

2° Les pacages, où vont nécessairement les troupeaux pendant la saison sèche.

Jusqu'ici, les appréciations divergent à cet égard. Les déclarations des indigènes ne concordent pas. Selon les uns, la presque totalité des troupeaux trouvent à vivre, pendant la saison sèche môme, dans l'intérieur de la région cactée ; selon les autres, au contraire, la plus grande partie va chercher sa nourriture dans les immenses parcours déserts qui avoisinent la

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Haule-Menarandra et ses affluents, et dont les pâturages offriraient des ressources à toute époque de l'année.

Actuellement, faute de renseignements suffisants, nous ne pouvons que pousser nos postes devant nous, aux points oîi l'on est assuré notoirement de trouver des puits et de pouvoir en creuser. Ambovombe, Ambondro, Ankoba, Antanimora n'ont pas d'autre raison d'être ; ce sont des sentinelles qui gardent des puits.

Au premier de ces postes, le capitaine Ducarre a déjà exécuté des travaux i cmarquables en faisant pratiquer, à côté des puits indigènes à éboulcments continuels, des puisards à revêtements de dix à quinze mètres de profondeur.

Incidemment, je crois devoir appeler l'attention sur l'intérêt qu'il y aurait à faire étudier par des officiers techniques l'étabUssement de puits artésiens dans cette région où la couche d'eau est, à coup sûr, à peu de profondeur.

Quoi qu'il en soit, lorsque nous aurons toutes les données de la question, il suffira probablement d'un nombre beaucoup plus restreint de postes, établis dans les régions de pacages et sur les lignes d'eau obligées, pour nous assurer la possession effective et définitive de tout le pays.

On peut, en effet, poser cette formule : « Qui est maître des bœufs est maître du pays. » Chaque jour nous en apporte des exemples. La tribu la plus réfractaire, du jour oiî l'on met la main sur ses troupeaux, vient aussitôt à résipiscence. On en voit, dès le lendemain, les chefs venir aux postes demander quelle satisfaction il faut donner pour rentrer en possession des bœufs. C'est, jusqu'ici, la seule façon efficace qu'on ait eue d'obtenir la reddition de fusils après une agression, un commencement de paiement d'impôt, le débroussaillement de routes.

Le moyen est d'autant plus infaillible que les indigènes commencent à se rendre compte que nous ne confisquons pas leurs troupeaux à notre profit, comme le faisaient les Hova ou les tribus rivales, mais que nous les leur rendons à mesure qu'ils nous donnent satisfaction, sauf ceux que nous restituons aux tribus volées.

Je crois que, d'une manière générale, lorsque les communications seront bien ouvertes et tout à fait sûres, les chefs locaux bien en main, le ravitaillement bien assuré, l'occupation se réduira aux lignes du Mandraré, de la Manambovo et de la Menarandra.

Nous allons entrer partiellement dans cette voie, puisque le commandant lîlondlat prévoit la suppression imminente du poste de Tsitevempeko et la réduction prochaine à un simple blockhaus de liaison du poste d'Antanimora.

Dans la région cactée, la période transitoire sera beaucoup

plus longue et cette simplification du système, qui est l'objectif à atteindre, ne peut être envisagée avant 1902 ou 1903.

IV. Ravitaillement. — On peut dire que la question du ravitaillement est la principale pierre d'achoppement des entreprises coloniales. Pour assurer la possession et la sécurité d'un pays, il faut l'occuper, et, quelles que soient la sagesse et la modération des chefs de poste qui prennent le premier contact avec la population, ils sont forcés de lui imposer, dès l'abord, la charge qui, de toutes, est la plus odieuse aux peuplades indépendantes, sauvages et guerrières, celle de faire des convois continuels pour porter les approvisionnements et les matériaux indispensables.

C'est pourquoi la première préoccupation qui doit guider toute pénétration coloniale est celle de substituer, dans le plus bref délai, le portage mécanique au portage à dos d'homme.

La circonstance la plus favorable qu'on puisse souhaiter, c'est que la nature du pays se prête, dès l'abord, à ce portage mécanique.

Or, c'est ici le cas — on l'a dit plus haut — et on ne saurait en profiter avec trop de soin. D'une part, la proximité de la côte permet de multiplier les points d'atterrissement du matériel et des vivres ; d'autre part, la nature du sol, dans la plus grande partie du cercle de Fort-Dauphin, permet, moyennant un simple débroussaillement, d'y ouvrir des voies charretières avec un minimum d'efforts.

Ceci posé, le commandant Blondlat a établi son ravitaillement de la façon suivante :

Des niagasins côtiers sont établis à Fort-Dauphin, à Andrahomana et au Faux-Cap. Au moyen de marchés passés avec des patrons de goélettes, ils sont approvisionnés périodiquement. La compagnie de conducteurs du cercle et ses mulets sont fractionnés entre ces trois points.

De Fort-Dauphin partent les voies charretières de Manambaro et de Belavenona ; celle-ci se prolonge par une voie muletière à travers les contreforts montagneux jusqu'à Ranomafana.

D'Andrahomana, oiî est le siège de la compagnie de conducteurs, part une voie charretière sur Ampasimpolaka, d'oii elle se bifurque, d'une part sur Ambovombe, d'autre part sur Behara et Ifotaka, d'où elle se ramifie, à son tour, d'une part sur Ranomainty, de l'autre sur Antanimora, Imanombo et Tsivory.

Du faux-Cap, une voie charretière se dirige sur Tsihombé, d'où elle se bifurque sur Ambondro et Ankoba.

PÉRIODE d'exécution

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