VOIES DE COMMUNICATION ET DE RAVITAILLEMENT
— LEGENDE
Magasins côti'er»
= Route chaprehére
Route muletière
— Chemin de bour-janes 4. 4. «t. Limite de cercle
En outre, pour l'éventualité où les goélettes feraient défaut ou subiraient de trop longs retards, ces trois réseaux sont réunis par des tronçons charretiers :
1° De Manambaro à Behara ;
2° D'Ambovombe à Ambondro ;
3° D'Ankoba à Antanimora, de façon à pouvoir, en cas de besoin, assurer tout le ravitaillement par terre depuis Fort-Dauphin.
Tout ce réseau charretier, dont l'établissement n'a consisté qu'en un débroussaillement et un très léger terrassement sur certains points, est actuellement terminé, ou va l'être dans peu de mois.
Il ne restera donc plus à assurer par porteurs que le ravitaillement des quelques gradés européens d'Esira, par Ranomafana ;
De Mahaly, par Tsivory ;
De Bekilro et de Bekily, par Imanombo, et le ravitaillement en riz de Bekitro et de Bekily, par Isoanala.
Quand il s'agit de l'établissement de nouveaux postes, le commandant Blondlat procède de la façon suivante pour alléger les charges :
Prenons pour exemple Ambondro, qui se construit à un jour de marche en avant d'Ambovombe. Tout le ravitaillement nécessaire au nouveau poste a été au préalable réuni à Ambovombe, ainsi que les matériaux : tôles ondulées, châssis, accessoires, literie, munitions. Puis la route charretière a été faite jusqu'à l'emplacement du nouveau poste. Et c'est alors seulement que la garnison y est poussée, suivie d'un fort convoi de voitures amenant sans délai tout ce qui est nécessaire à son premier établissement. Les tirailleurs étant eux-mêmes leurs propres constructeurs, la population ne subit aucune charge du fait de la création du poste, hormis celle de l'établissement de la route.
En outre, la circulation immédiate des voitures donne à la population la sanction du travail qu'elle vient d'accomplir. Ceci est d'une importance capitale.
La conclusion à en tirer, c'est la nécessité absolue de pourvoir assez largement les compagnies de conducteurs des régions où le ravitaillement peut se faire dès maintenant par voitures ou par mulets, pour que le portage à dos d'homme y soit complètement supprimé. 11 y a à cela un avantage économique, mais surtout un avantage politique de premier ordre.
V. Conclusion. — Telle est, dans ses grandes lignes, la situation militaire et politique dans le cercle de Fort-Dauphin, ainsi que le programme général à y suivre.
Il résulte, à mes yeux, de la tournée que je viens de faire, poste par poste, dans le pays Antandroy, que la situation y est plus claire, plus simple à dénouer qu'elle ne m'avait apparu au début.
Il ressort, en première ligne, de tout ce que j'ai vu que le cercle de Fort-Dauphin bénéficie d'avoir été, dès l'origine, commandé avec une parfaite continuité de vues. On n'y trouve pas trace de fausses manœuvres, d'erreurs de direction, de gaspillage d'efforts.
Cette situation satisfaisante donne une grande confiance sur l'issue du programme.
Mais je rapporte de cette étude de détail sur le terrain la conviction absolue que cette région doit rester, pendant longtemps encore, territoire de commandement. Je l'avais indiqué dans les précédents rapports, mais, aujourd'hui, je n'ai plus un doute à cet égard.
De même qu'au Tonkin il y a des marches-frontières destinées à rester sine die territoires militaires, il y a, à Madagascar, des marches-côtières que la nature de leurs populations.
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leur élat social, la difficulté du pays, imposent de laisser pour longtemps eiicore sous l'auloiité militaire.
Il ne m'appartient pas de parler du territoire Sakalave ni de certaines régions du Nord; mais, en ce qui concerne mon commandement, j'aflirme que dans la région Sud, comprenant le cercle de Fort-Dauphin et le pays au Sud de l'Onilahy, on ne saurait, pour le moment, prévoir l'organisation d'une administration civile sans s'exposer à de graves mécomptes. Elle ne disposerait ni des moyens matériels, ni de l'élasticité administrative qui lui permettraient de maintenir ces régions d'une manière efficace.
J'ai toujours été le premier à provoquer le passage à l'administration civile des régions que je regarde comme mûres pour ce régime. Je n'ai pas hésité, malgré beaucoup d'objections auxquelles je ne me suis pas arrêté, à envisager la cessation prochaine du commandement militaire dans une partie de mon commandement. Aussi, est-ce en toute conscience et en toute conviction que je regarderais comme très prématuré un changement de régime dans la région Sud. Ce serait y aller à des déceptions certaines et à d'éternels recommencements.
Les populations auxquelles nous y avons affaire sont autrement loin des Hova et Betsiléo que ceux-ci ne le sont de nous. Ici, ne l'oublions pas un instant, nous en sommes à 1' « âge du fer », à un état social qui remonte, en Europe, aux époques préhistoriques.
Ces gens vivent nus, sans besoins, au dernier degré de culture, ignorant l'usage de la monnaie, n'ayant même pas les industries rudiineiitaires, pasteurs, guerriers, rebelles à toute discipline sociale.
Mais ils sont nombreux, possesseurs d'immenses troupeaux qui, faute de circulation, restent une richesse improductive. Ils valent donc la peine qu'on les fasse entrer dans l'économie générale de la Grande Ile. Or, ils ne sont sensibles qu'à la suprématie de la force, à la supériorité matérielle de notre armement et à l'appareil défensif de nos postes. Ce respect de notre force se double chez eux du respect de notre parole et de notre justice, que nous avons sauvegardées jusqu'ici entièrement.
C'est donc à l'abri de nos postes seuls, fortement constitués et les tenant en respect, que pourront, pendant de longues années, se faire leur pénétration économique et la prise de leur contact moral.
Je ne vois pas une seule de nos institutions civiles qui puisse être appliquée de longtemps à des peuples qui ne comprennent la répression que sous la forme de confiscation de bœufs ou de remise d'armes, qui ne connaissent que la responsabilité collective et qui, après un assassinat, se refusent h livrer le coupa-
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ble, mais admeltent que la tribu entière doit une réparation sous forme de travaux ou d'amendes.
Il a déjà été prématuré d'appliquer au cercle de Fort-Dauphin l'arrêté du 6 décembre 1899, réglementant le recrutement et l'avancement des fonctionnaires indigènes. Il est impossible ici de se servir d'autres agents que des chefs naturels, et c'est à eux seuls qu'il faudra attribuer quelque traitement. Il est impossible de les faire entrer dans une hiérarchie rigide et de subordonner leur titularisation dans un emploi à un stage plus ou moins long dans la classe inférieure.
Ce sont des chefs de clan ; il faut simplement que le budget comprenne un chiffre global pour le traitement des chefs et que, dans les limites de ce crédit, le commandant de cercle puisse se mouvoir avec la plus entière élasticité.
Ils n'ont même pas le commencement d'initiation des peuplades sauvages chez lesquelles ont pénétré les missions chrétiennes. Celles-ci n'ont jamais, vers l'Ouest, dépassé Fort-Dauphin. Les tribus de race Tanala qui peuplent la zone forestière de l'Est sont déjà d'un degré très supérieur dans l'échelle de l'humanité. Nous avons pu y fonder quelques écoles qui recrutent des élèves et plusieurs nous ont étonnés par leur rapidité d'assimilation. Ici, au contraire, chez les Antandroy et les Mahafaly, la seule tentative faite dans ce sens a rencontré une répulsion, une hostilité même qui imposent d'ajourner encore tout essai de ce genre.
J'ajoute que le commandement de cette région doit décidément être maintenu à Fort-Dauphin et ne peut être que là. La pénétration et l'organisation, telles que je les ai exposées, doivent, pour être eflicaces, faire appel simultanément à tous les moyens : matériels, économiques et commerciaux.
C'est à Fort-Dauphin seulement que le commandement pourra agir sur les commerçants pour faire doubler notre pénétration militaire de leur pénétration économique, indispensable pour créer des besoins, provoquer des échanges, exporter le surcroît des troupeaux.
C'est à Fort-Dauphin qu'est la base du ravitaillement^ par mer comme par terre ; que se trouvent les ressources matérielles, ateliers, magasins, ouvriers, qui permettent de pourvoir, d'alimenter, de réparer.
C'est là également qu'est le sanatorium où officiers et cadres peuvent venir se refaire, physiquement et moralement.
C'est aussi, pour les indigènes, la capitale où doit résider le chef.
Enfln, il n'existe pas dans la région Antandroy un seul point où puisse être établi le centre matériel d'un commandement sans dépenses aussi exagérées qu'inutiles. Il ne faudrait, à aucun prix, y (Téer un chef-lieu factice qui ne survive pas aux
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nécessités temporaires qui en auraient provoqué la création et qui ne répondrait ici à aucune réalité.
Je conclus donc, de la manière la plus ferme, à ce que, dans les prévisions de l'avenir, lorsque tout l'ancien cercle des Bara et la majeure partie du cercle de Tulear entreront dans l'ensemble de l'organisation civile de l'Ile, la région Sud soit maintenue en territoire militaire avec Fort-Dauphin comme chef-lieu.
Rien n'empêchera, d'ailleurs, de constituer en district civil la partie Est de celte circonscription, qui n'en constitue du reste que la minime partie, spécialement quant au chiffre de sa |)opulation.