OPÉRATIONS ENTRE LE MANDRARÉ ET LA MANAMBOVO
Juillet - Décembre 1901.
Après mon passage dans le cercle de Fort-Dauphin, le commandant Blondlat avait, comme premier objectif, d'achever le nettoyage complet du pays entre le Mandraré et la Manambovo.
Tandis qu'à l'Est du Mandraré la pacification, ainsi qu'on l'a vu dans le rapport précédent, pouvait être considérée comme acquise, à l'Ouest de cette rivière l'état de la pacification pouvait se représenter sous l'aspect d'une teinte dégradée partant du Nord et aboutissant à l'extrême Sud de la zone côtière nettement rebelle.
D'une part, l'occupation du poste de Tsihombé et nos reconnaissances sur la basse Manambovo avaient déterminé un groupement des éléments hostiles de la rive Ouest de cette rivière sous le commandement du chef Tsiseza.
Ils avaient profité d'un dégarnissement momentané du poste de Tsihombé pour attaquer ce poste, d'ailleurs sans succès.
D'autre part, sur la rive Est de la Manambovo, des éléments hostiles refoulés peu à peu du Nord au Sud avaient fini par se concentrer le long de la mer dans la zone où la forêt de cactus
(1) Cartes n°» 3 et 4 et croquis (il) à la gauche du volume.
est peut-être la plus impénétrable. Tout ce qu'il y avait de guerriers réfractaires dans l'Androy semblait s'y être concentré sous les ordres du chef Tsitity, menace constante pour les régions du Nord qui commençaient à payer l'impôt et à acheter nos produits.
Le commandant Blondlat se heurta dans la zone la plus voisine de la côte à une résistance sérieuse qui nous coûta des pertes cruelles. Nos adversaires étaient servis par la nature du pays. La forêt de cactus épineux offre un réduit des plus difficilement accessibles. On n'y pénètre que par d'étroits sentiers constamment interceptés par les épines qui occasionnent de douloureuses blessures. On n'y chemine que un par un, sans vues, sans champ de tir. C'est une des régions les plus difficiles de Madagascar, nulle n'est plus favorable aux embuscades.
Le commandant Blondlat m'exposait le 16 octobre son programme pour en finir avec les groupes insoumis à l'Est de la Manambovo, par le télégramme suivant :
Mon but est d'emprisonner les populations rebelles dans la région limitée : au Nord, par la route Ampasimpolaka, Ambovombe, Ambondro; à l'Est, par les populations amies de Manambaro ; au Sud, par la mer ; à l'Ouest, par le méridien d'Ambondro. Ces populations sont actuellement déjà très gênées par suite de la difficulté d'aller chercher l'eau et de faire pâturer leurs troupeaux en plaine. Je compte qu'il suffira de leur rendre la vie un peu plus dure pour les forcer à faire leur soumission, qui se produira par désarmement aussi complet et général que possible. Ceci posé, mes moyens sont les suivants : pendant qu'Ambovombe renforcé fournira journellement une reconnaissance vers le Sud et une forte patrouille sur chacune des routes Ampasimpolaka, Ambondro, deux colonnes partiront d' Ampasimpolaka et d'Ambondro, elles emporteront huit jours de vivres et seront journellement ravitaillées en eau (1); de la sorte, elles constitueront, pour ainsi dire, des postes mobiles qui auront pour objet de capturer les troupeaux, d'enlever les villages, de détruire les abris fortifiés, en un mot, de montrer à ces gens-là que nous pouvons pénétrer chez eux et y imposer notre volonté, ce qu'ils ne croient pas. Je suis persuadé que, dès l'ouverture de ce programme, la situation se dessinera.
(1) L'obligation de se ravitailler en ean constitue une des plus grandes difficultés dans l'Androy.
PÉRIODE d'exécution 159
Comme précédemment, je reproduis le rapport par lequel je rendais compte ultérieurement au Général en chef de l'exécution de ce programme :
<i Fort-Dauphin, le 1" janvier 1902.
Mon Général,
Je vous envoie ci-joint le rapport du commandant Blondlat, commandant le cercle de. Fort-Dauphin, sur les opérations qu'il a dirigées du 15 octobre au 10 novembre 1901 contre le noyau Antandroy insoumis établi le long de la côte au Sud de la ligne des postes Ampasimpolaka-Ambovombé-Ambondro.
Ces opérations sont le développement du programme d'ensemble que j'ai tracé au début de mon commandement.
Je vous y rendais compte que, tandis que je faisais procéder au nettoyage méthodique de la zone forestière, du Nord au Sud, par le commandant du cercle d'Ifandana, je donnais au commandant du cercle de Fort-Dauphin le programme suivant :
1° Reprendre dès maintenant méthodiquement, et de VEst vers VOuest, Voccupation de la zone entre le Mandraré et la Manambovo, zone qui a été traversée et dépassée, il est vrai, mais en laissant derrière soit des groupes insoumis qui inquiètent les parties pacifiées ;
2" Lorsque le Mandraré sera solidement occupé et ses derrières bien assurés, procéder, entre les cercles de Fort-Dauphin et de Tulear, à une action périphérique autour des Antandroys, les isoler de la côte, oii ils se ravitaillent en poudre, les ynaintenir dans leurs limites et mettre fin à leurs déprédations dans les régions pacifiées.
A votre passage à Tulear, je vous rendais compte des premières phases de l'exécution de ce programme (1).
A ce moment le commandant Blondlat était parvenu par une action convergente, du Nord-Est vers le Sud-Ouest, à délimiter nettement :
(1) Rapport précédent, page 140.
1° La zone complètement pacifiée
2° La zone indécise ;
3" La zoine encore impénétrée (1).
-LEGENDE
Le commandant Blondlat, continuant après mon départ son action de compression face au Sud-Ouest, se heurta, au Sud d'Ambovombé, aux deux groupes de Sevoliitras du Sud et des Maroalakas.
Les seconds avaient toujours refusé de reconnaître notre domination; mais les premiers, commandés par le chef Tsitity, avaient fait un semblant de soumission.
Au mois de mai, Tsitity avec 1.500 guerriers avait presque investi et fortement menacé le poste d'Ambovombé. Devant la ferme attitude du capitaine Ducarre, il s'était décidé à temporiser et s'était même présenté à moi à mon passage à Ambovombé.
Mais en voyant dans le courant de juillet et d'août son investissement se resserrer par la création d'Ambondro et de Tsihombé, il avait compris que la période d'indépendance, de pillages de bœufs et de brigandages allait se clore et qu'il allait être acculé à l'obligation de payer un impôt régulier et de re-
(1) Croquis (e) à la gauche du volume.
PÉRIODE d'exécution 161
mettre ses fusils, obligation à laquelle étaient déjà soumis ses congénères du Nord. Il résolut donc de faire une dernière tentative pour nous chasser du pays, entraînant avec lui un grand nombre de tribus limitrophes, les Maroalakas à l'Est, les gens d'Ezila, d'Imokola, etc., au Nord-Ouest.
Au mois de septembre, il annonçait au capitaine commandant le secteur d'Ambovombé qu'il ne paierait pas l'impôt, se déclarait en guerre et, passant des paroles aux actes, attaquait nos convois, enlevait à l'un d'eux des femmes et des enfants et venait tirer des coups de fusil sur le poste d'Ambovombé.
Des faits analogues se passaient à la môme époque du côté d'Ambondro, où le poste essuyait quelques attaques, et, quelques jours plus tard, les groupes de l'Ouest d'Ambovombé interceptaient la route d'Ambondro par des abatis et attaquaient un détachement commandé par un sergent.
Cependant, un certain nombre de groupes (les Sevohistras du Nord, les Ikonkos et autres du Sud) nous restaient résolument soumis, ce qui donnait au commandant Blondlat une base d'action et lui permettait d'avoir des émissaires et des partisans.
C'est dans ces conditions que le commandant Blondlat décidait d'en finir avec ces groupes « de plus grande résistance » et de leur infliger une sévère leçon qui établît d'une manière incontestée notre domination entre le Mandraré et la Manambovo.
Il prenait lui-même, le 18 octobre, le commandement des opérations.
Elles ont eu pour base la méthode concentrique prescrite pour toutes les opérations exécutées dans mon commandement. La pénétration s'est faite simultanément par trois groupes :
1° Par l'Est, groupe du capitaine Met venant d'Ampasimpolaka;
2° Par le Nord, groupe du capitaine Ducarre agissant d'Ambovombé ;
3° Par l'Ouest, groupe du heu tenant Barbazan venant d'Ambondro.
Madagascar. 11
DANS LE SrD DE MADAGASCAR
Le commandant Blondlat marchait avec le groupe Nord, groupe central.
ABC A'.b:
— LÉGENDE
Postes successif» du groupe de l'Est. Postes que devait occuper celui de l'Ouest
impelaka
Le terrain est celui que j'ai décrit dans mon rapport précédent. C'est la zone des cactus et des plantes épineuses les plus épaisses et les plus difficiles à pénétrer. Le cheminement ne peut s'y faire que pied à pied.
Le passage suivant du rapport du commandant Blondlat fait ressortir les difficultés des opérations dans un tel pays :
A peine nos troupes dépassaient-elles la zone de protection du bivouac que 1' a antsiva» (1) rassemblait les guerriers ennemis; les quelques espaces découverts étaient vite franchis.
Alors commençait un pénible chjeminement entre de hautes murailles de cactus dans un A'éritable boj^au encombré d'abatis d'arbres, de raquettes, de plantes épineuses. Il est difficile de se rendre un compte exact des difficultés que la marchje présente dans ces conditions, les hommes obligés de marcher à la file indienne, et deux travailleurs pouvant, au plus, débarrasser ensemble le chemin barré parfois sur une longueur de plusieurs centaines de mètres. Il ne fallait pas d'ailleurs, songer à aller à
(1) Conque servant de trompette.
PÉRIODE d'exécution 163
droite ui à gauche, à essayer de tourner les passages difficiles ou les obstacles; les raqu^ettes forment un bloc, le sentier qui les traverse est barré. Pour arriver au village qui est le cœur de ce chaos épineux, il faut débarrasser le sentier et le suivre. Il n'y a pas d'autre solution.
Il est (le même impossible de faire des mouvements combinés. Dans ces endroits couverts, où l'on circule dans de véritables labyrinthes, les mécomptes seraient trop à redouter et il suffit d'avoir un peu pratiqué cette guerre particulière des pays où l'on ne voit pas, pour se rendre compte que le seul moyen d'arriver à un résultat est de conserver tout son monde groupé et que, en n'agissant pas ainsi, on s'expose à perdre le commandement et à faire tirer les fractions les unes sur les autres.
De ce que j'avais vu, j'avais pu conclure qu'une fois le but bien indiqué il n'y avait qu'à marcher droit dessus en brisant les obstacles.
Pondant que les travailleurs débouchaient les sentiers, les guerriers Antandroy se glissaient autour de nous, tiraient leurs coups de fusil devant, derrière, sur les côtés. En certains endroits ils avaient creusé des tranchées, des trous de tirailleurs. Généralement ils nous suivaient par des sentiers parallèles à ceux sur lesquels nous étions engagés, connus d'eux seulement, et d'ailleurs impraticables pour nous. C'est là qu'ils lâchaient leurs coups de fusil, puis ils couraient à l'abri recharger leurs armes.
On ne pouvait ni les voir, ni se couvrir par des patrouilles qui ne pouvaient circuler. Il n'y avait donc qu'un moyen, tirer. Il est évident que dans un pays européen cette méthode ne serait guère applicable; car elle entraîne une grande consommation de munitions; mais, ici, où les munitions ne sont pas mesurées, il est de tout intérêt de s'en servir, et c'est l'emploi des feux toujours tirés en salves qui nous a jj^rmis de n'avoir pas de pertes plus fortes ; au début, les hommes exécutaient les salves debout.
Ce procédé, qui permettait de battre fort bien le terrain à deux cents mètres, avait l'inconvénient de laisser intacte la zone immédiatement proche des tireurs, zone dans laquelle les guerriers ennemis couchés par terre se trouvaient presque en sûreté. Dès le troisième jour, nous fîmes tirer à genoux. Ces tirs furent très efficaces et firent subir aux Antandroys des pertes sensibles.
Une fois le chemin débarré, le village était facilement pris, parce que toujours abandonné.
Il est évident qu'en entrant on recevait bien encore à bout portant ou à peu près les coups de fusil des derniers défenseurs. Les cases détruites, il fallait sortir du village, et c'était alors la répétition de la marche précédente. Chemins barrés, embuscades, tranchées, coups de fusil dans toutes les directions.
Si l'on revenait sur ses pas, il arrivait fréquemment qu'il fallait redébouchier le chemin même par lequel on était venu et que derrière nous les indigènes avaient de nouveau barricadé. Cela se passait ainsi pendant de longues heures. Le 23 octobre, les troupes quittèrent le bivouac à 5 heures du matin et y revinrent à 3 heures 30 du soir sans avoir pu s'arrêter, ni manger, ayant constamment tiré et reçu des coups de fusil.
Lieatenant MOOSfilER-BOISSOfJ, de l'inîantefie coloniale, tué à l'ennemi le 22 octobre 1901,
Les opérations se poursuivaient donc de cette manière pour les trois groupes. Au centre, toutefois les chemins étaient moins fortement barricadés.
Les pertes n'ont pas été nombreuses, mais elles ont été très cruelles, puisque deux excellentsi officiers y ont trouvé la mort et que le commandant Blondlat y a été grièvement blessé.
Le lieutenant Mousnier-Buisson, officier de renseignements du cercle, marchant avec le groupe de l'Ouest, y a été tué d'une balle au front le 22 octobre.
Le capitaine Astoin, de la légion étrangère, venu pour rele-
PÉRIODE d'exécution Ifiî)
ver le capitaine Met en fin de séjour, a reçu, le 26 octobre, une balle dans le ventre, dont il est mort à Ambovombé le 29 (1). Le commandant Blondlat, marchant avec le groupe du Nord,
Capitaine flSTOlN, de la légion étrangèFc, tué à l'ennemi le 29 oc'obfe 1901.
a reçu, le 23 octobre, une balle dans la jambe; malgré la gravité de sa blessure, il voulut continuer à exercer le comman-
(1) C'est dans les termes suivants que le général en chef portait à la connaissance du corps d'occupation, par la voie du Journal officiel de la colonie, la mort de ces deux officiers :
« Le général commandant en chef du corps d'occupation et gouvemeu. général de Madagascar et dépendances a le regret de porter à la connaissance de la colonie la mort de M. le lieutenant Mousnier-Buisson.
» Né le 31 décembre 1876, à Boisseuil (Haute-Vienne), M. Mousnier- Buisson entrait à Saint-Cyr en octobre 1896. Il en sortait le l®' octobre 1898, avec le grade de sous-lieutenant.
» Affecté au 3« régiment d'infanterie de marine à Rochefort, il était désigné, le 28 janvier 1899, pour faire partie du corps d'occupation de Madagascar.
» Débarqué dans la colonie le 6 mars, il servit, de mars 1899 à octobre 1900, dans le cercle des Bara, où il commanda le poste d'Isoanala, puis, en dernier lieu, celui de Bekily.
» En octobre 1900, M. le lieutenant Mousnier-Buisson fut désigné comme adjoint au commandant du cercle de Fort-Dauphin, et, en cette qualité, participa à l'opération dirigée, depuis le commencement de septembre 1901,
dément jusqu'à la fin des opérations, le 10 novembre, date à laquelle il a été évacué sur Fort-Dauphin où son état a inspiré de sérieuses inquiétudes.
Hors de ces officiers, il n'y a eu de tués qu'un tirailleur sénégalais et deux partisans et de blessés qu'un caporal de milice, un tirailleur sénégalais et sept partisans. Et encore, la balle qui a tué un des partisans était destinée au capitaine Ducarre. Il est donc certain que nos adversaires, qui tiraient presque à bout portant embusqués dans les cactus, ne visaient qu'aux officiers.
Malgré ces pertes et grâce à la ténacité du commandant, de ses cadres et aussi de ses troupes qui ont témoigné d'une
dans la région d'Ambovombé, afin d'obtenir la soumission définitive des tribus Antandroy.
» C'est au cours d'un des engagements que nous eûmes avec les Antandroy qu'il tomba mortellement atteint, le 22 octobre dernier.
» Energique, infatigable, plein de dévouement et d'entrain, M. le lieutenant Mousnier-Buisson était un de ces officiers qui peuvent, grâce à leur valeur et à leurs qualités, légitimement compter sur un bel avenir militaire.
» L'armée perd en lui un officier intelligent, d'un caractère doux et affable, et qui sera très vivement regretté de ses camarades autant que de ses chefs. »
<( Le général commandant en chef du corps d'occupation et gouverneur général do Madagascar et dépendances a le regret de porter à la connaissance de la colonie le décès de M. le capitaine Astoin.
» Né le 10 avril 1867, à Fort-de-France (Martinique), M. le capitaine Astoin entrait à l'Ecole spéciale militaire le 28 octobre 1885. A sa sortie, il était affecté au 61« régiment d'infanterie, et, nommé lieutenant, restait classé au même régiment.
» Promu capitaine le 30 décembre 1896, et affecté, tout d'abord, au 30« de ligne, il passait, le 16 janvier 1899, au 1«' régiment de la légion étrangère et était désigné, en septembre 1900, pour servir à Madagascar, oii il débarquait le 2 octobre.
» Il y fut nommé au commandement du secteur d'Ambohibé (cercle de Tulear), et s'acquitta, jusqu'au 2 septembre 1901, de ses fonctions administratives et militaires à la satisfaction de tous.
» Affecté, à cette date, à la 4« compagnie du bataillon étranger, dans le cercle de Fort-Dauphin, le capitaine Astoin prit part, dès son arrivée dans cette région, aux opérations dirigées contre les tribus Antandroy réfractaires et fut, le 26 octobre, près d'Ambovombé, atteint à l'abdomen d'un coup de feu tiré par un rebelle du groupe Maroaloka. Il mourut sans agonie, le 29 octobre, à Ambovombe, des suites de cette blessure.
» M. le capitaine Astoin était un officier du plus grand mérite; à ses remarquables qualités militaires, à une bravoure à toute épreuve, il joignait une instruction très étendue. Ses chefs l'avaient en haute estime et il était profondément aimé de ses hommes, qu'il traitait toujours avec justice et bonté. »
PÉEIODE d'exécution
véritable ardeur à venger leurs officiers, le résultat a été décisif. Les groupes Maroalakas et Sévohistra ont été complètement disloqués. A la fin des opérations, les deux groupes insoumis avaient rendu 700 fusils et les groupes douteux voisins Les résultats obtenus ressortent du schéma suivant (1).
Situation acqaise le 1" janviep 1902.
Notre domination a fait un pas sérieux vers l'Ouest et surtout le châtiment infligé à ces groupes chez lesquels les Hovas n'avaient jamais pu pénétrer et qui étaient regardés comme les plus guerriers des Ântandroy ont eu une répercussion que j'ai constatée moi-même lors de mon second passage dans le cercle de Fort-Dauphin à la fin de décembre. »
(1) Comparer au croquis (c) à la gauche du volume.
OCCUPATION DE LA RÉGION ENTRE LA MANAMBOVO ET LE MAN- DRARÈ ET LIAISON AVEC LE CERCLE DE TULEAR
(DÉCEMBRE 1901 A Mai 1902.)
Au cours (les opérations contre les Antandroy, l'état d'esprit des indigènes avait passé par deux phases.
Au premier moment, la mort de deux de nos officiers et la blessure du commandant Blondlat, ramené à Fort-Dauphin encore très souffrant, avaient eu une répercussion nettement défavorable à nos intérêts. Comme il arrive toujours en pareil cas, les faits avaient été considérablement grossis par les indigènes. Ils s'étaient répété que, puisque trois officiers avaienl été atteints, il devait y avoir eu un nombre de soldats touchés beaucoup plus considérable. Ces incidents avaient été présentés comme un grave échec pour nous. Le bruit s'était répandu d'un soulèvement général des Antandroy qui allaient nous rejeter du pays.
Il y avait eu de nombreux kabary dans ce sens. L'écho m'en était parvenu en décembre jusqu'à Midongy, où je me trouvais de passage me rendant dans le cercle de Fort-Dauphin sitôt que j'avais appris la blessure du commandant Blondlat. Dans une des tribus de l'Est, celle des Romeloka, située entre^Manantenina et le pied de la falaise, l'agitation avait failli devenir sérieuse. Des émissaires avaient parcouru la région en excitant les Tanosy à suivre l'exemple des Antandroy, leur reprochant de s'être laissé désarmer et leur démontrant qu'avec les haches dont ils sont tous munis (ils sont presque tous bûcherons), quelques fusils cachés qu'ils avaient encore et leurs sagaies, ils pouvaient avoir raison de nos faibles postes. Le mouvement devait se faire simultanément sur Manantenina, où le chef de poste n'avait que quatre miliciens, et sur Ranomafana où 400 bourjanes devaient apporter dans le poste du bois de
PÉRIODE d'exécution
construction commandé par le chef du secteur, mais, cette fois, avec les haches cachées sous les lambas pour se rendre
maîtres de la faible garnison. C'est grâce à une conversation surprise par hasard, que le lieutenant Pettelat, chef du secteur,
qui était avec moi dans le massif du Ranofotsy, fut avisé. Rendus sur-le-champ à Ranomafana, nous pûmes mettre la main sur les meneurs désignés et nous assurer par leurs aveux que ce programme était de tous points exact. Des mesures immédiates furent prises, quelques garnisons renforcées et toute velléité de mouvement étouffée.
A la seconde phase, au contraire, les faits se sont rétablis, les indigènes ont su qu'en dehors des pertes si cruelles que nous avions faites en la personne de deux officiers d'élite, mais n'en avions eu que très peu dans les opérations contre les Antandroy; mais, par contre, les pertes infligées à ceux-ci s'amplifièrent dans les récits indigènes, ainsi que la sévère leçon infligée aux tribus Maroalaka et Sevohistra. Nous avons bénéficié de la réputation d'inviolabilité que ces tribus avaient conservée dans le pays depuis que les Hovas n'avaient pu réussir à y pénétrer. Finalement, leur échec avait amené la dissolution de tous les groupes hostiles ou indécis entre le Mandraré et la Manambovo.
L'énergie du commandant Blondlat, remis rapidement sur pied après sa grave blessure, n'y avait pas peu contribué.
Au même moment la soumission du chef Mahafaly Emahazo, dans le cercle de Tulear, dont il sera rendu compte au chapitre suivant, apportait un nouvel élément favorable à la situation.
Aussi pouvais-je, de Fort-Dauphin, au commencement de janvier 1902, rendre compte au Général en chef, dans les termes suivants, des résultats acquis pendant le quatrième trimestre 1901 :
« Trois faits principaux ont marqué, au point de vue militaire, le quatrième trimestre 1901 :
» 1° La fin de la pacification de la zone forestière de l'Est, résultant des dernières opérations du capitaine Mouveaux, dans la région Andrabé, et de la capture d'Andriampanoha dans rikongo par le capitaine Bétrix. Cette pacification a été sanctionnée par la suppression du cercle-annexe d'Ifandana et son rattachement à la province de Farafangana, à partir du 1"' janvier;
» 2° La progression vers l'Ouest du commandant Blondlat
PÉRIODE d'eXÉCTJTION
dans le pays Antandroy et sa marche à la rencontre du cercle de Tulear.
» 3" La soumission d'Emahazo, dans le cercle de Tulear el la dissolution de son groupe.
» Cette situation est indiquée sur la carte n° 4, qu'il est intéressant de comparer à celle donnant la situation des groupes rebelles en janvier 1901 (1).
; FfAnara.ntsoa.
Schéma n» 1. — Régions insoumises le 1" janvief 1901.
» De la comparaison de ces documents il résulte que la région impènétrée s'est réduite de plus de moitié, et le pas en avant accompli de ce côté a été sanctionné par la création du poste de Tsimilofo.
(1) Voir les cartes n°» 2, 3 et 4, à la gauche du volume.
» Ce poste, en relation avec le poste d'Ampanihy dans le cercle de Tulear, a permis d'établir une ligne continue de courriers hebdomadaires entre Fort-Dauphin et Tulear par l'itinéraire Ambovombé-Ankoba-Ampanihy-Ejeda et cette création affirme d'une manière effective la progression de notre occupation dans le Sud.
X F/ a na.ra.nl: s oa
Schéma n" 2. — Régions insoumises le 1" ianvieii 1902.
» En résumé, au début de 1901, les emplacements occupés par les groupes insoumis ou indécis présentaient l'aspect d'un ruban circulaire figuré sur le schéma n° 1 (1) et se trouvent réduits au tronçon porté sur le schéma n° 2.
(1) Page précédente.
rÉRioDE d'exécution 173
» Dès maintenant l'occupation du pays à l'Ouest de la Mananibovo est commencée. Pour la faciliter en divisant le travail, le commandant Blondlat a constitué un nouveau secteur, celui du Faux-Cap, entre la Manambovo et la Menarandra, distinct de celui d'Ambovombé. Le capitaine Vallod, qui le commande, a obtenu la soumission du chef Tsimaha, voisin de Tsihombé, et la reddition de 153 fusils.
» La création du poste de Tsimilofo presse cette zone par le Nord (1). La zone impénétrée commence donc à être sérieusement entamée par le capitaine Vallod à l'Est et par le capitaine Vacher au Nord. Au moment où cette progression approchera de la Menarandra, il y aura une période délicate pour déterminer les groupements qui ressortent de l'influence du chef Tsiampondy, dépendant du cercle de Tulear, et pour délimiter nettement les champs d'action des deux cercles de Tulear et de Fort-Dauphin. »
La situation étant donc devenue plus nette à l'Est de la Manambovo, je fus en mesure, pendant mon dernier séjour dans le cercle de Fort-Dauphin, en décembre 1901 -janvier 1902, de déterminer avec le commandant Blondlat les mesures à prendre pour sa dernière période d'action militaire, la prise de possession du pays à l'Ouest de la Manambovo et la liaison effective avec le cercle de Tulear.
Je décidai que cette liaison devait se faire, non plus en continuant notre progression vers l'Ouest comme cela avait eu lieu jusqu'ici; je craignais en effet de nous heurter à de nouveaux groupes Antandroys solidement armés et retranchés dans leurs cactus, qui pouvaient nous infliger de nouvelles pertes; il fallait les éviter à tout prix, non seulement à cause du premier devoir de ménager la vie de nos officiers et de nos hommes, mais aussi à cause du retentissement qu'elles ont sur les indigènes.
J'estimais qu'il était préférable au contraire de la reprendre par le Nord en se prolongeant vers le Sud sur la rive gauche de la Menarandra et en partant de la base du poste de Bekitro. Nous nous avancions ainsi dans un pays plus découvert en y bénéficiant de la présence de groupements soumis à l'influence
(1) Carte n° 4.
de Tsiampondy et qui, par suite, nous étaient déjà acquis dans une certaine mesure; je jugeais que ce jalonnement de la vallée de la Menarandra jusqu'à la mer, auquel participeraient des officiers et des troupes du cercle de Tulear, aurait pour résultat d'isoler complètement le dernier groupe Antandroy impénétré et par suite d'arriver peut-être à sa réduction sans coups de fusil. J'ai dit en effet précédemment que l'expérience de la guerre coloniale enseigne que tout mouvement de revers et toute action concentrique exercent un effet presque infaillible sur les indigènes.
Les faits ont justifié ces prévisions.
Cette liaison avec le cercle de Tulear et la prise en main de la région restée douteuse entre les deux cercles avaient d'ailleurs été engagées déjà par une série de mesures préparatoires.
C'est ainsi qu'au mois d'octobre j'avais rattaché au cercle de Fort-Dauphin les régions d'Isoanala-Bekily dépendant du cercle de Tulear (1). Cette rectification de frontière avait eu pour objet de mettre dans la même main toutes les régions sur lesquelles s'étendaient les incursions à main armée des Antandroy voleurs de bœufs et tous les postes ayant pour mission la surveillance et la répression de ces incursions. Le but était de faire une affectation aussi nette que possible d'une part à la province de Tulear des régions pacifiées, de l'autre à la province de Fort-Dauphin de celles oii il y avait encore une action militaire à exercer, de façon que lorsque la province de Tulear passerait à l'administration civile elle fût entièrement dégagée de toutes préoccupations militaires et que celles-ci fussent exclusivement réservées au cercle de Fort- Dauphin, destiné à rester encore sous le régime du commandement.
C'est ainsi également qu'avait été créé, à la date du 4 octobre, le poste de Tsimilofo dont le rôle ressort nettement des considérants de l'ordre établi pour sa création par le commandant Blondlat :
Le poste de Tsimilofo est créé à la date du 4 octobre et dépend du secteur de Tsivory. Il est commandé par le lieutenant Gayda. Il a pour objet :
(1) Voir la carte n° 3, à la gauche du volume.
PÉRIODE d'exécution 175
1° De prolonger vers le Sud et vers l'Ouest l'action de Bekitro et d'Ankoba ;
2° De rendre effective la soumission des tribus des Antemanantsa, des Milalié et des Antehodo ;
3° D'assurer la liaison avec le cercle de Tulear par le poste d'Ampaniliy avec lequel il se tiendra en relations constantes et à qui il communiquera tous les renseignements intéressants ;
4° D'amorcer les progrès ultérieurs de la progression dans le Sud-Ouest.
Dès lors, cette action vers le Sud se continuera sans interruption. Le lieutenant Gayda, poussant devant lui, se heurte à la tribu des Afondrahosa dont le chef lui refuse obéissance en déclarant qu'il allait se joindre aux Antehodo dont nous avions peur et s'oppose à sa marche. Un engagement livré le 15 janvier 1902, oiî les Afondraliosa laissèrent 9 hommes sur le terrain et perdirent 256 têtes de bétail, en eut raison.
En mars, la saison des pluies ayant fait constater que les crues de la Manambovo, absolument à sec pendant la pl'is grande partie de l'année, empêchaient par contre, pendant cette saison, toute action du poste d'Ankoba sur la rive droite, ce poste était déplacé et reporté au Sud-Ouest à Montovohitsy, qui était mis immédiatement en relation avec Tsimilofo.
Le poste d'Ankoba devenait alors un simple blockhaus jalonnant la ligne de ravitaillement.
Le nouveau poste était mis sous les ordres du lieutenant Libersart (1); son action sur les tribus voisines avait pour résultat immédiat d'étendre la partie acquise au 1*' avril (2).
Le 5 avril, le commandant Blondlat se rendait lui-même à Tsimilofo, prenait rendez-vous sur la Ménarandra avec les officiers que j'avais prescrit au commandant du cercle de Tulear d'y déléguer de son côté, le capitaine Savy, son adjoint et le capitaine Bourgeron, commandant le secteur Mahafaly. Le chef Maliafaly Tsiampondy s'y trouvait lui-même.
D'un commun accord on reconnaissait sur place l'emplace-
(1) Mis à la disposition du cercle de Fort-Dauphin après la pacification do la zone forestière, ainsi que troia autres officiers, suivant le principe adopté de concentrer successivement tout l'effort sur une seule région du Sud en y portant toutes les ressources disponibles en officiers, effectifs, etc.
(2) Voir le croquis page suivante.
ment de tous les groupements Mahafaly établis sur la rive Est de la Ménarandra et relevant traditionnellement de l'autorité de Tsiampondy. Ce chef étant en effet notre plus solide point d'appui dans le pays Mahafaly et devant, dans nos prévisions, nous aider à y établir ultérieurement un régime de protectorat analogue à celui d'Impoinimérina chez les Baras, il y avait intérêt à éviter toute mesure pouvant nous l'aliéner et risquant de diminuer vis-à-vis des populations son autorité que nous n'avions qu'avantage à utiliser.
Situation le 1" avcll 1902.
La frontière entre les cercles de Tulear et de Fort-Dauphin, c'est-à-dire entre les tribus de race Mahafaly et celles de race Antandroy, qui jusqu'alors, à cause de l'enchevêtrement de ces tribus, était restée assez indécise et vaguement fixée à la vallée de la Ménarandra, était ainsi déterminée sur le terrain. Comme sanction, la création de deux postes était décidée: l'un à Beloha, prolongeant vers le Sud l'action de Tsimilofo;
PÉRIODE d'eXÉCUTIOX 177
l'autre, en face, dépendant du cercle de Tulear, à la lisière des groupements Mahaialy, aussi bien pour assurer la liaison effective des deux cercles et faciliter entre eux la tranmission des communications que pour assurer une police serrée sur les confins entre Mahafaly et Antandroy toujours disposés à en venir aux mains.
Enfin le capitaine Vallod était chargé de préparer la création d'un dernier poste au Sud, vers Ankemaka, destiné à terminer le jalonnement jusqu'à la mer et à achever ainsi l'investissement par l'Ouest des derniers groupements côtiers Antandroy restés douteux.
Le commandant Blondlat rendait ainsi compte, le 3 mai 1902, des résultats obtenus dans cette dernière période :
Dans la bande de terrain récemment acquise les postes ne sont distants que de six heures en moyenne; leur création n'a précédé que de fort peu en général, même elle a suivi parfois, l'établisseniicnt de bonnes routes charretières. La façon dont nous avons procédé pour occuper cette dernière zone permet donc d'espérer sérieusement que nous n'aurons plus à vaincre de résistance à beaucoup près aussi énergique que celle des Antandroy d'Ambovombé, les populations de l'Extrême-Ouest Androy, prises dans un réseau si serré de postes bien reliés entre eux, ne pouvant nous résister.
Quant à la bande de terrain encore im pénétrée, le capitaine Tallod recherche dès maintenant, conformément à mes instructions, l'emplacement d'un poste à créer dans la région d'Ankomaka ; je compte l'installer très prochainement et achever ainsi la pénétration de l'Androy.
Paciûcation. — Les résultats sont plus considérables encore au point de viie de la pacification qu'au point de vue de la pénétration, en raison de l'obligation que je me suis assignée de consolider notre œuvre en arrière avant d'aller plus loin. Par pacification j'entends : tranquillité et sécurité du pays ; soumission à notre volonté; désarmement; paiement de l'impôt; recensement.
Tranquillité et sécurité du pays. — L'année dernière, à pareille époque, les vols de bœufs et les assassinats étaient encore très fréquents; les Antemanantsas, le chef Ghiko des Analavé, les Analavondrové, pour ne citer que quelques-uns des groupes les plus turbulents, pillaient leurs voisins dès que l'occasion s'en présentait; les routes n'étaient rien moins que sûres, aussi n'y avait-il à peu près aucun commerçant établi près de nos postes. Encore en septembre, mêmie fortement escorté, l'on ne pouvait Madagascar. 12
pas aller d'Ambovombé à Ankoba sans difficultés. Aujourd'hui plus rien de tout cela : il n'est à peu près plus question de vols de bœufs ni d'assassinats; en tout cas, ce ne sont plus que des attentats individuels et sans importance. Auprès de chacun de nos postes sont établis plusieurs commerçants (Créoles, Hovas, Betsiléos, Indiens).
Au cours de mon dernier voj^age, j'ai rencontré en plein pays Antemanantsa des commerçants hovas qui se rendaient de Bel^tro à Tsimilofo sans même une sag'aie à la main. Les lieutenants commandant les districts d'Ambovombé et d'Antanimora se promènent dans leur district avec des escortes de six à huit tirailleurs.
Soumission à notre volonté. — Il y a un an, il était à peu près impossible d'obtenir les bourjanes dont nous avions besoin; aujourd'hui cela ne souffre plus de difficultés. La construction des routes charretières nécessitait des kabary interminables, des menaces et des pressions armées; quand j'ai décidé récemment de créer un poste à Beloha, j'ai prescrit au capitaine Vallod de se rendre à ce point; à son passage du 15 au 20 mars, il donna aux populations l'ordre de faire la route Montovohistra-Beloha et d'apporter les matériaux nécessaires à la construction du poste; à mon passage, un mois après, tous les travaux étaient terminés et soigneusement exécutés.
DésaTinement. — Le lieutenant Connen me disait à mon dernier passage à Antanimora qu'en septembre dernier le fait seul de parler de désarmement aurait amené un soulèvement. Du 1" octobre au l""" avril, nous avons enlevé 4.4^25 fusils aux Antajidroy, sans protestations sérieuses de leur part.
Je calcule le nombre de fusils dont ils disposent de la façon suivante :
L'Androy doit contenir une population totale de 125.000 habitants environ, il faut compter un homme adulte pour 3,4 habitants. La population masculine adulte s'élève donc à environ 37.000. Or, on compte en Androy un fusil pour trois hommes; les Antandroys pvaient donc environ 12 à 15.000 fusils dont nous leur avons enlevé le tiers environ. Je saisis toute occasion pour leur en enlever d'autres, soit sous forme d'amende, soit même provisoirement comme perception d'impôts, ce qui n'est sans doute pas rémunérateur pour le Trésor, mais réalise une économie autrement importante d'opérations militaires et de mouvements de troupes. Je pense qu'ainsi, à la fin de 1902, le désarmement sera virtuellement terminé. En tout cas, on ne voit plus en Androy les gens se promener avec le fusil sur l'épaule.
Paiement de l'impôt. — L'année dernière, le secteur d'Ambovombé a recueilli par la force 9.000 francs environ ; c'est d'ailleurs cette question qui a été la cause finale et déterminante
PÉRIODE d'exécution 170
du mouvement insurrectionnel d'octobre ; le secteur du Faux- Cap n'avait rien perçu. Cette année, tous les groupes Antandroys sont venus au premier appel payer l'impôt qui est perçu en nature et collectivement par groupe. Je compte percevoir en bœufs une recette de 40 à 50.000 francs environ.
Je suis assuré que l'année prochaine l'impôt sera payé individuellement et en argent par tous les Antandroy,
Recensement. — Les Antandroy s'y soumettent avec un© bonne volonté surprenante.
En résumé, je crois que la question Antandroy est virtuellement résolue et qu'elle le sera eft'ectivemjent d'ici peu; il ne se produira d'incidents, s'il s'en produit, que dans la bande étroite encore impénétrée, mais ce ne seront, je pense, que des incidents partiels et sans importance; d'ailleurs, la création prochaine d'un poste dans la région d'Ankomaka rendra encore plus improbables ces incidents mêmes.
Tels sont les résultats que j'ai constatés au cours de ma dernière tournée en Androy.
Ils ont été si soudains et si complets, que, si j'avais en face de moi une population unie et compacte (comme les Hova par exemple), je me méfierais et j'envisagerais l'éventualité d'avoir prochainement affaire à un soulèvement général, les indigènes simulant la soumission afin d'endormir notre confiance et de se préparer à un nouvel effort; mais avec les Antandroy divisés en groupes, sous-groupes, poussière de groupes, ennemis les uns des autres, cela n'est pas à redouter.
Dans un autre document, répondant à ma préoccupation de chercher les bases d'une organisation indigène, le commandant Blondlat m'écrivait vers la même date :
Je n'ai pas gi-and espoir de trouver un chef indigène à qui nous puissions confier une autorité analogue à celle dont jouissent Tsiampondy et les autres chefs protégés du cercle de Tulear. Mais nous procédons comme dans les secteurs de l'Est déjà pacifiés, où, après avoir désarmé les chefs qui pouvaient nous être les plus utiles, nous les avons élevés petit à petit à une situation prépondérante ; les autres chefs commencent à passer par leur intermédiaire pour venir à nous, llatsifolahina à Beharo; Be- Icafo à Ambovombé; Tsikondro à Antanimora; Vokiando à Tsihombé sont déjà reconnus comme vrais chefs indigènes et sont de bons auxiliaires.
Le désarmement opéré, la reconnaissance du pays et le recensement terminés, le principe de l'impôt admis, des chefs choisis et poussés au premier rang, nous pourrons diminuer comme nous l'avons fait dans la partie Est du cercle le nombre et les efîctifs des postes.
iSO DANS LE SUD DE MADAGASCAR
Lors de la suppression du commandement supérieur du Sud, le 10 mai, on pouvait donc dans l'ensemble du cercle de Fort- Dauphin considérer l'occupation comme achevée et les bases de l'organisation comme fixées.
Le point essentiel, la liaison avec le cercle de Tulear, était résolu. On pouvait envisager la réduction prochaine du nombre des postes et la réduction de l'occupation militaire, ce qui est le but auquel il est le plus constamment désirable d'atteindre.
Mais il n'en faut pas conclure qu'il n'y aura plus d'incidents. Le 19 mai, un sergent a été encore blessé d'un coup de feu au sud d'Ambondro. Il se produira certainement d'autres faits analogues. Dans un pays aussi difficile, on est toujours à la merci d'un coup de feu isolé. Ainsi que l'écrivait au mois de janvier un des commandants de secteur les plus expérimentés, le capitaine Vacher :
Il n'y a aucun doute à avoir sur la durée de notre tâche à l'égard d'une population aussi impulsive que versatile, soumise à toutes les influences, dont un kabary, un songe, ou le résultat d'un horoscope peuvent modifiier les dispositions en quelque? heures.
Ces incidents sont surtout à redouter tant que le désarmement ne sera pas complet. Il est en effet extrêmement difficile d'empêcher le ravitaillement en poudre de ces tribus côtières. Tandis qu'il a été relativement facile d'isoler à l'Est de l'Ile la zone forestière, ici il est à peu près impossible, sur la vaste étendue de côte qui s'étend du cap Sainte-Marie à Tulear, d'exercer une surveillance complète et effective. Toutefois, il est, je crois, possible d'affirmer que ces faits resteront isolés, à peu près individuels, et qu'il n'y subsiste plus de groupement assez sérieux pour mettre en péril comme précédemment les régions pacifiées. C'est par celles-ci où avec l'introduction croissante do nos produits, de nos tissus, de notre pacotille, se créent de jour en jour de nouveaux besoins (nos meilleurs auxiliaires), que se propagera dans les régions nouvellement acquises la pénétration économique et sociale qui est la plus efficace et la plus durable.