SITUATION D'AVRIL A JUILLET 1901 (D
Nous avons laissé le cercle de Tulear au mois d'avril 1901, époque à laquelle le commandant Lucciardi, appelé aux fonc-
Impoinimerina, chef des Bafa-Imamono.
lions de chef d'état-major du corps d'occupation, en avait remis le commandement au lieutenant-colonel Lavoisot.
(1) Suivre sur le croquis (/"), à la gauche du volume.
A la même date, ce cercle s'était considérablement étendu par suite de la dislocation du cercle des Baras dont il acquérait les secteurs de Bétroka et d'Ihosy. Il recevait ainsi comme limite orientale la chaîne de partage de l'Ile et comprenait toute la zone dépendant géographiquement de la côte Ouest.
A ce moment, la situation y était la suivante. Toute la région au Nord et sur les rives de l'Onihaly, entièrement pacifiée, s'organisait sous un régime se rapprochant du protectorat. Au Sud de l'Onihaly, dans le pays Mahafaly, ne subsistaient plus que deux groupements constitués nettement hostiles : celui de Refotaka, ancien chef héréditaire qui n'avait jamais accepté notre domination, exerçait encore dans le pays une influence occulte, mais sérieuse, et gravitait avec ses partisans dans la zone située entre Ejeda-Betioky d'une part et la mer de l'autre; celui d'Emahazo, à l'Ouest de la basse Linta. Notre politique était d'y prendre comme point d'appui le chef le plus influent, Tsiampondy, dont l'attitude était restée jusque-là assez flottante. L'action militaire à envisager dans ce cercle, très différente de celle engagée à l'Est et au Sud, était donc aussi réduite que possible. Il s'agissait simplement de se débarrasser des deux noyaux insoumis, de nettoyer ainsi complètement le pays Mahafaly et de se relier alors effectivement au cercle de Fort- Dauphin en reconnaissant sur place et en déterminant la frontière commune.
Chose singulière, cette tâche, qui semblait si simple comparée à celle des autres cercles, fut la plus longue à réaliser et ce ne fut qu'aux derniers jours de mon commandement, en mai 1902, que la situation commença à s'éclaircir.
La question n'avait pas fait un pas depuis trois mois, quand, en juillet 1901, traversant le pays Mahafaly en venant de Fort- Dauphin, je réunis à Ejeda le 19 juillet avec le commandant du cercle et le nouveau commandant de secteur, capitaine Duhalde, les principaux chefs Mahafaly, Tsiampondy, Voriandro, Tsibasy et Tsiveranga.
Cette situation doit être attribuée pour la plus grande part aux tergiversations de Tsiampondy. L'intérêt de faire de ce chef influent le pivot de notre politique Mahafaly, de nous appuyer sur lui pour avoir raison des rebelles voisins, était si grand à nos yeux qu'il exigeait à son égard des ménagements particuliers. Les événements ont du reste justiflé cette manière de
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procéder puisque, sans avoir à employer la force contre lui, nous l'avons amené finalement à nous prêter son appui pour avoir raison des chefs rebelles Emahazo et Refotaka.
Mais, pour le moment, nous n'en étions pas là encore. Tsiampondy ne se rendit à mon appel qu'entouré d'un appareil imposant et escorté de près de 2.000 guerriers bien armés, qui établirent militairement leur campement à peu de distance du nôtre. Il cherchait évidemment à faire parade de sa force et se présentait beaucoup plus en allié bénévole qu'en vassal soumis. Le dernier rapport du commandant du cercle s'exprimait ainsi à son égard :
Tsiamponrly échappe complètement à notre action. Invité, lors de l'arrivée du capitaine commandant le secteur, à se présenter à Androka pour faire sa connaissance, il n'a pas daig'né se déranger. Tout en se disant l'ami des blancs, il nje fait que ce qu'il veut. Quant aux autres chefs convoqués à Androka, ils ne se sont pas présentés,
A la suite d'un séjour à Tongobory et d'une reconnaissance de la vallée de l'Onilahy, j'avais les éléments nécessaires pour présenter au Général en chef à son passage à Tulear, au commencement d'août 1901, la situation du cercle et les mesures à y prendre.
Elles se résumaient ainsi :
Le cercle de Tulear se divise nettement en deux régions séparées par l'Onilahy.
Au Nord de l'Onilahy : un régime procédant du protectorat s'organise et réussit dans le secteur des Bara-Imamono avec le chef Impoinimerina dans les secteurs Masikoro (Ambohibé et Tulear) avec les chefs Lahiabo et Rebiby, ainsi que dans les secteurs Tanosy, où il conviendrait néanmoins de chercher à remplacer les chefs actuels par un chef unique. 11 faut tendre à agglomérer au secteur des Bara-Imamono le groupe des Bara-Bé (secteur d'Ihosy) dont le chef Inapaka, l'ancien fauteur de l'insurrection du Vohingezo, est peu intelligent et mal en main. Le secteur de Betroka, de population peu dense, ne comporte pas de groupement constitué important; c'est un pays de parcours pour des gens venant soit de la zone forestière de l'Est, soit du Sud, et où il faut surtout exercer une police vigilante.
Toute cette zone est pacifiée; il reste à y surveiller Inapaka,
toujours disposé à échapper à la main, et également les populations riveraines du Mangoky, dont les attaches ou les rivalités avec les Sakalaves de la rive droite amènent de fréquents incidents.
Au Sud de l'Onilahy :
1° La bande riveraine dépend du secteur de Tongobory.
Tout en étant soumises en apparence, les populations subissent l'influence du chef Refotaka, ancien mpanjaka (1) de la famille royale à laquelle appartiennent Tsiampondy et les autres chefs. Il nous a fait autrefois une soumission de très courte durée, mais a repris la brousse aussitôt, a refusé tout contact avec nous malgré les nombreuses avances qui lui ont été faites. Il n'a avec lui qu'un petit noyau de fidèles, mais en réalité, comme Andriampanoha dans l'Ikongo, il dispose de la complicité occulte de toute la population, sur laquelle il exerce une influence où le prestige de race et la superstition entrent pour une grande part ; il s'appuie principalement sur les éléments Mahafaly de cette, zone et aussi sur les éléments Bara de la vallée de lOnilahy; il terrorise les groupements paisibles et signale son apparition par des enlèvements de bœufs et d'enfants; il ne menace d'ailleurs ni nos postes, ni nos convois, mais il reste insaisissable, se déplaçant avec une extrême mobihté et trouvant toujours dans la population un appui qu'elle lui donne, soit par complicité, soit par peur. En somme, il est très gênant. Il empêche de donner à cette région fertile et paisible de l'Onilahy le développement qu'elle comporte et y ôte toute sécurité à des populations qui ne demandent qu'à y'cultiver en paix. En outre, il constitue un noyau permanent qui, faible aujourd'hui, peut se grossir à la première occasion et nous causer de sérieux embarras. Le capitaine commandant le secteur de Tongobory, dont il dépend, a reçu comme instructions de regarder la solution de cette question comme son premier objectif, d'y appliquer tous ses moyens militaires et pohtiques par la méthode d'action concentrique et de subdivision des responsabilités, qui a été appliquée dans l'Est et dans le Sud et dont j'ai exposé les principes au commandant du cercle.
2° Au Sud, dans le pays exclusivement Mahafaly, j'ai trouvé quatre chefs principaux: Tsiampondy, Voriandro, Tsibasy et Tsivérenga (ce dernier récemment soumis), parmi lesquels Tsiampondy a de beaucoup le plus d'autorité et de sujets. Les autres, du reste, subissent implicitement son influence. Tsiampondy, malgré l'adhésion publique qu'il nous donne, se considère toujours comme un allié bénévole et non comme un vassal. Il est encore flottant et on sent qu'il ne faudrait pas grand'chose pour
(1) Chef héréditaire, roi.
le jeter du mauvais côté. Il est influençable. 11 subit d'une part les avis de deux mauvais conseillers indigènes, et, d'autre part, les bons avis d'un traitant, M. Speyer, établi à Ampalaza, dans le pays depuis douze ans et qui nous seconde très efflcacement. Outre ces quatre chefs principaux, il y a sur la rive droite de la Linta un rebelle déclaré, Emahazo, qui groupe autour de lui tous les mécontents. Il n'a pas le prestige ni l'autorité morale de Uefotaka, mais, comme lui, il forme le noyau d'un groupement de force variable, se signale par des actes de brigandage à grande distance et peut devenir un embarras sérieux. Il est du reste difficile de discerner la mesure dans laquelle Tsiampondy est ou n'est pas en relation avec lui, entrave ou facilite son action. En tout cas, tant que ces deux groupements ne seront pas dissous, et tant qu'on n'aura pas mis la main sur ces deux chefs rebelles, il est impossible de regarder comme acquis, non seulement le pays, mais même les régions voisines dans le rayon assez étendu où peuvent se porter leurs agressions; la sécurité y reste toujours précaire et à la merci d'un coup de main et la circulation ne peut s'y faire que sous bonne escorte avec l'appareil militaire. Il faut ajouter que, sans être aussi difficile que la région Antandroy, l'aspect en est le même : c'est toujours la forêt de cactus, moins touffus, plus clairsemés, mais offrant de nombreux abris; la rareté des points d'eau, dont plusieurs nous sont inconnus, y complique encore notre action.
Toutes les questions au Nord étant résolues et l'organisation créée par le commandant Lucciardi y donnant dès maintenant ses résultats, le moment est venu de prendre définitivement en main avec le pays Mahafaly. Je juge que notre action doit y avoir comme base l'influence de Tsiampondy à qui il faut à la fois imposer notre autorité sans contestation tout en renforçant la sienne sur tout le pays Mahafaly. J'estime que la meilleure manière de procéder est d'aller s'installer chez lui-même en créant un poste au cœur même du pays près de sa résidence. Ce sera le siège du chef du secteur qui le surveillera et le dirigera tout en l'appuyant. Je crois, en effet, que la seule manière de mettre un grand chef indigène dans notre main, c'est de s'installer auprès de lui, de lui imposer notre contact qui peu à peu le façonne à notre régime et lui ouvre des horizons insoupçonnés. C'est ce qui s'est produit pour Impoinimerina, et je suis porté à croire que c'est ce qui se produira pour Tsiampondy. Nous avions d'abord envisagé le procédé d'investissement : isoler les Mahafaly par une ceinture de postes empêchant les incursions dans les parties pacifiées et leur imposant « un blocus » économique qui les amenât forcément, un jour ou l'autre, à demander notre entremise. Mais, après avoir parcouru le pays, je suis convaincu que cet investissement serait purement théorique comme toutes les « nvurailles de Chine », et que la meilleure des solutions c'est encore de s'installer en plein cœur
du pays douteux. C'est aussi la moins onéreuse, car très rapidement le poste central établi auprès du chef l'este le seul nécessaire et l'on peut supprimer les postes secondaires.
J'ai d'abord établi dans le pays l'unité de direction en subordonnant au capitaine Duhalde, commandant le secteur, le capitaine Chapuis, résidant à Ejeda, où la situation était mal défmie entre les secteurs de Tongoborx- et Mahafaly. Ejeda devient le centre d'un district nettement délimité correspondant aux groupes dépendant des chefs Tsibasy et Tsiverenga.
Un district constitué à x\ndroka, sous le commandement du lieutenant Contet, dont relèvera un sous-district à Itampolo sous les ordres de l'adjudant Lavenat, exercera l'action directe sur le groupe rebelle d'Emahazo, dont il englobera la zone d'installations habituelles. Enfm, le capitaine Duhalde, commandant le secteur, ayant avec lui le lieutenant Laroque, commandera directement le district comprenant les domaines de Tsiampondy et de Voriandro. Par Tsiampondy, auprès duquel il va rechercher l'emplacement d'un poste, il exercera l'action centrale et directrice. En même temps il se maintiendra en relation constante avec le cercle de Fort-Dauphin, de manière à seconder la progression des capitaines Vacher et Vallod le long de la Menarandra, et en s'inspirant du principe que j'ai posé dans les termes suivants :
Je tiens avant tout à ce que Vaction sur les deux rives de la Menarandra soit constamment liée et à ce qu'il y ait identité absolue de politique et de procédés. Il importe que les indigènes sentent bien qu'il n'y a qu'une domination, une méthode, et qu'il ne leur vienne pas l'idée que nous épousons leurs querelles de clocher et quils peuvent se couvrir d'un chef de secteur en passant chez l'autre, tout en constatant néanmoins que nous défendons leurs intérêts. C'est une question de doigté et de mesure.
En ce qui concerne la manière d'envisager le rôle des postes vis-à-vis de ces populations encore si éloignées de nous et si méfiantes à notre égard, je l'ai tracé ainsi dans mes instructions :
Ne pas perdre de vue que la sanction la plus certaine de la pacification définitive, c'est la reprise de confiance des indigènes à notre égard et à l'égard de nos traitants, la reprise du commerce, de l'exportation du caoutchouc, la pénétration de nos produits, le bon accord de nos tirailleurs avec la population ; en arriver en un mot à ce que nos postes deviennent des centres d'attraction et non des pôles de répulsion. C'est ce qui s'est produit dans la zone forestière et dans l'Est du cercle de Fort-Dauphin, où les populations, à mesure de leur soumission, viennent s'agglomérer autour de nos postes qui se transforment ainsi rapidement en marchés.
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