ACTION CHEZ LES MAHAFALY ET DISLOCATION DU GROUPE D'EMAHAZO
(AOXTT 1901 A FÉVRIER 1902.)
Le capitaine Duhalde, chargé du secteur Maliafaly, se conformait entièrement à l'esprit de ces instructions. A dater du mois d'août son activité s'exerça sans interruption avec une méthode rigoureuse et aboutit à livrer en mars 1902, au moment de son départ, une situation à peu près nette dans le pays confié à son commandement.
Il choisit pour emplacement du siège du secteur Ampanihy, à trois quarts d'heure de la résidence de Tsiampondy; ce poste fut installé le 27 septembre avec 60 fusils. Tsiampondy prit l'habitude d'y venir régulièrement, d'en recevoir la direction, et son attitude commença à se modifier. Il mit sans aucune difficulté à notre disposition les moyens nécessaires à la construction du poste d'Ampanihy et à l'établissement d'une route charretière reliant ce poste à Ampalaza et permettant de le ravitailler pan la mer.
En même temps, la sécurité de la zone indécise entre les deux cercles de Tulear et de Fort-Dauphin sur la haute Menarandra et la confiance en notre protection des populations pacifiques se trouvaient affermies par deux opérations exécutées par le capitaine Chapuis, commandant le district d'Ejeda :
L'une, à la fin de juillet, avec le concours du capitaine Vacher, venant du cercle de Fort-Dauphin, atteignait les Antesambaka qui venaient d'attaquer et de piller les Mahafaly, et leur reprenait 1.100 têtes de bœufs dans un engagement qui coûtait 16 hommes à nos adversaires;
L'autre, dirigée contre les Antemamintsy qui venaient de piller aux abords de l'Onilahy et d'assassiner le courrier entre Bekily et Ejeda, les atteignait le 19 septembre, leur tuait leur
chef Emara et leur reprenait 250 bœufs volés. Les communications entre Bekily et Ejeda étaient dégagées et aucune agression ne s'est plus produite de ce côté depuis lors.
D'autre part, le lieutenant Gontet entamait par la côte l'action contre Emahazo.
Il commençait par l'isoler entièrement de la côte en se débarrassant de son complice Masindabo, chef du groupement d'Antsahara (1), qui était tué le 8 septembre dans un engagement et sa bande mise en fuite en nous abandonnant une centaine de bœufs volés.
Le 22 octobre, c'était le tour de Vaovelo, chef d'Antananehanto, qui venait rendre 30 fusils au poste d'Itampolo.
En novembre, la tribu des Antevelo jusque-là inféodée à Emahazo se soumettait à Androka en livrant Esadriaka, propre frère d'Emahazo.
Dès lors, commençait contre Emahazo lui-même une chasse pied à pied.
Le 9 décembre, il était délogé d'un de ses repaires à la suite d'un engagement qui lui coûtait 6 tués. Le lieutenant Contet, ne perdant plus sa trace, le délogeait à nouveau à la fin du mois.
En janvier 1902, Emahazo, traqué sans relâche, commençait des pourparlers qui aboutissaient le 6 février à sa soumission. Le capitaine Duhalde en rendait compte de la façon suivante, qui fait ressortir de quelles difficultés et de quelles complications sont entourées les prises de contact personnel avec ces insoumis :
J'avais établi mon bivouac à Bezava, le 3 février.
Le 5 février au soir, les émissaires envoyés auprès d'Emahazo revenaient m'apportant comme gage de la véracité de leurs paroles la sagaie de ce dernier avec des promesses de soumission, mais, sous prétexte que la Linta était grosse, Emahazo disait nje pouvoir venir me trouver. Je renvoyai immédiatement les émissaires avec mission de dire à Emahazo que je l'attendais jusqu'au lendemain soir, 6 février, et que, s'il n'était pas vienu à cette date, je quitterais Bezava le lendemain matin et que les hostilités commenceraient de suite.
Enfin, le 6 à 6 heures du soir, Repitetsy et Masindalesy arrivèrent m'annonçant qu'Emahazo était avec une partie de ses partisans à quelque distance dans la brousse, mais qu'il avait
(1) Voir le croquis (f) à la gauche du volume.
PÉRIODE d'exécution 189
peur de se présenter au bivouac, que les Sénégalais l'effrayaient et qu'il me demandait de me rendre seul avec M. Speyer audevant de lui. Je lui fis répondre que j'irais au-devant de lui avec M. Speyer et sans armes, que je ferais la moitié du trajet, qu'il devait faire le reste. Comme il avait été convenu, je m© rendis avec M. Speyer, sans armes, à la distance indiquée. Emahazo sortit alors d'un fourré avec douze de ses partisans. Il vint nous trouver : je lui dis qu'il avait ma parole, que sa vie serait respectée, que nous venions sans armes au-devant de lui qui était armé, qu'il devait nous témoigner autant de confiance que nous en montrions, et qu'il ne devait pas craindre de se rendre à mon bivouac. Comme il était déjà tard, je remis au lendemain de traiter des conditions qui lui seraient faites.
Emahazo était venu avec son oncle Kélimasy, sa femme, un de ses fils et onze de ses partisans.'
Dans un long kabary fait le 7 février au matin, il fut convenu :
V Qu'Emabazo remettrait au poste d'Androka les fusils qui lui restaient ;
2° Que le reste de ses partisans se rendrait à Androka avec Kélimasy pour y faire leur soumission ;
8° Qu'il s'installerait au village de Sardona à trois heures à l'Est d'Androka ;
4° Qu'il irait une fois par semaine se présenter au poste d'Androka ;
5° Que le troupeau qui lui avait été enlevé par les Antémilabè resterait acquis à ces derniers, mais que, ne voulant le laisser dépourvu de tout, le capitaine commandant le secteur lui donnerait 60 têtes de bétail qui étaient la propriété de l'Etat et ne provenaient pas de vols ;
6° Que toutes les anciennes affaires seraient considérées comme terminées et ne seraient reprises d'aucun côté ;
7° Que comme preuve de soumission, il accompagnerait le capitaine au chef-lieu du secteur à Ampanihy.
Emahazo est venu à Ampanihy où il est encore en ce moment. Il se montre très confiant et s'est proposé pour diriger nos reconnaissances partout où besoin serait.
Au commencement de février 1902, grâce à l'impulsion vigoureuse et méthodique donnée par le capitaine Duhalde dans le secteur Mahafaly, tout groupement rebelle constitué y avait donc disparu. Remplacé à cette date dans son commandement, pour cause de fin de séjour, par le capitaine Bourgeron, il a été dit au chapitre précédent comment cet officier, accompagné de Tsiampondy, avait procédé en avril à la liaison effective avec
le cercle de Fort-Dauphin, tout le long de la vallée de la Menarandra jusqu'à la mer.
Néanmoins, si les groupements constitués ont été disloqués, il reste dans le pays Mahafaly trop d'éléments réfractaires, la soumission des chefs y est encore trop récente et par conséquent trop précaire, pour qu'il ne faille pas s'attendre pendant quelque temps encore à y voir renaître des foyers d'incendie partiels et s'y produire des incidents.