ACTION CONTRE REFOTAKA ET SA SOUMISSION
FÉVRIER A Mai 1902.
Par contre, au Nord de la limite du secteur Mahafaly, les questions restées en suspens n'étaient pas résolues, au contraire. Bien que le chef Refotaka m'eût été signalé k mon passage, au mois de juillet, comme devant être amené à se soumettre à bref délai, aucun résultat n'avait encore été atteint.
Dès le 15 novembre 1901, à la suite de rapports me rendant compte de diverses reconnaissances, j'avais écrit au commandant du cercle :
Cest le principe même des reconnaissances sur lequel j'appelle voire attention. Vous savez combien les reconnaissances (( linéaires », c'est-à-dire dirigées dans une seule direction, sans combinaison avec d'autres actions, sont contraires à la méthode que fai toujours préconisée en matières d'opérations militaires coloniales et dont l'on s'est toujours bien trouvé dans la pratique. Or, il faut absolument en finir avec ces chefs rebelles. Sans être importants pour le moment, ces groupements ont l'inconvénient^de pouvoir former à un moment donné le noyau d'un groupement plus sérieux de mécontents.
Pour en finir avec Emahazo comme avec Refotaka, il n'y a qu'un moyen, c'est de charger de chacun d'eux exclusivement
PÉRIODE d'exécution 191
les commandants de secteur respomables en leur demandant une action continu et vigoureuse, usant simultanément de tous les moyens, politique, reconnaissances combinées, concours des chefs acquis à noire cause, promesses de récompenses, etc. H faut que les chefs rebelles se sentent traqués sans repos ni trêve de manière que, ou bien ils tombent entre nos mains, ou bien se sentent acculés à nous demander merci. H ne suffit pas qu'à des intervalles espacés on dirige contre eux une reconnaissance en l'air qui sera toujours sans résultat.
On a vu plus haut que l'application de cette méthode avait rapidement réussi avec Emahazo dans le secteur Mahafaly.
Il résultait des renseignements trouvés à mon retour de Fort-Dauphin, en février 1902, que non seulement Refotaka tenait toujours la campagne, mais que son influence s'était même accrue.
Le lieutenant-colonel Lavoisot, commandant le cercle, m'écrivait le 15 janvier 1902 :
La question Kefotaia qui s'agite autour de Betioky est difficile à résoudre.
Il est à peu près seul, se déplaçant toujours la nuit, n'ayant plus aucun établissement fixe : c'est une unité qui erre dans un pays difficile et étendu.
Personne ne veut nous servir d'intermédiaire vis-à-vis de lui, ni nous renseigner sur son compte; otïres d'argent, menaces, rien n'y fait. Il est à la fois craint et vénéré. Les Mahafaly le subissent, sont ses victimes sans se plaindre, personne ne le vendra.
Dans ces conditions, il est fort difficile de s'emparer de lui. L'adjudant Fresnel, commandant le poste de Betioky, a essayé d'obtenir des renseignements des Mahafaly, qui n'ont jamais voulu parler. Un instituteur de la mission norvégienne a fourni quelques renseignements sur les habitudes de llefotaka. C'est d'après ces renseignements que l'adjudant Fresnel est allé tendre une embuscade à un point d'eau oii il a en eft'et pris un troupeau de bœufs qui venait d'être volé par Refotaka aux Tanosy; mais ce point d'eau est dans une région si difficile à parcourir, couverte qu'elle est d'une brousse épineuse impénétrable, que llefotaka a pu échapper à la poursuite.
Refotaka répand d'ailleurs la terreur dans la région et ferme la bouche aux gens qui pourraient nous renseigner. Un homme d'un village situé à 15 kilomètres de Betioky avait guidé l'adjudant sur 09 point dVau ; deux jours après, cet hom^io et sor. fils étaient assassinés.
j92 DANS LE SUD DE MADAGASCAR
Nous ne viendrons jamais à bout de E^fotaka que par les embuscades et les postes volants.
J'en charge les lieutenants Caries et Magnien.
Le lieutenant Caries vient du reste de prendre à l'Est, cliez reux puisqu'il a des relations étroites et cachées avec les chefs les Bara-Vinda, le frère, le beau-frère de Refotaka et 250 bœufs lui appartenant. Ce fait prouve qu'il peut devenir dange- Bara.
A ces renseignements s'ajoutait, le 20 février, la nouvelle que deux chefs Bara-Vinda de la région de Benenitsa avaient pris parti pour Refotaka et que le chef Mahafaly Tsibasy, des environs d'Ejeda, était fortement suspecté de lui prêter son appui.
Ces renseignements démontraient clairement l'attraction continue exercée par les noyaux rebelles, si peu importants qu'on les juge au début, et sur l'urgence d'en finir avec eux radicalement.
Je décidai donc, le l®' mars 1902, d'appliquer la méthode qui avait jusque-là réussi dans l'Est, c'est-à-dire d'assurer l'unité de direction en constituant une circonscription englobant toute les zones de parcours de Refotaka et celles où il avait des attaches à un titre quelconque. Le commandement en fut donné au capitaine d'artillerie coloniale Charbonnel, qui avait participé à l'exécution de toute la pénétration dans la zone forestière et dans le Sud. Il fut entendu avec le lieutenant-colonel Lavoisot que le lieutenant Caries à Tongobory, le lieutenant Magnien à Sakamaré, le lieutenant Simonin à Benenitsa, le lieutenant Laroque à Ejeda, l'adjudant Fresnel à Betioky étaient mis sous ses ordres, à la tête de cinq districts entre lesquels se divisaient l'action et la responsabilité.
Il était temps d'en finir avec cette question persistante et irritante, car d'autres symptônes inquiétants se manifestaient au Nord de l'Onilahy, région que nous avions lieu de croire absolument acquise.
Incident LoMabo. — Au commencement d'avril le chef Lahiabo, des Masikoro du Nord (1), avait été convaincu de com-
(1) Voir le croquis (f) à la gauche du volume.
PÉRIODE d'exÉCUTIOX 193
plicité avec des chefs du territoire Sakalave voisin où des incidents sérieux venaient de se produire. De même race qu'eux, il avait participé à un complot ayant pour but d'attaquer simultanément nos postes. Arrêté par le lieutenant Voirin, commandant le secteur d'Ambohibé, il avait été déporté quelques jours après à l'île de Sainte-Marie. Le mouvement avait été ainsi prévenu : il en était d'ailleurs résulté l'avantage de placer tous les Masikoro sous le commandement du chef unique Rebiby, conformément au programme précédemment exposé.
Incident Inapaka. — Tous les commandants des secteurs Bara, d'Ankozoabo, d'Ihosy, d'ivohibé avaient été immédiatement priés de faire une sérieuse enquête sur la répercussion que ces incidents pouvaient avoir eue sur leurs chefs indigènes. On avait ainsi acquis la certitude qu'une certaine agitation existait chez les Bara, résultant de trois faits :
r Les incidents survenus en territoire Sakalave;
2° Le désarmement général que j'avais prescrit le 1" janvier comme on le verra plus loin. Il s'était effectué à peu près intégralement dans l'Est et le Centre, mais dans l'Ouest plusieurs chefs s'étaient demandé s'il n'y avait pas là une dernière occasion de soulèvement à saisir avant de rendre leurs dernières armes;
3° L'annonce de la dislocation prochaine du commandement supérieur du Sud et du transport à Tamatave d'une partie de la garnison de Fianarantsoa avait été interprétée et colportée dans le pays comme l'indice d'une prochaine évacuation de l'Ile par nos troupes.
Il était prouvé qu'une réunion de chefs secondaires Bara avait eu lieu sur le haut plateau désert de l'Horombé au Sud- Ouest d'Ihosy et que la question d'un mouvement y avait été agitée, mais écartée à la majorité comme ne devant avoir aucune chance de succès; que ni Impoinimerina, chef des Bara- Imamono, ni Isambo, chef des Bara d'ivohibé, ne semblaient avoir prêté l'oreille à ces suggestions; mais, par contre, Inapaka, toujours signalé comme disposé à échapper à la main, aurait eu des pourparlers suspects avec Mahavory, chef des Bara-Vinda, et peut-être par intermédiaire avec Refotaka, et aurait songé à se préparer dans le massif de l'Isalo, au Nord- Madagascar. 13
Est de Benenitsa, un repaire où il aurait déjà envoyé quelques hommes et quelques bœufs.
Le capitaine Dudouis, commandant le secteur d'Ihosy, très au courant du pays des Bara, prenait vivement l'affaire en main. Inapaka, se sentant brûlé, demandait le 25 avril à venir me parler à Fianarantsoa. Je refusai, ne voulant pas lui donner par cette démarche une importance qu'il avait toujours cherché à grandir. Ce fut le capitaine Dudouis qui alla s'installer chez lui et le força à procéder au désarmement final de sa tribu. De son côté Mahavory, cheif des Bara-Vinda, pour donner une preuve de sa fidélité, ramenait le 22 avril à Benenitsa les chefs Bara qui avaient fait cause commune avec Refotaka.
Soumission de Refotaka. — Ces incidents confirmaient l'opportunité qu'il y avait d'en finir par une action décisive contre Refotaka.
Le capitaine Charbonnel avait pris son commandement le 15 mars et avait mis immédiatement en jeu l'action combinée de ses cinq districts en constituant dans chacun d'eux des groupes mobiles de vingt fusils avec deux gradés européens. Ces groupes devaient opérer sous une direction d'ensemble suivant la méthode qui avait été appliquée dans l'Est.
La liaison établie avec le secteur voisin de Tsivory, dans le cercle de Fort-Dauphin et avec le secteur Mahafaly, assurant la coopération du poste de Bekily et celle du chef Tsiampondy.
Refotaka avait deux campements : Matindrambo et Anakindria. Trois groupes de population soi-disant soumis le couvraient, le renseignaient, gardaient ses troupeaux et lui portaient des vivres. Les centres de ces groupes étaient :
1° Andoarano-Kelimasy;
2° lamboro;
3° Bevovoka-Beheloka.
Les deux points de Kelimasy et lamboro étaient occupés !e 3 et le 8 avril et donnaient une base d'action.
Le campement de Matindrambo est signalé le premier.
Le 22 avril, les groupes des lieutenants Magnien, Larroque et les partisans enlèvent Matindrambo; Refotaka ne tient pas et se dérobe vers le Nord.
A ce moment le lieutenant Magnien apprend l'existence du
rÉEioDE d'exécutioit
campement d'Anakindria et trouve des gens pour l'y conduire. Il remonte à lambora, force la marche et, le 23 au soir, avec
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postes et des (Troupes mobiles.
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m d* Betioky
IV d* Benenitsa
V d' Ejeda
Action contpe Refotaka.
les partisans et le groupe de l'adjudant Fresnel qui venait d'arriver, il enlève Anakindria.
Le 25, quatre chefs de la région de Beheloka viennent offrir
à Refotaka de le cacher au Nord du lac. 11 refuse et leur confie seulement ses femmes et ses bœufs. Lui continue à fuir en dehors de tout sentier vers le Sud-Sud-Ouest. L'adjudant Fresnel l'atteint le 30 avril, le 1" mai et le 3 mai. Ce dernier jour il se heurte au groupe Fresnel et au groupe Larroque, qui lui barre le sentier du Sud qu'il vient enfin d'atteindre.
Cette fois Refotaka, se voyant sur ses fins, se décide à envoyer un des émissaires de Tsiampondy dire à ce dernier de venir avec M. Speyer afin de s'entremettre pour sa soumission. Luimême se rend au Nord du lac de Tsimanampetsosy, chez les chefs de la côte.
Pendant deux jours tout mouvement est arrêté pour permettre à Tsiampondy de passer.
Mais, le 12 mai, Refotaka, changeant d'avis, refusait de recevoir les envoyés de Tsiampondy. Le mouvement était repris par quatre groupes qui, le 13 à midi, étaient aux points marqués sur le croquis ci-dessous investissant Bevovoka, asile de Refotaka.
, Beheloka
Maroccrtvo
A. Groupe Fresnel
B. d' Bertrand