ORGANISATION ADMINISTRATIVE
Division du Sud eu quatre grandes provinces.
Le Sud, au moment de la création du Commandement supérieur, comprenait cinq provinces. La suppression des circonscriptions intérieures et toutes militaires du cercle des Bara
d'abord le 1" mai 1901, puis du cercle d'Ifandana le 31 décembre 1901, conséquence de la pacification, en a réduit le nombre à quatre.
Le Sud de Madagascar se trouve donc divisé en quatre grandes circonscriptions (1) :
Au NoUD, sur le plateau central, la province de Fianarantsao, peuplée en grande majorité de Belsiléo, mêlés au Sud et à l'Ouest d'éléments Bara, mais débordant à l'Est dans la région côtière en englobant une partie purement Tanala, celle d'Ikongo. C'est une circonscription où l'unité politique, administrative et fiscale est dès maintenant établie, sauf dans la région Tanala.
Au Centre, les deux provinces côlières de Farafangana et de Tulear, adossées l'une à l'autre et délimitées par la ligne de partage des eaux. Elles étaient précédemment séparées par une circonscription répondant aux nécessités du moment, le cercle des Bara. Sa suppression, en rattachant les populations intérieures à chacune des deux circonscriptions côtières avec lesquelles elles se trouvaient en relations naturelles, géographiquement et économiquement, force ces populations à rentrer dans la circulation et facilite leur attraction vers la région côtière, conformément à la politique générale suivie dans l'île.
Les populations de ces deux provinces sont très hétérogènes.
La province de Farafangana se divise en deux zones très nettes :
La zone côtière peuplée d'Antaimoronas, d'Antaisakas et d'Antaifasys, pacifiques, laborieux et déjà socialement avancés ;
Un hinterland, correspondant à l'ancien cercle d'Ifandana, peuplé de Bara, de Tanala, primitifs, sauvages, indépendants et devant être maintenus pendant longtemps encore sous un régime de commandement. C'est ce qu'a nettement déterminé
(1) Voir la carte n° 4, à la gauche du volume.
d'ailleurs l'arrêté du 31 décembre 1901 dans ses considérants et dans ses articles (1).
La province de Tulear se divise elle-même en deux zones bien distinctes, l'une Nord, l'autre Sud, séparées d'une manière générale par la crête Sud de la vallée de l'Onilahy, cette vallée se rattachant tout entière à la zone Nord :
La zone du Nord, peuplée de Tanosy, de Bara, de Vezo, de Masikoro, tous à peu près soumis à notre domination ;
La zone du Sud, peuplée de Mahafaly, dont la pénétration est en train de s'effectuer.
La première toute prête pour l'administration civile, la seconde à maintenir sous un régime de commandement.
On peut adopter dans le cercle de Tuléar l'une ou l'autre des deux combinaisons suivantes : soit le diviser en deux circonscriptions entièrement séparées, une province civile au Nord, un cercle militaire au Sud; soit le maintenir tout entier encore sous l'autorité unique du commandant du cercle, sous les ordres duquel peut s'organiser l'administration civile com-
(1) Le général oommandant en. ohef du corps d'occupation et gouverneur général de Madagascar et dépendances;
Vu les décrets des 11 décembre 1895 et 30 juillet 1897 ;
Considérant qu'à la suite de la pénétration et de l'occupation de la zone forestière, tout état insurrectionnel y ayant disparu, le cercle militaire d'Ifandana peut être supprimé ;
Considérant les avantages économiques et politiques qui résulteront du rattachement de cette zone à la province de Farafangana ;
Considérant toutefois que cette région forestière doit être encore ocfoupée par des troupes pendant un certain temps, pour empêcher tout noyau insurrectionnel de s'y reformer ;
Sur la proposition de M. le colonel commandant supérieur du Sud,
Arrête ;
Article l®"". — I^ cercle-annexe d'Ifandana est supprimé à la date du l*' janvier, et les territoires qui le constituent sont rattachés à la province de Farafangana.
Les territoires qui le constituaient formeront deux districts :
1° Au sud de la Mananara, le district de Midongy, comprenant le secteur actuel de Midongy ;
2» Au nord de la Mananara, le district d'Ivohibé, comprenant les secteurs actuels d'Ivohibé et d'Ifandana.
Article 2. — Les deux districts d'Ivohibé et de Midongy, comprenant la zone forestière récemment pacifiée, resteront commandés par un. officier.
plèle de la région Nord, la région Sud restant constituée militairement.
Provisoirement cette dernière solution paraît s'imposer, — la partie du cercle de Tuléar, prête pour l'administration civile, s'intercale, en effet, comme un coin, entre le territoire Sakalave et le pays Maliafaly; elle est donc exposée à recevoir la répercussion des incidents encore à prévoir dans ces deux réglons si récemment soumises, et il vaut encore mieux y maintenir quelque temps encore un commandement militaire disposant de tous les moyens d'action et pouvant parer aux imprévus sans avoir à recourir à personne, que de risquer un recul dans la situation (1).
Au Sud, le cercle de Fort-Dauphin, cercle côtier, formant une unité géographique et économique, limité au Nord par la ceinture montagneuse des petits bassins qui se déversent vers le sud, de Manantenina au cap Sainte-Marie.
La plus vaste partie de cette circonscription comprend les Antandroy, qui en fonnent la population la plus nombreuse, tout récemment soumise et dont la pénétration s'achève. Le groupe Tanosy, à peu près soumis, sans être complètement en mains, n'y occupe que la zone restreinte côtière de l'Est. Cette circonscription, avec Fort-Dauphin comme chef-lieu, est à maintenir longtemps encore en territoire de commandement : les motifs en ont été précédemment développés (2).
Organisation intérieure de chaque pro%'ince (3).
Telle étant l'assiette à peu près définitive des quatre provinces qui forment le Sud de l'île il reste à présenter rapidement l'organisation intérieure de chacune d'elles, la façon dont leurs subdivisions se répartissent pour le moment entre
(1) Ce commandement militaire, maintenu pendant huit mois encore à la suite de ces propositions, a pu être supprimé le 4 décembre 1902; la
Çartie Nord du cercle de Tulear a été constituée en province civile, avec ulear comme chef-lieu ; la partie Sud, c'est-à-dire le pays des Mahafaly, en a été détachée pour former uu cercle militaire, avec Andrcdia comme cheflieu.
(2) 2* partie, chapitre II, pages 154 et suivantes.
(3) Carte n° 5, à la gauche du volume.
les administrateurs civils et militaires et les régions qu'il convient encore de particulièrement surveiller (l).
PROVINCE DE FIANARANTSOA.
La province de Fianarantsoa est divisée en sept districts (2) :
Ambohimahasoa. . . ] ,, , .
Fianarantsoa i ^exclusivement Betsiléos,
Ambalavao ^ au Centre.
Ifanadiana )
Ikongo Tanalas à l'Est.
District de l'Ouest ou de la J Betsiléos avec de nombreux
Mananantanana j éléments Baras,
Ihosy à l'Ouest.
Les trois premiers comprennent la presque totalité de la population Betsiléo groupée autour des trois grands centres d'Ambohimahasoa, de Fianarantsoa et d'Ambalavao, région presque aussi avancée que l'Irnérina comme état social et comme administration et beaucoup plus développée au point de vue agricole.
Ces trois districts sont dotés d'une administration complète et commandés par des fonctionnaires civils.
Le district dlfanadiaua est commandé par un agent civil.
Le district Tanala d'Ikongo est commandé par un oflTicier disposant d'un détachement de tirailleurs. Ce pays, où un noyau insurrectionnel avait persisté jusqu'à ces derniers temps, n'est soumis que depuis décembre 1901 et demande à être encore fortement tenu en main.
District de VOuest ou de la Mananantanana. — District nou-
(1) Carte n° 5 à la gauche du volume.
(2) Le cercle et la province sont des circonscriptions de même ordre, de même que le secteur et le district, subdivisions du cercle eb de la province ; seulement, ces dénominations ont été choisies pour distinguer les circonscriptions administrées par des fonctionnaires civils (provinces et districts), et par des officiers (cercles et secteurs).
vellement constitué à l'Ouest du Betsiléo pour prendre en main une vaste région qui formait jusque-là une marche inoccupée entre le Betsiléo et le territoire Sakalave. Ce territoire servait d'asile à des bandes de voleurs de bœufs et aux groupes de population qui voulaient échapper à l'impôt, et la liaison effective avec le territoire Sakalave n'existait pas.
Le district est divisé en trois sous-gouvernements indigènes et a son chef-lieu à Solila.
Les résultats de cette organisation récente sont intéressants. Les vols de bœufs semblent avoir cessé; plus de quatre cents familles, provenant du Betsiléo central, sont venues se fixer dans la circonscription de Solila.
Un arrêté du 7 mars 1902, qui a réduit de 20 à 10 francs le taux de la taxe personnelle pour ce district, et un arrêté du 28 février 1902, qui a concédé des avantages aux villages de peuplement, favorisent ce mouvement d'émigration, tout à fait conforme aux vues du Gouverneur général sur l'impulsion à donner aux populations du plateau central vers les côtes et les régions intermédiaires.
Les postes de milices-frontières sont en contact avec les postes limitrophes du territoire Sakalave avec qui la liaison est ainsi établie.
Le district d'îhosy, récemment rattaché à la province de Fianarantsoa, est peuplé de Bara, mais avec une immigration croissante de Betsiléo qui peuplent presque entièrement l'agglomération d'îhosy et se répandent dans les environs.
L'administration civile du Betsiléo peut être appliquée pror chainement à ces deux derniers districts.
Dans le district d'Ikongo, au contraire, il est essentiel de maintenir pendant quelque temps la section de tirailleurs et de laisser cette circonscription sous le commandement d'un officier.
PROVINCE DE FARAFANGANA
La province de Fara-fangana, y compris l'ancien cercle d'Ifandana, est divisée en huit districts :
Vohipeno n
. , ^ > Districts côtiers.
Ankarana...... , (
Vangaindrano j
Kariaiiga..... .; \
T , .. , l Districts intérieurs.
Ivohibe. j
Midongy ;
dont quatre (Vohipeno, Farafangana, Ankarana, Karianga) sont dirigés par des fonctionnaires et quatre (Vangaindrano, Vondrozo, Ivohibé, Midongy) par des officiers.
Ces trois derniers districts, qui comprennent la région forestière la plus récemment soumise et qui a opposé pendant quatre ans une sérieuse résistance à notre pénétration, exigent la surveillance la plus étroite et doivent continuer à être comcommandés et occupés militairement.
Le district de Vangaindrano peut avantageusement être commandé, quelque temps encore, par un officier, parce que, confinant aux Andrabé si récemment soumis, il peut y avoir à parer à des imprévus et à coopérer avec Midongy.
D'une manière générale, on peut dire que la province est pacifiée. Les faits suivants sont significatifs à cet égard:
L'administrateur Bénévent, dans ses dernières tournées, et moi dans les miennes, avons traversé sans escorte la forêt sur des points différents.
Le retentissement de cette pacification a eu assez de portée pour que des indigènes émigrés à Tamatave pendant l'insurrection de 1896 soient rentrés à leurs villages, dans la région de Midongy, munis de papiers en règle. "
Les incendies de forêts, qui offraient tant de gravité et de péril, sont complètement arrêtés. Leur cessation a été une des conditions les plus rigoureusement imposées aux habitants et, dans ma dernière tournée, j'ai vu de larges zones de forêt se reconstituant sur les lisières. Ce résultat ne s'obtient qu'en forçant la population à quitter la forêt et à refaire ses installations dans les vallées. Ce n'est pas sans peine, parce que les indigènes ont dans la forêt l'attirance de l'abri et celle du riz de montagne qui leur coûte moins de peine à cultiver que
le riz de plaine. Néanmoins, en étant impitoyable à cet égard, on arrive petit à petit à vider complètement la forêt.
Le mouvement commercial de la côte vers l'intérieur, qui était nul il y a un an, à cause de l'insécurité de la traversée de la forêt, a pris une extension soudaine. J'y reviendrai dans un chapitre suivant (1).
Les prospecteurs d'or, qui n'osaient pas s'aventurer dans cette zone, s'y sont répandus en grand nombre depuis quelques mois.
Néanmoins, si la province de Farafangana ne doit plus comporter d'opérations militaires proprement dites, il y subsiste encore nombre de tribus turbulentes qu'il faut tenir de très près et contre lesquelles des opérations de police locale seront probablement nécessaires. Ce sont :
Dans le district d'Ivohibé : 1° les Masitoko, qu'on a beaucoup de peine à sortir de la forêt, qui y ont toujours quelques fusils cachés et qui se sont livrés encore récemment à des attentats contre des individus isolés; 2° les Hovalahy-ny-Iantara, gens insupportables, entre Ivohibé et Sakalalina, qu'il faut constamment remettre à la raison ;
Dans le district de Vondrozo : 1° les Antsoro et les Ivatobé, qui nous sont restés fidèles pendant l'insurrection, mais qui s'en estiment un peu trop, le prennent de haut, ont des fusils cachés et nous occasionneraient de sérieuses difficultés s'ils venaient à se révolter; 2° les Vohilakatra, obéissants pour le moment, mais peu sûrs; 3° les Zafinivolo et leur chef Ramahavalo, également très peu sûrs, qui ont certainement beaucoup d'armes cachées, car ils n'en ont remis que très peu. C'est pour maintenir de très près ces quatre tribus, importantes par leur population et leur vigueur et formant le groupement le plus suspect, qu'a été créé le district de Vondrozo.
Dans le district de Midongy : 1° les Andrabé du Haut-Ito»manpy, qui ont présenté une certaine résistance au désarmement, lequel n'a pu s'obtenir qu'en s'assurant à Midougy de leur chef Uaby; 2° les Bara du Haut-Ionaivo, dit Zafindravalo, que favorise la nature difficile des hauts massifs qu'ils habi-
(1) Situation commerciale, page 300.
tenl et qui se sont, eux aussi, prêtés difficilement au désarmement.