SITUATION AGRICOLE
Il ne s'agit pas ici d'entrer dans une étude détaillée. Elle a sa place dans les nombreuses publications spéciales qui traitent de la maitière; le Rapport d'ensemble du général Galliéni de 1899, la Bévue de Madagascar, le Journal ofl'iciel de la colonie offrent déjà tous les renseignements acquis jusqu'à ce jour.
Il s'agit simplement de donner du Sud de Madagascar au point de vue agricole une impression d'ensemble résultant de mes nombreuses tournées et des données les plus récentes.
D'une manière générale, il paraît maintenant bien établi que le plateau. central ne se prête, sauf de rares exceptions, qu'aux cultures indigènes et que les entreprises agricoles européennes doivent en être détournées et se limiter aux provinces côtières qui comportent seules des cultures rémunératrices.
Le document le plus important relatif à la valeur agricole des terres de Madagascar est l'étude publiée par MM. Muntz et Rousseaux (1), à la suite de l'analyse faite par eux au laboratoire de l'Institut national agronomique des échantillons de terre prélevés dans les diverses régions de l'île.
Ce remarquable document a clairement fait ressortir que dans son ensemble le sol de Madagascar est d'une richesse médiocre faute d'éléments constitutifs essentiels, mais que toutefois son infériorité naturelle peut être modifiée favorablement par des conditions climatériques spéciales aux pays tropicaux.
Cette remarque s'applique d'ailleurs spécialement aux régions côtières oii le sol, déjà sensiblement meilleur que sur le plateau central, bénéficie encore de la combinaison des pluies et des chaleurs tropicales.
(1) Imprimerie nationale, 1901.
MM. Muntz et Rousseaux insistent du reste sur la nécessité de ne pas étendre d'une manière rigoureuse à des régions 011 les conditions climatériques sont si différentes, des données établies pour les terres de France situées sous un climat tempéré et soumises à un régime des eaux régulier.
Repiquage du Piz pi<ès de Betpoka.
Il faut également remarquer — et il importe d'appeler toute l'attention sur ce point — que les échantillons de terre sur lesquels a porté leur analyse n'ont pas été prélevés dans l'île d'une manière uniforme; le fait s'explique tout naturellement par l'époque où ces envois ont été faits (1898), alors que beaucoup de régions n'étaient pas encore pénétrées ou étaient encore en insurrection. Il suffît, du reste, de jeter les yeux sur la carte qui accompagne l'étude de MM. Muntz et Rousseaux et sur laquelle figurent les points de prise des échantillons analysés pour constater leur accumulation sur certains points, en Emyrne, par exemple, région dès lors la plus pacifiée et la
DANS LE SrD DE MADAGASCAR
plus régwlièrement acîromisfrée, msis aussi ccWe doni le sol
est de beaucoup le plus pauvre. Par contre, ne figurent pas d'échantillons provenant des vallées de l'Itomanpy, de l'Iantara, ni de la zone de la province de Farafangana intermédiaire entre la côte et la falaise forestière, c'est-à-dire des régions du Sud qui paraissent les plus fertiles et où, sur certains points, la nature du sol semble même différer notablement du resde de l'Ile.
Aussi était-il très utile qu'il y eût un complément d'analyse. Il a été prescrit par une circulaire du gouverneur général du 8 janvier 1902. En la transmettant à mes commandants de provinces et de cercles, j'ai cru devoir appeler toute leur attention sur l'observation que je viens de signaler en les priant d'apporter le plus grand soin à la formation de la nouvelle collection. Cette fois, du moins, grâce à l'occupation intégrale du Sud sur lequel on n'avait précédemment que des données très insufTisantes, l'analyse des échantillons pourra donner des résultats à peu près complets.
Il n'est pas impossible que, sans modifier l'appréciation d'ensemble de la valeur agricole de l'Ile, on soit amené à des appréciations très différentes sur certaines régions.
Au point de vue agricole, on peut diviser le Sud en quatre zones :
1° La zone du plateau central; 2° Les régions côtières; 3** La zone forestière; 4° La région des cactus.
IMateau central.
La partie principale en est le Betsiléo. Dès le début de mon commandement, dans mes premiers rapports (novembre 1900), j'avais signalé la nécessité d'en détourner les colons agricoles européens. Le gouverneur général a donné, dès ce moment, une certaine publicité à ces conclusions et les a complètement adop-
tées ainsi qu'il résulte de tous les documents parus depuis. Malgré tout, les concessionnaires qui s'y sont établis, liés par les dépenses qu'ils y ont faites, persistent à y rester et y végètent, et quelques nouvelles demandes de concessions continuent à se produire. La raison qui les motive est toujours la même : recherche d'un habitat sain. Or, il y a là une conception erronée contre laquelle on ne saurait trop réagir. Voici, en effet, en quels termes j'ai entendu en France le plus souvent poser la question par des personnes désireuses d'aller coloniser : « Je voudrais m'établir à Madagascar, pourriez-vous m'indiquer une région saine et fertile ? » Question qui provoquait toujours la même réponse : « Entendons-nous, si elle est saine elle ne sera pas fertile, si elle est fertile elle ne sera pas saine, puisque ce qui fait la richesse des pays tropicaux c'est une combinaison de chaleur et d'humidité toujours défavorable à la salubrité. »
Certaines entreprises agricoles ne persistent vraisemblablement dans le Betsiléo, malgré les échecs trop probables qui les y attendent, qu'en raison de la salubrité qu'y trouvent les familles des concessionnaires. 11 est évident que le pionnier colonial doit se placer dans des conditions d'indépendance et de rusticité qui ne le rivent pas ainsi dès l'abord à une région défavorable.
S'il s'agit de faire de la culture indigène, l'indigène y suffit et la fait à beaucoup meilleur compte que l'Européen.
Les seules cultures qui peuvent être rémunératrices pour l'Européen sont les cultures dites riches ou cultures tropicales. Or, le Betsiléo, comme tout le plateau central, n'a rien de tropical, son altitude moyenne est de 1.200 mètres. La température, qui ne s'y élève jamais au-dessus de 25°, y descend en hiver jusqu'à 0" et même au-dessous ( — 3" à Fianarantsoa en juin 1901). Du reste, les expériences faites jusqu'ici ont été trop concluantes. Depuis cinq ans des exploitations de café en grand ont été tentées, menées avec grand soin et ont échoué. Ce résultat est dû plus encore à la nature du sol qu'au climat. Toutes avaient pourtant bien débuté et donné une ou deux belles récoltes, puis subitement, au bout du même laps de temps, les arbustes ont dépéri et cessé de produire. On s'est trouvé là en présence d'un des cas signalés par MM. Muntz et Rous-
seaux : « Il peut se faire, disent-ils, qu'au début d'une mise en exploitation une terre faiblement pourvue d'éléments fer- tilisants porte une belle récolte, mais plusieurs récoltes successives l'épuiseront rapidement. C'est le cas des terres vierges nouvellement défoncées dont la fertilité ne saurait se maintenir bien longtemps si elles n'ont pas une réserve suflTisante. » On voit par là combien le caractère récent de noitre établissement à Madagascar doit nous rendre prudents dans nos conclusions, puisque les résultats obtenus à quelques années de distance peuvent être diamétralement opposés. Il faut des années et une série d'expérimentations successives pour arriver à des conclusions offrant quelque centitude.
Ce n'est pas que le café et certaines cultures rémunératrices ne puissent réussir dans le Betsiléo, mais dans des conditions toutes spéciales d'abri, de fumure, dans les fossés de villages par exemple où l'on trouve notamment d'excellent café. Mais alors ceci n'est plus que du ressort des indigènes pour la consommation locale et exclut toute idée d'entreprise européenne à large base.
Il semble qu'au point de vue agricole, en dehors des cultures indigènes, il n'y ait guère que la sériciculture qui puisse donner des résultats satisfaisants dans le Betsiléo. L'élevage du mûrier se fait presque partout à Madagascar, mais le plateau central seul est propice à l'élevage du ver. Là encore il y a probablement pour l'Européen avantage à laisser l'indigène faire luimême la mûraie et à se borner pour son compte à le diriger et à assurer l'écoulement des produits.
Il est possible aussi que la vigne donne de bons résultats. Les essais tentés jusqu'ici dans le Betsiléo ont beaucoup meilleure apparence qu'en Emyrne. Ils ne sont, eux aussi, ni assez anciens, ni assez étendus pour être concluants, mais ils sont en voie de développement assez intense et méritent d'être suivis. En tous cas, malgré le cri d'alarme qui a été poussé en France à ce sujet, ils ne constitueraient pas de longtemps un péril pour la métropole. S'ils réussissaient, il faut considérer qu'une production vinicole limitée serait une ressource inappréciable pour la consommation locale, au cas oii les circonstances! politiques extérieures suspendraient momentanément les importations de la métropole.
Par contre, le Betsiléo est une des régions les. plus propices aux cultures indigènes. A cet égard, il importe de réagir contre l'assimilation qui se fait encore fréquemment entre l'Emyrne et le Betsiléo. Le sol du Betsiléo est notablement plus fertile que celui de l'Emyrne. Il est possible que l'analyse chimique ne donne pas des résultats sensiblement différents, mais, comme le disent M3i. Muntz et Rousseaux, l'expérimentation locale prime les résultats de laboratoire. Or, si l'on vient de l'Emyrne, il est impossible de ne pas être frappé de l'aspect riant du Betsiléo. Tandis que, en Emyrne, les fonds de vallées seuls sont cultivés, les mamelons complètement dénudés, et que, pendant une grande partie de l'année, l'aspect du sol est rouge et la poussière aveuglante, les villages et surtout les valas (1) où habitent de préférence les Betsiléos sont entourés d'arbres et de jardins, les mamelons sont couverts de cultures vivrières et les parties boisées sont relativement nombreuses. Cette différence si sensible et tout à l'avantage du Betsiléo provient probablement pour une part de la qualité meilleure de la terre, mais surtout de la diversité des climats. La saison sèche absolue de l'Emyrne, où pendant des mois il ne tombe pas une goutte d'eau, n'existe pas ici. A défaut de grosses pluies, il y a à toute époque de l'année des brouillards pluvieux qui y entretiennent une humidité à peu près constante et des plus favorables à la culture.
L'indigène Betsiléo est essentiellement cultivateur. Il pratique au plus haut degré l'art de l'irrigation, grâce à laquelle il l)ousse ses rizières aussi haut que possible aux flancs des mamelons. C'est par excellence un pays de production du riz. Malheureusement, comme il a été dit plus haut, le riz manque de débouchés. On a vu combien à cet égard l'ouverture de communications avec la côte était indispensable pour amener une surproduction de culture. Celle-ci repose également sur le développement de la population qui sera amenée à s'étendre dans les régions limitrophes où il y a encore de vastes espaces incultes propices à l'établissement de rizières. Cet accroissement de la population est très vraisemblable; la proportion de la natalité est forte, l'important est de combattre la mortalité infan-
(1) Valas, groupements isolés d'habitations analogues aux fermes d'Europe.
tile et de remédier à de déplorables habitudes d'hygiène. De» grands progrès sont déjà réalisés à cet égard par l'assistance médicale et par l'œuvre remarquable du docteur Beigneux dont il sera parlé plus loin (1). Avec un accroissement de sa populaition déjà dense, le pays Betsiléo peut devenir, au point de vue économique, un centre actif de production de riz et un marché croissant d'acheteurs pour nos produits.
A l'égard du développement agricole, la ferme hippique de l'Iboaka, à vingt kilomètres de Fianarantsoa, créée au début de 1901, dont il sera reparlé plus loin à propos de l'élevage el à côté de laquelle a été établi un jardin d'essais, aura certainement une influence appréciable.
Elle doit servir :
1° D'école aux indigènes, au point de vue de l'emploi des instruments aratoires ;
2° De champ d'expériences pour la culture de certaines céréales et de plantes fourragères qui peuvent influer très favorablement sur l'état des troupeaux du pays;
3° Pour l'utilisation et l'exploitation rationnelle des prairies naturelles (fauchage, conservation des fourrages), choses inconnues des indigènes, bien que le Betsiléo soit particulièrement propre à la pratique des prairies naturelles, ainsi que le démontrent celles au milieu desquelles est installée l'Iboaka et qui sont jusqu'ici si favorables aux animaux qui s'y trouvent. Dès cette année les prairies ont été fauchées, les greniers remplis et autour de la ferme s'élèvent de grandes meules qu'on voit certainement pour la première fois sur le sol malgache et qui assureront la nourriture des animaux pendant toute l'année;
4° De ferme-école pour le croisement et l'élevage des bœufs et des moutons. L'essai commencé à cet égard avec des taureaux de France sans bosse et avec des béliers de Sologne est à poursuivre ;
5° De champ d'expériences pour les cultures spéciales : la sériciculture rationnelle et le tabac. La culture de cette dernière plante a déjà pris une certaine extension chez les indigènes et pourrait être dans l'avenir une ressource pour le pays
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si rintroduction de plants de bonne qualité se faisait sur une grande échelle. Les essais faits à la ferme de l'Ibcaka avec diverses espèces de tabac cultivés en Europe sont déjà pleins de promesses.
J'appelle ici l'attention sur la façon dont doit être envisagé le rôle des jardins d'essais. Au début de notre occupation, pendant la période de tâtonnements et aussi d'efforts si intenses et méritoires donnés dans toutes les branches d'activité, des jardins d'essais ont été ébauchés un peu partout et on y a pratiqué d'abord un peu pêle-mêle des essais de toutes les variétés de cultures possibles. On y voyait côte à côte des plantes des régions les plus tempérées de l'Europe et des régions purement équatoriales. Depuis, les idées se sont précisées et la méthode s'est créée. Ces jardins ont été limités à un très petit nombre de points choisis dans des régions nettement différentes et ont pris leur vrai caractère de champs d'expérimentation pratique. Les cultures y sont maintenant rigoureusement restreintes à celles qui ont réellement chance de convenir à la région oîi ils sont établis. Ils ont perdu tout caractère de jardins botaniques de luxe, où une culture transportée hors de son habitat naturel peut toujours être réalisée à l'état de phénomène à force de soins spéciaux, pour prendre un caractère plus modeste et autrement utile d'école pratique locale. C'est ainsi que toutes les cultures tropicales ont été rigoureusement exclues du jardin d'essais du Betsiléo, qui se borne à l'introduction et à l'expérimentation rationnelle de cultures accessibles aux indigènes et de nature à développer la prospérité régionale. C'est aux jardins d'essais côtiers, au contraire, tel que celui de Nampohana à Fort-Dauphin et tel qu'il conviendrait d'en créer un à Tulear, qu'il appartient d'expérimenter les cultures riches convenant à ces diverses régions.
Régions côliëres.
En ce qui concerne les cultures indigènes, les dernières instructions du Gouverneur général (instructions aux chefs de provinces du 25 février 1902) ont fait ressortir combien elles étaient encore au-dessous des possibilités de production du
pays. Il est incontestable que dans ces régions les populations sont loin de tirer tout le parti possible de l'étendue du sol cultivable et de sa fertilité, ne voient pas au-delà de la satisfaction de leurs besoins immédiats et sont à la merci du moindre aléa (sécheresse, sauterelles) : j'en avais du reste été frappé dès le début de mon commandement ainsi qu'il ressort du rapport que j'adressais au Gouverneur général à la suite de ma première tournée dans la province de Farafangana, le 1" novembre 1900 :
(( Les cultures sont très insuffisantes dans les vallées moyennes, malgré la richesse de la terre, et très développées dans les vallées basses. Mais elles pourraient l'être encore bien davantage. Les larges vallées alluvionnaires de la Manambara et de la Matitanana offrent les meilleures conditions naturelles, mais les tribus qui les habitent sont paresseuses, peu industrieuses et peu soucieuses de développer leurs cultures au-delà de ce qu'il faut pour assurer leur bien-être. Aussi ne comptentelles que sur la pluie pour l'irrigation de leurs rizières.
» Il en résulte que, quand on a une sécheresse prolongée, comme cette année, la récolte est très compromise, tandis que, grâce aux larges rivières et à leurs affluents qui sillonnent cette basse région, l'irrigation pourrait être assurée constamment au moyen des procédés annamites (norias, siphons, etc-). H y aurait là une voie oii il serait extrêmement intéressant d'engager le pays avec des administrateurs au courant des méthodes d'Extrême-Orient».
Ces appréciations ont reçu la haute sanction du Gouverneur général. Dans les insftructions du 25 février 1902, il a appelé l'attention sur la nécessité de faire l'éducation des populations des régions côtières au point de vue de l'utilisation des eaux qui y coulent en si grande abondance. Il a envisagé l'éventualité de reprendre, temporairement, l'application du principe de l'obligation à la culture pour la création de rizières irriguées dans les régions où le sol est particulièrement fertile. Il a laissé prévoir la création ultérieure d'un service spécial d'hydraulique agricole. Rien ne serait plus opportun que la création de ce service, car les questions hydrauliques et toutes celles relatives au régime des eaux sont des plus délicates et exigent de n'être traitées qu'en connaissance de cause. En atten-
dant, il semble qu'il y aurait un grand intérêt à faire rédiger une instruction pratique à l'usage des administrateurs côtiers, présentant, avec figures à l'appui, les modes d'irrigation et de drainage en pays de plaine. La rédaction de cette instruction pourrait être avantageusement confiée à des agents ayant résidé dans le delta du Tonkin, où les procédés d'endiguement^ de siphons, de canaux, de norias sont si variés; et si efficaces. Pour ce qui concerne le Sud, une instruction de cette nature rendrait, dès maintenant, les meilleures services dans la province de Farafangana et dans le Nord de celle de Fort-Dauphin. Ce seraient là, par excellence, les travaux à faire effectuer par les collectivités comme il est prévu aux instructions précitées, de même que « l'obligation à la culture » qu'elles prévoient également serait dans les mêmes régions tout à fait justifiée.
Au point de vue des Européens, la plupart des concessions de la région côtière ont été l'objet d'études détaillées parues soit au Journal officiel de la colonie, lors des tournées du Gouverneur général, soit dans des publications spéciales. J'y renvoie pour tous les renseignements techniques, me bornant ici à un aperçu d'ensemble.
Les principales exploitations européennes sont localisées sur la côte Est, c'est-à-dire, pour ce qui concerne le Sud, dans la province de Farafangana et dans la partie orientale du cercle de Fort-Dauphin.
Les dominantes de la côte Ouest (cercle de Tulear) sont l'élevage et le commerce.
Les établissements des Européens sur la côte Est ont suivi la marche de la pénétration et de la pacification.
Ils sont donc beaucoup moins denses que dans la région Tamatave-Mahanoro et vont s'espaçant de plus en plus en allant vers le Sud. Je crois devoir mentionner cinq principaux de ces établissements, parce que, échelonnés le long de la zone côtière, ils poursuivent chacun plus particulièrement un objectif spécial et offrent, de ce fait, des caractéristiques intéressantes.
On comprendra qu'il ne m'appartienne pas d'en apprécier
Madagascar. 19
ici la valeur commerciale, ni de risquer des pronostics à l'égard de leurs chances de succès. Ces pronostics seraient du reste des plus aléatoires parce que ces établissements en sont tous à leur période de début et parce que leurs chances reposent en partie sur des facteurs tels que les capitaux engagés, les efforts personnels, la santé des concessionnaires, facteurs qui échappent à l'appréciation. Je me borne à constater que dans chacun d'eux se développe un effort intéressant engagé avec
y, FIANARANTSQA.
Ambila.
Andema.ka. ^.
méthode, qu'ils sont très sérieusement dirigés et méritent pleinement d'être encouragés et de réussir.
Je ne veux les envisager qu'au point de vue des essais caractéristiques que chacun d'eux poursuit et des conséquences
qui peuvent en résulter pour les établissements similaires qui se créeraient ultérieurement dans les mêmes régions.
Du reste, sur ce sujet, il convient toujours de distinguer deux ordres d'idées qui correspondent d'ailleurs à deux périodes différentes, mais que ceux qui s'occupent de colonisation et les colons eux-mêmes confondent parfois : l'ordre d'idées essais et l'ordre d'idées exploitation commerciale.
Or, les concessions que j'envisage, dont chacune présente une caractéristique très spéciale, étant des premières établies dans le pays, présentent forcément le caractère d'essais.
Ce sont, en allant du Nord au Sud :
La concession d'Ambila (6.000 hectares) à la Société agricole et immobilière;
La concession d'Andemaka (4.000 hectares), dirigée par M. Richard ;
La concession de Raibola (736 hectares), à MM. Blanc et Lecomte;
La concession de l'Emeraude (400 hectares), à MM. Conchon et Garenne;
La concession de M. Auguste Marchai, dans l'Androy (25.000 hectares).
Il est superflu de dire que le caractère tropical des cultures diminue d'intensité en allant vers le Sud. Les deux dernières concessions mentionnées sont situées au Sud du tropique et par conséquent dans la zone tempérée australe. Il en résulte que les expériences réalisées dans chacune de ces concessions feront ressortir les zones où la réussite de chacune des cultures tropicales cessera d'être assurée. Pour chacune de ces culture la zone-limite est encore assez indécise : il y a donc là un sérieux intérêt. C'est ainsi que pour le cacaoyer, par exemple, la plantation de M. Richard, où un certain nombre de ces arbustes sont expérimentés, donnera une indication certaine parce qu'elle est placée à la limite de la zone considérée comme apte à cette culture.
La plantation d'Ambila, tout en poursuivant certaines autres cultures, a pour objet spécial l'exploitation de la ramie. On
sait quel est l'intérêt de ce textile riche, très à l'ordre du joyr actuellement en Europe et dont l'utilisation industrielle paraît devoir être susceptible d'une sérieuse extension! le jour oiî l'on sera nettement fixée sur l'outillage qui convient le mieux à sa préparation; il faut que ce produit puisse être préparé sur place pratiquement et à peu de frais, de façon à être couramment accepté par les filatures (1).
Dans la plantation d'Andemaka, M. Richard, ancien enseigne de vaisseau, tout en expérimentant le cacaoyer et en pratiquant des cultures immédiatement rénumératrices, telles que le café et la vanille, a pour objectif principal l'expérimentation de la culture du caoutchouc, spécialement de l'espèce céara. On sait comment se pose actuellement, dans le Sud de Madagascar, la question du caoutchouc. Originairement très abondant à l'état naturel, très apprécié comme qualité, il a été de la part de l'indigène, sitôt qu'il en a connu la valeur, l'objet d'une exploitation meurtrière qui a abouti à la destruction des lianes et à l'épuisement des ressources du pays en essences caoutchoutifères. En outre, l'indigène recueillant la gomme sans soins et introduisant dans l'intérieur des boules des matières étrangères destinées à en augmenter le poids apparent, ces négligences et ces fraudes ont discrédité sur le marché le caoutchouc de Madagascar, Il convient donc à la fois de revenir à une exploitation rationnelle et de procéder à une reconstitution des ressources. De là résulte l'intérêt de l'expérience poursuivie à Andemaka par M. Richard.
La plantation de Raibola comporte principalement du café et de la vanille. Créée en 1899, par M. Louis Lecomte, ancien élève de Grignon, elle représente un effort considérable. L'exploitation s'en fait avec une méthode rigoureuse. 1.500 mètres de Decauville relient les diverses parties de l'exploitation et les mettent en communication avec les fosses à fumier.