pieds de vanille, dont la culture a été commencée en
(1) L'exploitation de cette concession a été arrêtée, il est vrai, depuis que ces lignes ont été écrites; mais il n'en comvient pas moins de signaler l'intérêt de l'expérimentation de la ramie.
1901, réussissent jusqu'ici à souhait, mais la culture principale est le café. 1.500 pieds de quatre ans vont donner cette année (1) leur première récolte. 3.000 autres sont déjà plantés. Il y a là un essai en grand de greffage des caféiers de Bourbon de la meilleure qualité sur le caféier Libéria de moins bonne qualité, mais plus rustique et plus résistant. Or, le café se présente, dès maintenant, comme une culture rémunératrice pour le planteur de Madagascar, tant en raison de la facilité de son écoulement presque illimité en France, où il bénéficie du demi-droit de douane, qu'en raison de son écoulement croissant à Madagascar même, où sa consommation tant par l'Européen que par l'indigène prend chaque jour plus d'extension.
Il est à noter qu'avant de s'installer à Raibola, MM. Blanc et Lecomte avaient commencé l'exploitation du café dans le Betsiléo et qu'aussitôt après y avoir constaté qu'ils y étaient assurés d'un échec pour les causes énumérées plus haut, ils ont pris sans hésiter la décision courageuse d'abandonner leur concession et de la transporter dans une région plus propice.
Le thé est également l'objet d'essais. Ici comme dans le Betsiléo il semble réussir, mais les plantations sont encore trop récentes et trop peu importantes pour en tirer des conclusions.
La concession de VEmeraude est exploitée par MM. Conchon et Garenne, officiers d'infanterie coloniale en congé, précédemment en service à Madagascar. Elle est située à 34 kilomètres au Nord-Ouest de Fort-Dauphin, c'est-à-dire dans la région Extrême-Sud de Madagascar; mais le choix du terrain, l'abri d'un écran de montagnes contre les vents froids du Sud, la qualité du sol formé d'une épaisse couche d'humus, l'abondance des eaux, la placent dans des conditions particulièrement favorables qui permettront probablement d'y pratiquer des cultures tropicales. Après s'être proposé d'abord de mener de front la culture et l'élevage, les concessionnaires ont dû renoncer à peu près au second de ces objectifs pour des causes qui seront exposées dans un chapitre suivant. Mais, ne se bornant pas aux cultures riches, vanille et café, qui semblent devoir réussir sur leur terrain, ils tentent un essai intéressant de dévelop-
pement rationnel et intensif des cultures vivrières locales, notamment du manioc, dont ils se proposent de faire l'exploitation industrielle (tapioca). La proximité du port de Fort-Dauphin, desservi par un service régulier, de bonnes voies de communication leur permettent d'introduire l'outillage approprié, condition rarement réalisable, pour le moment du moins, sur la plupart des points de l'Ile. La proximité de ce port assure en outre l'écoulement des produits.
Enfin la concession de 25.000 hectares de M. Augusto Marchai située dans l'Androy, sur la rive gauche du Mandraré, en pleine région du caoutchouc Intisy, a pour objet la reconstitution des plants et l'exploitation rationnelle de cette précieuse matière. Ce qui a été dit plus haut de la question du caoutchouc suffit à faire comprendre l'intérêt de cette tentative. M. Marchai a déjà installe à Fort-Dauphin même l'outillage nécessaire pour l'épuration du caoutchouc, de manière à en faire l'exploitation industrielle aussitôt que sa concession sera mise en valeur.
Il convient de mentionner également le jardin d'essais de Nampohana, établi à sept kilomètres de Fort-Dauphin, dont le noyau a été constitué par un ancien domaine de M, Marchai créé en 1880 et où figurait déjà une grande variété d'intéressants spécimens de plantes économiques et d'ornement. Cette station d'essais dépend du service central d'agriculture; elle est dirigée par M. l'agent de culture Delgove, qui lui a donné un développement considérable, y a introduit de nouvelles espèces, spécialement celles pouvant présenter un intérêt pratique dans la région, et y procède dès maintenant à des cessions de plants et de graines aux colons qui en expriment le désir.
La question la plus sérieuse qui se présente pour toutes les concessions qui viennent d'être énumérées, ainsi que pour toutes celles dont il n'a pas été fait mention et pour celles qui se créeraient ultérieurement, est la question de la main d'œuvre. On sait combien à Madagascar elle est limitée et aléatoire. Les essais d'introduction de main-d'œuvre étrangère n'ont pas donné jusqu'ici de résultats encourageants pour leur continuation.
On peut espérer que le développement des besoins chez les indigènes, l'élévation de l'impôt, l'accoutumance à notre contact les inciteront à travailler pour les Européens dans des conditions qui restent rémunératrices pour ces derniers. Néanmoins il y aura tout intérêt à remplacer autant que possible la main d'œuvre indigène, puisqu'elle est difficile à recruter et produit peu, par le travail animal et l'outillage mécanique. On vient de voir que dans une partie des concessions mentionnées on est déjà entré dans cette voie; c'est, du reste, à côté de tous les autres, encore un des avanttages de la zone côtière, que la proximité des ports permettant l'introduction à bon compte des machines, des moyens de transport et des animaux de bât ou de trait.
En résumé, ce que je me suis proposé en présentant ces cinq types d'exploitations dans la zone côtière, c'est, en laissant de côté toute considération sur leur valeur commerciale, de faire ressortir comment se crée une expérimentation dans un pays neuf. Mieux que toute étude théorique, que tout enseignement d'école, les résultats obtenus au bout de quelques années dans chacune de ces plantations, étant donné qu'elles se trouvent jalonner la côte Est de Madagascar jusqu'à l 'extrême-Sud, donneront des indications précieuses sur les cultures dominantes qui doivent y être pratiquées, sur la zone-limite qui doit être assignée à chacune d'elles, et sur la valeur d'essais nouveaux tels que la culture de la ramie et la plantation rationnelle du caoutchouc.
Zone forestière.
La zone forestière englobe les deux versants de la falaise qui s'étend du Nord au Sud, parallèlement à la côte Est. Réduite par endroits à vingt ou trente kilomètres de largeur à la suite de destructions successives, elle s'épanouit au Sud dans les hautes vallées de l'Itomanpy, de l'Ionaivo, de la Manampanihy et du Mandraré en un épais massif forestier. Elle couvrait autrefois toute la zone côtière jusqu'à la mer. Les vestiges en subsistent nombreux. Dans la zone entre Manantenina et Fort- Dauphin, c'est une véritable forêt de troncs calcinés qui se
dresse encore jusqu'au rivage. Sur le plateau, la vallée de 1^ Mananara, celle de l'Iantara, offrent le même spectacle. Les causes de ce fait sont de deux ordres, les unes naturelles, les autres accidentelles.
Les premières, de date ancienne, sont dues au recul forcé des limites de la forêt devant la vie s'établissant sur la côte et entraînant les défrichements indispensables pour l'installation des villages, l'établissement des, cultures et des pâturages.
Les secondes, accidentelles et récentes, sont dues à la fois à l'indolence des indigènes et à l'insoumission d'une partie d'entre eux à la suite de notre arrivée.
L'indigène de cette zone, moins laborieux que le Hova et le Betsiléo, préfère la culture des rizières de montagnes à celle des rizières irriguées, parce qu'elle exige un beaucoup moindre effort. Au lieu d'établir des canaux, de travailler le sol profondément, soit au moyen du piétinement des bœufs, soit par l'angady (bêche malgache), il suffit d'incendier un quartier de forêt, dont les débris forment un engrais naturel qui fertilise le sol, pour une courte durée toutefois. Après l'épuisement d'une zone on passe à la suivante et c'est ainsi que la forêt disparaît, que le régime des eaux se modifie et que le sol s'appauvrit.
D'autre part, l'insoumission d'une partie de la population fuyant notre contact et se réfugiant dans les forêts a produit les mêmes résultats.
Au début de 1901, cette zone forestière était presque entièrement occupée par les tribus insoumises. Le maintien de cette situation, en outre de ses conséquences politiques, avait comme conséquence économique d'accélérer fatalement la destruction progressive de la forêt dont les rebelles brûlaient l'intérieur pour y faire leur riz de montagne et les autres cultures nécessaires à leur consommation. Un des premiers objectifs que j'aie imposés à mes chefs de circonscription dans cette zone fut d'obliger à toute force les habitants à réintégrer les vallées et à y reprendre les cultures; le résultat est déjà en grande partie atteint.
Les dernières instructions du Gouverneur général (25 février 1902) ont appelé l'attention sur l'urgente nécessité d'arrêter le développement du riz de montagne « sans le prohiber tout d'un coup sous peine de provoquer une crise ». Or, depuis le début
de 1901, les mesures les plus fermes ont été appliquées à cet égard dans le Sud sans interruption et ont donné déjà des résultats appréciables. Dès maintenant, tout nouveau défrichement a été interdit et les cultures de riz de montagne ont été cantonnées dans les superficies déjà défrichées et en imposant aux indigènes une rotation annuelle. On ne peut, en effet, obliger tout à coup certaines de ces populations à la culture exclusive du riz en plaine parce que celle-ci exige un nombre de bœufs suffisant pour défoncer le sol en le piétinant. Or, leurs troupeaux ayant été consommés par elles pendant les années d'insurrection, il faut leur laisser le temps de les reconstituer.
Mais, d'autre part, sur beaucoup de points déjà les cultures de rizières irriguées ont été largement reprises dans les vallées, autour de nouveaux villages reconstitués de toutes! pièces, notamment dans les vallées de l'Iantara et de l'Isandro, et ce n'est pas là l'un des moindres résultats des opérations qui ont dégagé la forêt.
Du reste, depuis la pacification, j'ai provoqué à plusieurs reprises la venue à Fianarantsoa des chefs indigènes de cette zone, notamment des chefs Tambavalo, qui habitent la belle vallée de l'Iantara, et des chefs Zafimarozaha,; qui habitent la vallée plus belle encore de l'Itomanpy (qui est à signaler au passage comme la région peut-être la plus intéressante du Sud au point de vue des possibilités agricoles). Ils ont été accompagnés par les officiers de ces régions qui leur ont fait voir les belles rizières et les procédés d'irrigation du Betsiléo. De retour chez eux, ils s'en sont montrés vivement frappés et il y a là un premier jalon pour les pousser dans la voie d'une meilleure culture des fertiles régions qu'ils habitent.
En outre, nous avons beaucoup poussé à l'émigration des Betsiléo dans ces vallées. Plusieurs s'y sont déjà établis et peuvent y servir d'éducateurs agricoles. C'est un mouvement qui ne fait que commencer et qui est à développer et à suivre.
Au point de vue forestier proprement dit, cette zone renferme de sérieuses richesses. Les plus beaux bois d'ébénisterie y abondent, tels que le palissandre, le bois de rose, l'ébène et aussi les bois de construction tels que le lalona, le maira ou bois de fer, le vitanaha, qui sert à la construction des pirogues, l'ambaraka, employé pour les jantes des roues.
Aussi, dès aujourd'hui, à Fianarantsoa, des ouvriers tra-, vaillant pour leur propre compte ainsi que les ouvriers employés aux divers services publics exécutent-ils des travaux soignés d'ébénisterie. Il en est de même à Fort-Dauphin, à l'Ecole professionnelle créée par la mission lazariste ; mais, par contre, on voit couramment en dehors de ces centres les bois les plus précieux employés pour les usages les plus communs. Il est évident qu'il y a là un gaspillage de vraies richesses et qu'il est désirable qu'une exploitation rationnelle amène le plus tôt possible un meilleur emploi de ces ressources forestières. Mais ici intervient la question des voies de communication. Tant qu'elles manqueront, le transport des bois au bord des cours d'eau ou à proximité des routes déjà existantes sera tellement onéreux, sinon impossible, qu'on continuera à n'exploiter que les bois situés à proximité des voies déjà existantes et à laisser les autres à la merci des indigènes.
Si tentante que soit l'exploitation industrielle de ces richesses improductives, il convient d'être très prudent avant de s'y engager. Il y a tout intérêt à faire dès maintenant la reconnaissance des forêts, à y prévoir même et à y préparer l'établissement de concessions, mais il importe de ne pas y engager prématurément des capitaux, dans la construction d'usines, dans l'entretien d'un personnel, dans l'installation d'un outillage avant que la situation du pays ait pris son assiette à peu près définitive. Il faut d'abord être assuré du tracé et de la construction des voies commerciales les plus importantes afin de s'établir de préférence à proximité, et aussi de l'emplacement des centres 011 la demande de matériaux sera la plus intense pendant une période prolongée. A se lancer hâtivement dans des tentatives de ce genre on risquerait de gros mécomptes et des dépenses de transport et d'installation abusives qu'il serait par la suite impossible d'amortir. Il suffit, pour s'en rendre compte, de noter qu'en 1897 le transport de la tonne de Tamatave au plateau central variait de 1.200 à 1.500 francs; que, depuis la construction des routes et l'introduction des voitures, il est maintenant descendu à 300 francs et s'abaissera probablement encore. Le transport du personnel s'est abaissé dans les mêmes proportions. On voit dans ces conditions de quel intérêt il est d'attendre avant de transporter dans la zone forestière un outil-
lage lourd et onéreux et de grever d'autant les frais généraux d'une entreprise.
Actuellement la préservation de la forêt est assurée par le réseau des postes militaires établis à la suite des opérations. Les mesures à prendre pour cette préservation sont au premier rang des instructions données aux chefs des districts et des postes. Ce réseau de postes forme dès aujourd'hui la base d'une organisation forestière rationnelle et, le jour où elle sera créée et se substituera à l'organisation militaire, elle pourra prendre avantageusement à peu près le même dispositif. Les postes établis aux lisières et sur l'axe pourront servir non seulement de résidence aux agents, mais aussi de stations forestières 011 se feraient dans des pépinières l'étude des essences ainsi que des essais de reboisement. Celui-ci, pratiqué de proche en proche, pourra recouvrir une partie des anciennes superficies. A cet égard, il est intéressant de constater les progrès déjà réalisés depuis deux ans dans le Betsiléo et dans le pays Tanala, par suite de l'interdiction des incendies dans la forêt elle-même.
Zone des cactus.
Cette zone, qui forme l'Extrême-Sud de l'Ile et qui est habitée par les peuplades Antandroy et Mahafaly, a comme caractéristique son manque d'eau. Elle a donc peu d'avenir au point de vue agricole. On ne peut y faire que peu de rizières, et les seules cultures resteront celles dont vivent les habitants (mil, patates, manioc), très nombreux d'ailleurs.
Les possibilités économiques de cette région sont ailleurs : dans le caoutchouc et surtout dans l'élevage.