‹ Dans le sud de MadagascarChapitre 45 sur 56 · ÉLEVAGE · texte numérisé non relu

ÉLEVAGE

Bœufs.

La question de l'élevage est l'objet d'appréciations contradictoires sur lesquelles l'insuffisance de l'expérimentation ne permet pas encore de se prononcer. Aussi se gardera-t-on avec soin de toute formule absolue.

L'élevage est un des mots qui, dès l'origine, ont exercé le plus d'attraction sur l'Européen, dès qu'il s'est agi de Madagascar et notamment du Sud, dont seul il est ici question. II semble bien qu'il faille un peu en rabattre. Il est certain que l'indigène ne fait pas d'élevage au sens propre du terme. Il ne cherche pas à améhorer la qualité de son bétail et n'use, à son égard, d'aucun des procédés rationnels de croisement, d'abri, de nourriture, qui constituent l'élevage à proprement parler. A ce point de vue, tout est à lui apprendre. Mais, d'autre part, la pratique de l'élevage par l'Européen semble, jusqu'à nouvel ordre, très difficile. Les essais, dont quelques-uns très sérieux, tentés jusqu'ici dans les régions que j'ai commandées ont échoué. Il n'y a pas de tentative que l'indigène, si jaloux de son béitail, voie de plus mauvais œil. L'Européen a déjà, de ce fait, la plus grande peine à constituer son troupeau: les indigènes refusent de lui vendre ou ne se défont que de leurs plus mauvais animaux. Une fois néanmoins le troupeau constitué, si limitée que soit la main-d'œuvre que comporte l'élevage, on ne peut se passer de l'indigène, soit pour le gardiennage, soit pour les soins, si rudimentaires qu'ils soient, à donner aux animaux. Mais, d'une part, il ne porte aucun intérêt aux animaux qui ne lui appartiennent pas en propre, ne les surveille pas au pâturage, ne les change pas d'emplacement comme il le fait pour les siens; d'autre part, le bétail appartenant au

« vazaha » (1) étant toujours de bonne prise, les vols sont si nombreux qu'il n'y a aucune sécurité pour le troupeau.

Deux colons du cercle de Fort-Dauphin, qui avaient persisté jusqu'ici et étaient parvenus à se constituer un troupeau de 400 têtes, ont subi de telles pertes, supporté de tels frais sans aucun profit, qu'ils y ont renoncé à leur tour.

Les marchends européens eux-mêmes, qui réunissent des troupeaux non pour l'élevage mais en vue de la vente, éprouvent de grandes difficultés à assurer leur garde et leur conservation.

On est donc amené à se demander si, pour le moment, il n'y a pas lieu de détourner l'Européen de l'élevage proprement dit, et s'il n'est pas forcé de se borner, jusqu'à nouvel ordre, au rôle d'intermédiaire, allant chercher les bœufs et en provoquant l'arriva-ge aux ports d'embarquement, sous la conduite de leurs propriétaires ou de leurs gardiens habituels.

Mais alors c'est du commerce, ce n'est plus de l'élevage.

Et pourtant, le rôle de l'Européen ainsi compris n'est pas sans influence sur l'élevage lui-même, en raison de la sélection à laquelle il procède dans ses achats. Le jour oiî l'indigène ayant acquis, à notre contact, de nouveaux besoins, se rendra compte de l'avantage qu'il y a pour lui à vendre son bétail au lieu de l'accumuler, — et ce jour viendra vite, — il se rendra compte également que les animaux qu'on lui prend et qu'on lui paie le plus cher sont ceux qui sont dans le meilleur état et que les autres lui restent pour compte. Il sera donc amené fatalement à les mieux soigner, c'est-à-dire à faire en somme de l'élevage. C'est quand le mouvement d'exportation des bœufs qui a été signalé plus haut sera décidément établi, que les tournées de vétérinaires mobiles prendront leur efficacité. En constatant l'influence que l'état des animaux exerce sur la vente, les indigènes comprendront la portée des mesures que leur recommanderont les vétérinaires, mesures qu'ils ne pratiquent pas jusqu'ici: choix des emplacements des pâturages, leur changement fréquent, abreuvoir à l'eau courante et non plus aux eaux stagnantes et pleines de microbes, division des troupeaux en deux groupes isolés l'un de l'autre, d'un côté les animaux

(1) L'Européen.

sains, de l'autre les animaux malades ou suspects, etc. Cette initiation progressive par nos soins de l'indigène à l'élevage, en vue de la vente pour l'exportation, est peut-être actuellement la meilleure solution; c'est, du reste, un des buts que le général Galliéni se propose d'assigner au service vétérinaire dont il prévoit l'organisation, ainsi qu'il ressort de sa dernière lettre aux chambres consultatives (19 février 1902).

En résumé, la question est très complexe. Elle exige, avant qu'on puisse formuler une doctrine, de nombreux tâtonnements et un sérieux complément d'observations expérimentales.

On sait que des sociétés ont demandé dans le Sud de Madagascar la concession de vastes superficies territoriales pour y pratiquer l'élevage. Des contrats ont été conclus; mais il n'y avait pas encore, au moment de mon départ, de commencement d'exécution. Leur principe repose sur la constitution de lots centraux d'achat et de lots de pacage intermédiaires entre les centres d'achat et les deux ports d'exportation, Tulèar et Fort- Dauphin, afm d'assurer la nourriture des animaux durant leur trajet vers la côte. Ces sociétés se disaient assurées d'un personnel choisi qui leur eût permis d'encadrer et de sui'veiller les indigènes chargés du soin du bétail. Si ces sociétés se constituent réellement et si elles sont sérieusement menées, cette expérience sera d'un haut intérêt au point de vue de l'avenir de l'élevage dirigé par des Européens.

En attendant, je suis porté à croire que la voie la plus pratique dans laquelle on ait pour le moment le plus de chances de réussite, consiste à s'associer à des indigènes choisis parmi les plus intelligents, les plus riches et les plus accoutumés à notre contact, tels qu'il en existe quelques-uns parmi les grands propriétaires du Betsiléo, dans la province de Farafangana et tels qu'il pourra en être trouvé dans la province de Tulèar (comme Impoinimérina, par exemple), et de leur faire toucher du doigt les avantages et les profits qu'ils tireraient de l'élevage rationnel. Le mieux, chaque fois qu'il sera possible, serait de faire pratiquer cet élevage à côté d'eux, dans des établissements de l'Etat qui sont, en raison du prestige de l'autorité, couverts vis-à-vis des indigènes d'une immunité et de garanties qui manquent aux établissements privés et où ces éleveurs indigènes viendraient s'inspirer de nos procédés.

Déjà, à la ferme de l'Iboaka, près de Fianarantsoa, où se pratique l'élevage des bovidés sans bosse et des bovidés du pays, plusieurs indigènes notables viennent s'inspirer de nos méthodes et cherchent à les imiter.

Ferme d'élevage de l'Iboaka.

Une fois le pli pris et les procédés vulgarisés parmi les indigènes, il est probable que l'Européen trouverait moins de résistance à pratiquer l'élevage pour son compte.

Il y aurait même probablement intérêt à tenter l'association entre l'Européen et le propriétaire indigène surtout à proximité des ports d'exportation, l'indigène acceptant la direction de l'Européen pour tous les soins rationnels à donner aux troupeaux, pour leur amélioration, pour d'élevage en un mot, et ce dernier lui servant d'intermédiaire et assurant la vente.

Il est bien entendu que ces considérations concernent exclusivement le Sud de Madagascar, seule région dont il m'appartienne de parler, et il est possible qu'elles ne s'appliquent nullement aux autres parties de l'Ile.

Chevaux.

L'indigène ne pratique nulle part l'élevage du cheval dans le Sud de Madagascar. Le cheval n'y existe pas en dehors du Betsiléo. Et pourtant, que de services il rendrait! Dès maintenant une voirie rurale complète permettrait de l'utiliser non seulement dans le Betsiléo, mais encore dans la province de Farafangana, dans tout le cercle de Fort-Dauphin et, grâce à la facihté des communications, dans une grande partie de la province de Tulear. Toutes les tournées des administrateurs, des chefs de district et de poste pourraient être assurées par ce moyen, réalisant ainsi une si notable économie de porteurs.

C'est pourquoi, dès la création du commandement du Sud, il avait été décidé par le général Galliéni qu'une ferme hippique y serait établie. Il existait à Fianarantsoa un commencement de jumenterie créée par M. l'administrateur en chef Besson à qui sont dues, dans des branches si diverses, tant d'initiatives heureuses et fécondes; mais, faute de moyens, faute de personnel approprié et faute aussi de pâturages à proximité, elle n'avait pas donné de résultats et une seule jument avait survécu.

Le nouvel établissement fut installé au début de 1901 à 25 kilomètres au nord de Fianarantsoa, dans la vallée de l'Iboaka, dont il prit le nom, sur un mamelon situé au milieu de 100 hectares de pâturages d'excellente qualité. L'eau amenée de sources voisines permit d'établir sur les flancs du mamelon le jardin d'essais annexé à la ferme dont il a été parlé plus haut à propos de la situation agricole. Ce jardin se trouvait ainsi bénéflcier du fumier, de la main-d'œuvre et des moyens d'exploitation de la ferme qui bénéficiera à son tour de ses expériences culturales et de ses plantes fourragères, d'où notable économie dans la double gestion.

La direction en fut confiée au lieutenant de cavalerie Charles Roux, secondé par le vétérinaire Tatin. Un sous-officier de cavalerie et le personnel indigène nécessaire leur furent adjoints.

Les constructions et les aménagements divers, vivement menés et rapidement achevés avec un crédit de 15.000 francs, sont un modèle d'installation pratique et économique. Le domaine

est traversé par la route de Fianarantsoa à Mananjary, ce qui permet d'assurer tout le service par voitures et par bâts et d'éviter ainsi les dépenses de transport.

La ferme hippique débuta avec deux étalons barbes, un étalon malgache et neuf juments (huit arabes et une de Tarbes). Elle reçut en juin 1901 une augmentation de trois étalons abyssins et huit juments barbes. Au moment de mon départ, en mai 1902, elle reçut un nouveau complément et doit, au cours de cette année, recevoir un contingent d'abyssins. Le tableau ci-annexé (1) présente le nombre des animaux, d'espèces diverses, qui se trouvaient à la ferme en avril 1902.

L'expérience qui se poursuit à l'Iboaka avec autant de méthode que de compétence technique présente un réel intérêt. Si elle réussit, elle peut être le point de départ d'une diffusion du cheval dans tout le Sud de Madagascar, mais à la condition d'être complétée.

Jusqu'ici, en effet, l'expérience ne porte guère que sur une catégorie de chevaux : le cheval barbe, grand cheval qui ne peut être ici qu'un cheval de luxe. L'essai de ce cheval a échoué en Emyrne, il est incontestable que jusqu'ici il a mieux réussi

(1) Bépartition des animaux de la ferme de Vlboaha (avril 1902) :

l Abyssins 5

Etalons ] Barbe 1

( Malgache 1

Pouliches Nées . eu 1901 13

Poulains 4

Amenés en novembre 1900 : 36 ânesses et 3 baudets 39

Amenés en décembre 1901 : 130 ânesses et 11

Anes et ânesses. { baudets 141

Vendus : 36 dans le Betsiléo; 5 envoyés à Fort- Dauphin pour y être vendus (a).

Produits : 11 ânons, 26 ânesses 37

i Taureaux (sans bosse) 2

Vaches (sans bosse) 7

Veaux et génisses (sans bosse) 4

Vaches malgaches 10

i' Béliers (dont 1 algérien et 3 solognots) 4 Brebis (un troupeau de 30 brebis malgaches par

bélier) 120

Brebis à laine (dont 3 algériennes et 1 solognote). 4

Total 407

(o) 109 autres ont été vendus d'avril à juillet 1902.

dans le Betsiléo; la qualité des fourrages, la meilleure distribution des saisons, les facilités d'installations y ayant été favorables, 15 produits dont 3 poulains et 12 pouliches sont nés depuis février 1901. Ils sont tous dans un état excellent et, sauf les maladies habituelles aux poulains de cet âge, gourme, coliques, etc., ils se sont toujours bien portés. Il est intéressant

Type de cbeval malgache.

de constater ces résultats et l'expérience méritait d'être tentée. Mais il est essentiel de ne pas s'aventurer dans les pronostics et de se garder de tout optimisme. L'expérience est de trop courte durée encore pour être déjà concluante. Au bout de dix-huit mois seulement, la constitution du sol en lui-même ne différant d'ailleurs pas sensiblement de celle de l'Emyrne, rien ne garantit encore que ces chevaux échapperont à l'affection si grave de l'ostéomalacie qui a frappé tous les chevaux arabes transportés à Tananarive et en Emyrne et qui a été attribuée jusqu'ici à l'absence d'éléments calcaires dans le sol et dans les aliments. Si, jusqu'à nouvel ordre, cette maladie paraît les

avoir épargnés, du moins n'ont-ils pas échappé à une certaine déperdition de vigueur, à une diminution insensible mais progressive de leurs qualités propres, qui démontre que le grand cheval n'est pas celui qui convient à Madagascar. A cet égard, la nature s'est chargée de tracer la voie à suivre : les quelques centaines de chevaux et juments que nous avons trouvés à notre arrivée à Madagascar tiraient leur origine d'animaux de provenances les plus diverses (Inde, Maurice, Afrique du Sud) et certainement de tailles et de modèles très différents. Néanmoins, après quelques générations ils présentaient tous un modèle assez uniforme d'une taille ne dépassant pas 1",30 à l^iO. Le fait est concluant. C'est évidemment de la petite race qu'il y faut faire. En améliorant la race du pays par l'introduction de géniteurs de choix, barbes ou abyssins, on a déjà obtenu de bons résultats, mais le très petit nombre des juments indigènes, presque toutes groupées autour de Tananarive, dans une région pauvre en pâturages, rend cette façon de procéder tout à fait insuffisante. Il faudrait ainsi un temps infini pour augmenter d'une façon sérieuse la population chevaline de l'Ile. L'introduction des juments étrangères s'impose. Il semble qu'il faille absolument renoncer aux juments d'Algérie. Mais il y aurait un grand intérêt à faire des expériences avec d'autres races de plus petite taille et plus rustiques, comme les poneys d'Australie, les chevaux de l'Inde et surtout les chevaux abyssins.

Les qualités très remarquables du cheval actuel de Madagascar, dont l'oiigine est due au mélange de différentes races importées, semblent indiquer qu'on arrivera certainement à trouver une race bien appropriée au sol de l'Ile.

A cet égard, étant donnés les aménagements favorables de la ferme hippique de l'Iboaka et le soin avec lequel elle est dirigée, cet établissement semble désigné pour tenter, avec le plus de chances de succès, les différentes expériences qui seules pourront indiquer la race à importer de préférence. Elles seraient d'autant plus utiles à faire le plus tôt possible dans le Sud, que les moyens de traction mécanique n'étant pas appelés de longtemps à y prendre le même développement qu'en Emyrne, une monture usuelle y serait d'un emploi immédiat et général.

En outre, les progrès de la voirie charretière, l'ouverture prochaine de la route de Fianarantsoa à Mananjary, du moins sur une grande partie de sa longueur, devront avoir comme sanction l'emploi des voitures. L'indigène ne comprendrait pas qu'on lui eût demandé un tel effort s'il n'en voyait pas sans tarder l'utilisation pratique. Concurremment avec les mulets et les ânes, des chevaux de petit modèle, bien conformés, bien doublés, résistants et rustiques, conviendraient à la traction.

Le Gouverneur général a, du reste, apprécié itout l'intérêt qui s'attache à l'expérience poursuivie dans le Sud, puisqu'il y destinait la majeure partie des animaux qui devaient être amenés d'Abyssinie, en attendant qu'il soit possible d'y introduire des juments d'autres races de petite taille. Il ne faudra jamais perdre de vue, en effet, que le but essentiel d'un établissement comme la ferme hippique ne doit pas être seulement de produire des chevaux et de les vendre dans de bonnes conditions, mais avant tout de constituer un champ d'expériences pour déterminer la meilleure race de chevaux convenant à un pays où elle est, en somme, à créer.

Anes.

La ferme de l'Iboaka a reçu 166 ânesses et 14 baudets d'Algérie, amenés en deux convois, en novembre 1900 et décembre 1901.

Nous avons cru devoir préconiser avec insistance l'introduction à Madagascar du petit âne d'Algérie. Rustique, résistant, se nourrissant de peu, demandant un minimum de soins, spécialement conformé pour la charge avec le dos large et court, de prix peu élevé, il nous a semblé que, dans un pays où la main-d'œuvre est limitée et sera de plus en plus onéreuse, c'était le porteur de Vavenir. Jusqu'ici ces prévisions semblent justifiées. Ces animaux se sont depuis dix-huit mois admirablement comportés, sans un accident, sans un symptôme de maladie ou d'anémie.

37 produits sont nés dont 11 baudets et 26 ânesses.

Il importe avant tout, pour que l'expérience soit concluante, de ne vendre les produits qu'à deux ans, quand les animaux seront faits. Sinon, vendus prématurément, ils seraient utilisé-s par l'acheteur, pressé d'en tirer profit, comme des animaux faits, ne résisteraient pas, et l'on ne manquerait pas d'imputer à la race les mécomptes qui ne seraient attribuables qu'à l'incurie et à l'impatience des acheteurs. Il importe d'éviter cet inconvénient qui fausserait toutes les données du problème. C'est encore une année de patience après laquelle la colonie est assurée de rentrer largement dans ses frais. Elle aura du moins mené jusqu'au bout une expérience qui, croyons-nous, aura une influence sérieuse sur la situation économique du pays.

Du reste, en attendant la vente des produits, il a suffi de conserver une quarantaine de mères à la ferme pour assurer la reproduction; tout le reste a été mis en vente à un prix fixe de 200 francs, prix relativement élevé par rapport à la taille des animaux et à leur valeur dans leur pays d'origine, faible, au contraire, si l'on considère qu'ils sont revenus à la colonie à 350 francs, transport compris. Il est évident q-ue ce sacrifice, minime d'ailleurs, a été fait très sagement pour achalander les animaux dans l'Ile en y tenant compte de tous les intérêts. La colonie une fois rentrée dans ses débours, les produits pour- Madagascar. 22

ront être vendus à beaucoup meilleur marché. Plus de 150 animaux ont été vendus (1) à ce prix de 200 francs, dont plusieurs par lots de 40 et de SO, à des commerçants qui ont parfaitement compris le parti immédiat qu'ils pourraient tirer de ces « équipes », remplaçant avantageusement les bourjanes.

L'écoulement est donc dès maintenant assuré.

Les animaux déjà vendus servent généralement de porteurs avec une charge moyenne de 60 kilogrammes, ce qui représente la charge d'un porteur et demi du commerce et de deux porteurs de bagages, et avec l'avantage sur les bourjanes qu'il n'y a pas à discuter le prix ni à craindre la rupture des engagements, l'abandon des charges, l'aléa du service. Il suffit d'avoir un conducteur de confiance par 5 ou 6 bourriques.

L'expérience des longs convois par ânes sur des routes comme celles de Fianarantsoa à Mananjary va seulement commencer (2), c'est alors seulement qu'on aura des appréciations exactes sur la charge à donner aux ânes, la longueur de l'étape à leur faire faire, la proportion entre le nombre des animaux et celui des conducteurs, et qu'on pourra renseigner utilement les colons désireux d'essayer ce mode de transport.

Mais il est vraisemblable que c'est pour les convois de peu d'étendue que le petit âne sera le plus utile. Le colon et surtout l'indigène s'en serviront pour porter le fumier nécessaire à leur propriété, les briques pour leurs constructions, le riz, le manioc, etc. On en usera pour aller au marché. En somme, c'est surtout dans le service des petits transports journaliers que l'âne rendra de grands services et économisera des frais de bourjanes considérables. Bien qu'en principe ces animaux soient des porteurs, certains commerçants ont essayé de les atteler à des voitures basses et légères et les résultats ont été bons. Un négociant de Fianarantsoa assurait son service, au début de 1902, au moyen d'une petite voiture à âne avec laquelle il faisait transporter jusqu'à 200 kilogrammes à chaque voyage.

ill est à souhaiter que la ferme de l'Iboaka essaime. Il y aurait intérêt à installer une station-annexe dans le cercle de Tulear, tant pour le petit cheval que pour le mouton. A l'égard

(1) Juin 1902.

(2) Juin 1902. .

'1 ce dernier, rien de sérieux n'a été tenté encore. Les races autochtones, sans laine, sont médiocres : il semble pourtant que les immenses pâturages du Sud, notamment dans la réjîion de Tulear, présentent toutes les conditions convenant à la production du mouton. Avec le débouché qu'offre l'Afrique du Sud et avec l'exemple de l'Australie, il est superflu d'insister sur les avantages économiques qui résulteraient pour Madagascar du développement de ce produit. Ce n'est que d'expérimentations menées rationnellement et surtout poursuivies pendant une durée suffisante qu'on pourra tirer des conclusions. En tout cas, telle qu'elle est organisée, la ferme de Tlboaka, avec les 407 animaux quelle comprenait en 1901, a marché avec un crédit annuel de 18.000 francs (non compris les 15.000 francs de l'installation). Les résultats ont certes justifié ce modeste chiffre. Si l'on tient compte des recettes résultant des ventes d'animaux déjà faites et de celles que donnera, dans les exercices suivants, la vente des produits, on peut même envisager que la colonie pourra rentrer à peu près entièrement dans ses débours (1). y

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