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SERVICE DE SANTE ET ASSISTANCE MÉDICALE

Le service de santé dans le Sud est assuré par quatre formations : les infirmeries-ambulances de Fianarantsoa, Farafangana, Fort-Dauphin, Tulear.

A chacune d'elles. est attaché un médecin. Chaque province a en outre un médecin mobile dont les points d'attache sont :

Pour la province de Fianarantsoa, à Fianarantsoa;

Pour la province de Farafangana, à Ifandana;

Pour le cercle de Fort-Dauphin, à Ambovombé;

Pour le cercle de Tulear, à Tongobory.

En outre, deux médecins indigènes de colonisation à Fianarantsoa.

Le service de santé comprend deux services distincts, mais assurés par le même personnel : le service de santé proprement dit, relevant de l'autorité militaire, pour les soins à donner aux troupes et par extension aux fonctionnaires et employés de l'Etat; ses dépenses sont supportées par le budget colonial; le service médical de V assistance indigène, dont les dépenses sont supportées par le budget local.

L'un et l'autre sont assurés, sauf quelques exceptions, par les médecins du corps d'occupation.

Les médecins militaires des colonies ont donc un double rôle : celui de médecin des troupes, analogue à celui qu'ils remplissent dans toutes les garnisons, de plus en plus restreint à mesure que les effectifs diminuent, que la pacification s'accentue

Madagascar.

et que les opérations militaires se font plus rares; et celui de médecin des indigènes, rôle de la plus haute portée sociale, humanitaire et économique. Tandis que le premier est soumis à des règlements rigides et à des procédés uniformes qui limitent son intérêt, le second laisse place à une initiative, à une variété de procédés, à un développement de la personnalité à peu près sans limites.

Service de santé.

L'ambulance de Fianaranlsoa, établie provisoirement de la façon la plus défectueuse dans l'ancienne résidence réservée à la reine, lors de ses voyages dans le Betsiléo, s'installe au cours de cette année 1902 dans le nouvel hôpital militaire construit avec le plus grand soin sur un vaste emplacement où se trouve l'eau, à proximité de la ville.

La préoccupation qui a dominé dans le choix de l'emplacement et dans les dispositions adoptées a été d'assurer non seulement les conditions les plus favorables au point de vue technique, mais aussi de donner à l'établissement un caractèl'e riant, confortable et sympathique qui influe favorablement sur le moral des malades. La distribution de l'eau, le développement des plantations permettent d'y aménager un véritable parc au milieu duquel les divers services seront disséminés en écartant autant que possible l'uniformité, l'aspect de prison ou de caserne qui caractérisent trop souvent les formations sanitaires.

En raison de sa situation sur le plateau central, de son climat tempéré, des ressources qu'offre la ville, l'hôpital de Fianarantsoa peut jouer le rôle d'un véritable sanatorium pour les troupes aussi bien que pour les employés et les particuliers éprouvés par le climat de la côte et de la région forestière.

A Farafangana, l'infirmerie-ambulance a été installée dans un immeuble acheté à la mission norvégienne, au bord de la mer, sur un emplacement particulièrement favorable, riant, bien aéré. Comme il n'y a pas de garnison à Farafangana ni dans la zone côtière, c'est surtout une formation d'évacuation pour les troupes stationnées dans l'hinterland de Farafangana, c'est-à-dire dans la zone forestière qui nécessite une occupation encore

assez nombreuse. Les malades évacués, ou bien rejoignent leurs postes après leur rétablissement, ou bien sont rapatriés directement par le service maritime qui dessert Farafangana.

A Fort-Dauphin, l'ambulance est bien installée dans des locaux neufs et bien appropriés, sur un emplacement des mieux choisis, dominant la mer et battu de sa brise. Il y manque un pavillon de malades supplémentaires qui va être commencé, sur des crédits prévus.

A Tulêar, l'ambulance a aussi dès maintenant une installalion satisfaisante.

Assistance médicale.

Ainsi qu'on vient de le dire, le rôle des huit médecins du Sud n'est pas seulement militaire : il s'exerce au moins autant^ sinon plus, vis-à-vis de la population de près d'un million d'habitants qui habite le Sud. Si restreint, si dérisoire même que soit leur nombre, ils nous apportent un des moyens d'action les plus puissants et les plus bienfaisants sur les indigènes.

C'est à cet ordre de services que répond VAssistance médicale.

Elle a été instituée et réglementée dans le Betsiléo en même temps qu'en Emyrne par l'arrêté du 17 mars 1901.

Son principe a été étendu aux autres provinces par la circulaire du 27 septembre. 1901.

Mais dans la pratique, et dès avant cette réglementation, l'assistance médicale s'est exercée, dès le début de notre occupation, partout où pénétraient nos médecins.

C'est une des institutions qui, dès le début, ont le plus vivement occupé l'attention du général Galliéni. En outre de sa portée humanitaire et sociale qui va de soi sans qu'il y ait lieu d'y insister, elle a à Madagascar une portée économique spéciale. Comme le dit le général Galliéni dans les premières instructions qu'il a donnés sur cet objet : « En outre du devoir d'humanité qui nous incombe et de l'obligation de nous attacher nos nouveaux sujets, nous travaillons ainsi au développement de la race malgache. C'est là une véritable nécessité qui s'impose à nous pour remédier au plus grave inconvénient que ren-

contrent à Madagascar les projets et entreprises de colonisation, c'est-à-dire au peu de densité de la population. »

Ce qu'il faut à Madagascar avant :tout, c'est la main-d'œuvre. En fortifiant et en multipliant par une meilleure hygiène et un développement de la natalité, la main-d'œuvre actuelle, nous ne remplissons pas seulement un devoir social et moral, mais nous employons le meilleur moyen pour mettre l'Ile en valeur. Dès maintenant ce service a reçu à Madagascar un développement qu'il n'a, croyons-nous, encore atteint dans au cune autre colonie.

Il serait injuste d'ailleurs de méconnaître les efforts faits déjà dans cette voie avant notre occupation par les différentes missions religieuses, notamment en ce qui concerne les léproseries.

L'assistance médicale est organisée par province. Chaque province dispose d'un budget dit : « Budget de l'assistance médicale indigène » alimenté : i° par une subvention du budget local calculée à raison de 0 fr- 50 par an et par habitant; 2° dans certaines provinces (le Betsiléo par exemple), par une taxe spéciale des léproseries, que double une subvention du budget local de même importance que le montant de la taxe; 3° par des dons en nature ou en argent.

Dans chaque province ou cercle fonctionne une commission d'assistance médicale et d'hygiène présidée par le chef de la province ou du cercle et composée d'un médecin militaire, d'un fonctionnaire européen, du gouverneur principal indigène, d'un médecin indigène de colonisation et de notables indigènes nommés par le chef de province.

Un hôpital indigène doit être établi au chef-lieu de chaque province. L'admission des indigènes aux hôpitaux, les consultations et les délivrances de médicaments sont gratuites, mais des salles spéciales peuvent être aménagées dans les hôpitaux pour des malades payants.

Des contrats peuvent être passés avec des établissements de bienfaisance privés, qui reçoivent des malades moyennant paiement d'une subvention du budget provincial.

C'est ce qui a lieu pour la léproserie de Farafangana, créée par la mission lazariste, et à Tulear où la mission luthérienne

séance de vaccination.

norvégienne prépare également la création d'une léproserie, l'Etat se dispensant alors sur ces deux points de créer des établissements similaires.

Tout l'ensemble du service ainsi que les commissions régionales ressortent du comité central fonctionnant à Tananarive sous la direction du directeur du service de santé.

PROVINCE DE FIANARANTSOA

L'assistance médicale y fonctionne dès maintenant régulièrement.

Elle est à proprement parler l'œuvre personnelle de M. le médecin-major de l""^ classe Beigneux, Depuis plus de deux ans, il s'y est voué tout entier. J'ai eu à maintes reprises l'occasion de rendre hommage à cette œuvre et de témoigner mon admiration pour le dévouement sans bornes et l'abnégation du docteur Beigneux, dont le nom est entouré d'un véritable prestige parmi toute la population du Betsiléo.

Elle mériterait une étude spéciale, qui ne peut trouver place ici, mais dont il faut souhaiter qu'il se fasse quelque jour une monographie.

Je me borne donc à un résumé des résultats obtenus en 1901 :

Entrées à l'hôpital : hommes 491, femmes et enfants 353. Total : 844.

Journées de traitement : hommes 16.947, femmes 7.993. Total : 24.940.

Consultations gratuites journalières : 61.051.

Vaccination. — Chaque semaine, à l'ambulance, il y a une séance de vaccination. Chaque mois, une tournée faite par un médecin de colonisation. Les indigènes viennent en foule d'Âmbohimahasoa et même de la région tanala d'Ikongo.

Il y a 98 p. 100 de réussites.

Le nombre des vaccinations s'est élevé à 109.431, soit presque un tiers de la population.

Maternité. — Une salle de l'ambulance a été consacrée aux accouchements, dont beaucoup ont été l'objet de traitements antisyphilitiques.

C'est sur ce point que les résultats les plus considérables ont été atteints :

En 1900, le chiffre des avortements était de 20 p. 100;

En 1901, ce chiffre tombait à 6 p. 100.

Ce résultat offre un intérêt capital, puisqu'il influe directement sur le chiffre de la natalité que nous avons tant d'intérêt a développer.

Les femmes viennent de plus en plus nombreuses et ont perdu ce sentiment de crainte si vivace encore dans les populations plus sauvages du Sud.

Il n'existe pas à Fianarantsoa de sages-femmes diplômées, quelques-unes ont fait un stage à l'hôpital établi avant notre arrivée par la mission anglaise de Londres. Il y aurait un réel intérêt à exiger des sages-femmes exerçant à Fianarantsoa, qui toutes sont des empiriques, un stage à la maternité de l'ambulance.

Il y a une consultation spéciale pour les nourrissons de moins de 18 mois. Ils reçoivent à l'hôpital la quantité de lait dont ils ont besoin. L'énorme mortalité infantile vient surtout de ce que les enfants sont astreints trop tôt au régime du riz. Chez les enfants soignés à l'hôpital, on n'a relevé qu'une mortalité de 2,72 p. 100, tandis que dans la province la mortalité infantile est de 32 p. 100.

Orphelinats. — Il est inutile de créer des orphelinats dans la province de Fiana/antsoa. Les indigènes adoptent très facile^ ment les enfants étrangers. Il suffît de les encourager dans cette voie. Actuellement on donne une prime de deux francs par mois par enfant assisté. Cette prime est donnée en nature (lambas, toiles, etc.).

Incurables. — Dans le plan du futur hôpital indigène est prévu un pavillon de 6 places pour les aliénés.

Léproserie. — Elle a été instituée par arrêté du 20 avril 1900, créée par M. l'administrateur en chef Besson, et a reçu en 1901 une très grande impulsion.

On a construit une infirmerie de 8 lits et une maison pour le surveillant, fait de nombreuses plantations d'arbres; chaque lé-

preux, en outre des rizières, a un jardin à lui oii il cultive des plantes vivrières et potagères.

En 1902, la léproserie comprendra 20 cases à 4 compartiments et 20 à 2 chambres, qui permettront d'y installer les 550 lépreux qui existent encore dans la province à l'état libre.

Il existe, en outre, trois léproseries créées par les différentes missions religieuses. La léproserie de la mission catholique avec 70 malades, la léproserie de la mission protestante anglaise avec 54 malades et la léproseriq de la mission luthérienne norvégienne avec 30 malades (1).

Médecins de colonisation. — Les deux médecins de colonisation font surtout les tournées de vaccination.

Résultats obtenus. ■ — La mortalité générale a diminué d-e 15 p. 100.

Décès : en 1900, le chiffre des décès était de 45 p. 1.000; en 1901, ce chiffre est descendu à 30 p. 1.000.

Naissances : en 1900, le chiffre des naissances était de 30 p. 1.000; en 1901, ce chiffre est monté à 52 p. 1.000.

Les décès ont donc diminué d'un tiers et les naissances augmenté d'un quart.

D'après ces données, si ces résultats se poursuivent, la population du Betsiléo doublerait en 30 ans.

L'hôpital indigène n'est encore installé que provisoirement et fort mal d'ans des locaux de fortune improvisés autour de l'infirmerie-ambulance, en attendant l'achèvement de l'hôpital indigène. La construction de ce dernier vient d'être commencée avec les crédits fournis par le budget provincial de l'assistance médicale sur un emplacement contigu à celui de l'hôpital militaire.

Il existe en outre, à Fianarantsoa, un hôpital dépendant de la Société des missionnaires de Londres. Son installation est très bonne, avec ce souci de confort et d'élégance que les Anglais apportent à toutes leurs constructions et que nous sommes trop portés à négliger; aussi, bien que les ressources en personnel et en matériel y soient très inférieures à celles de

(1) Chiffres de 1901.

notre formation sanitaire et que la médication n'y soit pas gratuite, les indigènes de condition aisée, surtout les femmes, préfèrent-ils y aller. Il est à souhaiter que, dans le nouvel hôpital indigène, on donne satisfaction par des installations séparées, payantes s'il le faut, à ce désir de certaines classes d'éviter la promiscuité.

Dès que les crédits du budget provincial le permettront, il sera construit deux hôpitaux indigènes de moindre importance dans les deux gros centres ruraux du Betsiléo : Ambalavao et Ambohimahasoa.

PROVINCE DE FARAFANGANA

Le service de l'assistance médicale a été installé à Farafangana en 1901 par M. le docteur Kérandel.

11 comprend :

1" Un service de consultations gratuites, qui a réussi dès l'origine auprès des Hovas et des Betsiléos étabhs sur la côte, mais qui est bea.ucoup plus lent à faire accepter par les autres populations. Celles-ci, surtout en ce qui concerne les maladies à long traitement, d'effet non immédiat, conservent leur confiance dans le sorcier. Mais il sufïït de la cure heureuse d'un cas ditTicile pour établir l'influence du médecin européen. C'est ainsi que le docteur Kérandel, ayant réussi coup sur coup cinq opérations de la cataracte, a acquis une autorité qui lui a gagné la confiance des indigènes. La consultation indigène a maintenant environ 40 malades;

2° Un hôpital indigène, qui s'installe en 1902 avec un pavillon d'hommes pour 10 lits et un pavillon de femmes pour S lits. Il sera doublé en 1903 et augmentera progressivement avec les ressources du budget provincial. Chez ces populations moins avancées que les Hovas et les Betsiléos, les débuts de l'hôpital ont rencontré des difficultés qui se présenteront souvent. Les sorciers ont cherché à en détourner les indigènes, répandant les bruits les plus terrifiants sur notre médication, nous prêtant des arrière-pensées hostiles aux indigènes, présentant l'hôpital comme une prison oii les gens seraient amenés clandestinement et de force;

3° Un service de vaccination gratuite. Ce service, qui obtient de si grands résultats dans le Betsiléo, a trouvé ici une difTiculté spéciale. Le vaccin préparé à Tananarive, et qui réussit parfaitement sur le plateau central, a généralement échoué. Rien n'est plus défavorable, au point de vue de notre action médicale sur les indigènes. Le fait s'étant produit sur plusieurs autres points de la côte, il a été reconnu que l'altération du vaccin était due à la grande différence de climat et de température; il y sera remédié au moyen d'une préparation spéciale à Diégo- Suarez du vaccin destiné aux régions côtières et chaudes;

4° Une léproserie créée en 1902, par la mission lazariste, à laquelle la colonie donne simplement une subvention de 60 francs par lépreux et par an. Au bout de quatre mois cette installation, poursuivie avec la plus grande activité par le R. P. Lasne, comprenait déjà un village de 50 cases, contenant chacune 2 lépreux, soit 100 (1). Il sera étendu au fur et à mesure des res; sources que trouvera la mission, de manière, si possible, à hospitaliser les 2.000 lépreux environ que contient la province. Il est entouré de rizières et de terrains à mettre en culture, à exploiter par les malades, les lépreux y menant la vie libre, suivant le principe fixé pour tous ces établissements. Les soins leur sont donnés par deux religieuses dépendant de la mission lazariste, qui, en attendant d'avoir pu former des auxiliaires indigènes, donnent elles-mêmes tous les soins aux malades et assurent tout leur service.

Il restera à y adjoindre une maternité pour isoler les parents des enfants qui, parfois, naissent sains et peuvent le rester.

Le médecin de l'ambulance est le directeur technique de la léproserie, qu'il inspecte périodiquement.

Il n'a pu encore être envoyé de Tananarive, faute de sujets, aucun médecin indigène de colonisation. Il en faudrait quatre au moins à répartir dans les principaux centres, pour le service des vaccinations et des consultations journalières, sous la condition d'évacuer sur Farafangana les malades les plus sérieux.

Il serait de la plus haute importance également d'avoir des

(1) Mai 1902.

sages-femmes indigènes formées à Tananarive ou à Fianarantsoa. Dans la campagne que nous poursuivons pour développer la natalité et pour lutter contre la mortalité infantile, nous rencontrons un sérieux obstacle dans le crédit dont jouissent les <( matrones » auxquelles les indigènes laissent le privilège de soigner les femmes en couches. Ignorantes de tout soin de propreté, usant des procédés les plus défectueux, elles contribuent largement à la stérilité des femmes et à la mortalité des enfants.

La province de Farafangana est celle du Sud où l'organisation de l'assistance médicale est la plus urgente. Elle est très populeuse, habitée par des populations prolifiques et laborieuses, qui fournissent une des meilleures mains-d'œuvre de l'Ile et peut devenir un véritable réservoir de travailleurs pour la côte Est. Il y a donc un réel intérêt à la développer encore en y répandant les soins médicaux et à y combattre énergiquement l'alcoolisme. Pour ce dernier point, M. l'administrateur Bénévent a d'ailleurs provoqué une élévation de droits qui, en restreignant la fabrication du toka ou rhum malgache, pourra atténuer ce fléau.

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