‹ Dans le sud de MadagascarChapitre 50 sur 56 · CERCLE DE FORT-DAUPHIN · texte numérisé non relu

CERCLE DE FORT-DAUPHIN

Le service de l'assistance médicale indigène prévu à partir du 1*' janvier 1902 comporte :

1° Un service de consultations gratuites auquel M. le docteur Mayer a donné une vive impulsion en 1901;

2" Un hôpital indigène de 25 lits pouvant être établi économiquement avec les matériaux de démolition des baraquements de Rova (1), auxquels doivent être substitués de nouveaux casernements ;

S** Un service de vaccination gratuite;

4** Un village de lépreux pour une quinzaine de familles seulement, les lépreux étant rares dans la province.

L'organisation ne s'appliquera, pour le moment, qu'à la par-

(1) « Citadelle », en langue hova.

tie orientale de la province habitée par les Tanosy, qui sont les seuls assez accoutumés à notre contact pour que le médecin ait accès auprès d'eux.

La plupart des observations signalées pour la province de Farafangana s'appliquent également ici.

CERCLE DE TULEAR

Le service de l'assistance médicale prévu à partir du 1" janvier 1902 comporte :

1° Un service de consultations gratuites. Il fonctionne déjà largement sur l'initiative des médecins militaires qui se sont succédé, et son crédit parmi les indigènes a été favorisé par les cures heureuses de deux grands chefs, Impoinimerina et Rebiby, par M. le docteur Pin, à qui les indigènes ont dès lors donné toute leur confiance;

2° Deux hôpitaux, l'un à Tulear auprès de l'ambulance, l'autre à Ankazoabo, le centre important des Bara-Imamono;

3° Une léproserie pour laquelle des pourparlers sont engagés avec la mission luthérienne norvégienne, pouvant contenir environ une centaine de lépreux, c'est-à-dire la totalité de ceux de la province.

L'organisation ne s'appliquera pour le moment qu'à la région au Nord de l'Onilahy; deux médecins de colonisation sont nécessaires, l'un pour Tulear, l'autre pour Ankazoabo chez les Bara-Imamono.

On voit, d'après ce qui précède, quelle différence de procédés il convient d'appliquer selon les populations si diverses ellesmêmes vis-à-vis desquelles on se trouve. Les unes, telles que les Betsiléos, d'état social relativement avancé, accoutumées à notre contact par l'action des missions chrétiennes établies dans le pays de longue date, sont toutes préparées à recevoir comme un bienfait le médecin et les mesures d'hygiène et de prophy-

laxie que nous introduisons chez elles; les autres, plus rebelles à ce qui vient de nous, inlluencées par leurs sorciers détenteurs jusqu'ici du monopole de la médication, témoignent d'abord d'une grande méfiance à l'égard de nos médecins. Mais il suflTit de quelques cures heureuses, surtout si elles s'appliquent à des cas dont le traitement leur a été jusque-là inconnu ou à des chefs influents, pour établir sur-le-champ le prestige du médecin et lui attirer la clientèle. Ici, comme toujours d'ailleurs, prévaut essentiellement la question de personne. Les indigènes sont vite conquis par la bienveillance d'accueil, la sollicitude, le zèle actif et surtout la patience du médecin qui se donne corps et âme à l'œuvre de l'assistance médicale. C'est, il faut le dire, l'immense majorité. On ne saurait trop rendre hommage à l'abnégation, au dévouement, au désintéressement que prodiguent les médecins coloniaux et qui font d'eux le plus souvent les agents les plus actifs et les plus efficaces de l'influence française.

Il y a tel district, habité par des peuplades réfractaires à notre pénétration, mais ravagées par des maladies, oii le meilleur chef administratif serait le médecin — à la condition qu'il fût pénétré de sa mission jusqu'à l'apostolat — et où il remplacerait avantageusement aussi bien les fonctionnaires divers que les troupes d'occupation. Je me souviens qu'en 1898, ayant à pénétrer en pays Sakalava, chez des populations, absolument rebelles à notre domination, que décimait la variole, j'avais acquis la conviction que, si j'avais eu à ma disposition une escouade de médecins munis de bon vaccin, j'aurais pu épargner toute opération militaire, assuré de voir nos adversaires venir d'eux-mêmes rendre leurs armes à ceux qui leur eussent apporté le remède au mal qui les frappait.

A ces médecins coloniaux, il ne manque qu'une chose, le nombre. Ils ne suffisent pas à la tâche. Si je prends pour exemple les régions que je commandais, il en eût fallu le double pour y assurer le service d'une façon strictement suffisante :

1° Le Betsiléo avec deux médecins à Fianarantsoa exigerait deux médecins mobiles pour ses 320.000 habitants;

2* La province de Farafangana, qui en a près de 300.000, exigerait, avec un médecin mobile attaché à l'ambulance, deux autres médecins, l'un au Nord et l'autre au Sud de la Mananara;

3° Le cercle de Fort-Dauphin exigerait un médecin destiné spécialement à pénétrer la population Antandroy, la plus sauvage de l'Ile, dont il serait si important d'acquérir la confiance;

4° Le cercle de Tulear, avec sa vaste superficie, exigerait un médecin affecté aux Mahafaly qui sont à peu près dans les mêmes conditions que les Antandroy, un second pour la région si peuplée et si disposée à accepter notre direction au Nord de l'Onilahy, un autre pour l'hinterland, Bétroka et Ihosy.

C'est qu'en effet le rôle du médecin mobile perd toute efficacité s'il s'applique à une région telle qu'il ne puisse la visiter qu'une ou deux fois en un an, sans suivre les effets de sa médication. L'inefficacité du trailement non suivi devient même souvent, dans ce cas, nuisible à son action. Son rôle n'est utile que s'il est affecté à une région assez restreinte pour qu'il puisse y exercer une action constante et y ramener à la petite formation sanitaire centrale qu'il y improvisera toujours, les malades qui ont besoin de soins suivis. Il lui faut un point d'attache et autour de lui un champ hmité au rayon d'action qu'il peut parcourir mensuellement. Ce n'est pas en se promenant toute l'année et en passant comme un météore qu'il peut laisser une trace durable.

De cette pénurie de médecins souffre toute la colonie et, on peut le dire, toutes les colonies. Cette situation provient en partie de l'idée qui préside encore trop souvent à la fixation de leurs effectifs. Ils sont calculés sur l'effectif des troupes, comme si le médecin colonial n'était qu'un médecin militaire et son service un service de garnison. Nous retrouvons ici encore la tendance à ramener les choses coloniales au point de vue métropolitain, à spécialiser chaque service, à restreindre le rôle de chacun, tandis que la pratique des colonies enseigne si vite la nécessité d'y tirer de chaque agent européen tout le parti possible» sans s'arrêter aux considérations de galons et d'habit. Spécialiser l'officier, l'administrateur, le médecin militaire, le médecin civil dans des attributions étroites dont il soit interdit à chacun de sortir, telle est le plus souvent la conception des bureaux, si contraire à la réalité des choses dans des pays où il y a tout avantage à économiser le personnel, à diminuer les frais généraux, à tirer de chacun le maximum de rendement et oij, du reste, les maladies, les vacances, les mutations,

la pénurie de personnel obligent dans la pratique à sortir constamment de cette spécialisation. Il existe encore une école qui, de même qu'elle regarde comme une diminutio capitis pour l'officier le rôle d'administrateur, bien qu'il y ait là pour lui un si vigoureux stimulant de toutes les facultés et un tel palliatif contre l'oisiveté, regarde comme une déchéance pour le médecin militaire le fait de sortir de la routine du service de garnison, réduit souvent aux colonies à si peu de chose, pour se consacrer à la médecine civile et surtout à la médecine indigène. Et pourtant, par la variété des cas, par la multiplicité des affections, ce sont ces dernières qui, en fournissant aux médecins coloniaux le moyen de donner la plus grande extension à la pratique de leur art, leur assurent une supériorité à laquelle rendent hommage tous ceux qui connaissent ce corps d'élite. Cfttc conception de leur mission donne à celle-ci un intérêt, une portée sociale et humanitaire qui sont des stimulants dont on ne saurait méconnaître l'importance et qui ont une influence indéniable sur la valeur morale et intellectuelle de ceux qui l'ont ainsi comprise. Si donc, dans notre nouvel empire colonial, on reconnaît au médecin le rôle civilisateur et bienfaisant qui lui revient de droit, il importerait d'envisager une réforme qui en étende le cadre dans une proportion qu'on peut évaluer du simple au double.

Il faudrait, comme corollaire, augmenter dans les mêmes proportions le nombre des infirmiers français qui actuellement est tout à fait insuffisant.

Je me permettrai toutefois une observation. Pour que le rôle du médecin ainsi entendu ait toute son efficacité, il faut lui laisser une large initiative, toute sa liberté d'action et une stabiUté assurée dans sa région. Il y aurait, je crois, à cet égard, à modifier les errements actuels, communs du reste à toute l'administration française, en atténuant d'une part la rigueur de la centralisation au chef-lieu de la colonie oii doit être soumis et discuté chaque projet dans chacun de ses détails avant d'aboutir, d'autre part le développement de la « paperasse » administrative qui absorbe la majeure partie du temps du médecin attaché à une formation sanitaire au grand dommage de son service actif et, enfin, la fréquence des mutations si pré-

judiciables, surtout en des pays où toute action sur les indigènes est exclusivement question de personne.

L'institution de médecins indigènes de colonisation formés à l'école de médecine à Tananarive complète de la façon la plus heureuse l'organisation de l'assistance médicale. Il est évident qu'ils peuvent être les meilleurs intermédiaires entre les indigènes et nous; on en réclame partout et, lorsque leur recrutement sera assez étendu, on en emploierait facilement dix dans le Sud. Toutefois, on me permettra de dire qu'il y a là un écueil à éviter. Le général Galliéni a nettement défini leur rôle dans ses instructions sur l'assistance médicale : « Ils sont formés en vue d'un résultat immédiat, qui est, non pas de préparer des savants, des spécialistes, mais de former des praticiens complètement familiarisés avec les traitements et les soins qu'exigent les maladies ou affections courantes et pouvant en outre, dans les cas les plus graves, permettre d'attendre ou quelquefois de suppléer le médecin européen. ; )i Mais ces médecins se recrutent jusqu'ici et se recruteront longtemps eur core chez les Hovas. Ils ont les qualités de la race, l'intelligence et la faculté d'assimilation, mais aussi ses défauts, ses prétentions et son âpreté au gain. Répandus dans les provinces, ils se résignent mal au rôle d'auxiliaire modeste du médecin européen. Ils se targuent d'être de vrais docteurs qu'ils ne sont pas et cherchent parfois à se dérober à leur rôle subalterne pour faire autant que possible de la clientèle payante. Au lieu des « affections courantes », ils sont attirés par les opérations graves et exceptionnelles qu'ils essaient parfois de pratiquer à l'insu du médecin européen. Ils sont très fiers de leurs broderies d'or, plus voyantes que les modestes galons de nos médecins. Peut-être y aurait-il intérêt à les ramener à un sens plus juste de la réalité, en atténuant leurs distinctions extérieures, mais surtout en trouvant pour les désigner un qualificatif intermédiaire entre celui de médecin (qui se transforme vite en celui de docteur) et celui d'infirmier, qualificatif qui répondrait ainsi à leur véritable rôle, celui pour lequel ils ont été institués et dans lequel ils peuvent rendre de si éminents services (1).

(1) Voir à oe sujet la Bévue des Deux-Mondes du 15 mai 1902, où Mma

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