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ENSEIGNEMENT

Au moment de sa création, le commandement supérieur du Sud a été constitué en une circonscription scolaire spéciale. Un inspecteur de l'enseignement y a été affecté avec résidence à Fianarantsoa comme les autres chefs de service.

École officielle François de |lilab>

L'enseignement est officiel ou privé. Le premier est donné par des instituteurs indigènes formés dans les écoles de l'Etat, le second par des instituteurs indigènes formés dans les missions des diverses confessions chrétiennes et aussi par les missionnaires eux-mêmes.

Th. Bentzon, exposant l'intéressante organisation médicale établie dans la Petite-Russie, signale les médecins inférieurs, espèce d'officiers de santé portant le nom spécial de « feldshër », les distinguant nettement à la fois du vrai médecin et de l'infirmier.

Madagas'ar. 2*

Les deux enseignements sont régis par l'arrêté du 25 mars 1901, qui règle le fonctionnement de l'enseignement officiel ainsi que les rapports de l'Etat avec l'enseignement privé, en stipulant les conditions sous lesquelles ce dernier peut bénéficier de certaines subventions et de certains avantages.

JEnseâgncment orficiel.

L'enseignement officiel n'existe dans le Sud que dans les provinces du Betsiléo et de Farafangana. Il comprend : une école supérieure à Fianarantsoa, l'Ecole normale François de- Mahy, ayant comme personnel français un directeur, une directrice et deux adjointes; 34 écoles primaires dans le Betsiléi et 4 écoles primaires dans la province de Farafangana, toutes dirigées par des instituteurs indigènes brevetés à l'Ecole François de Mahy.

L'Ecole normale François de Mahy, est installée depuis le 7 février 1902 dans des locaux définitifs, spacieux et appropriés à leur destination, qui ont remplacé avantageusement les locaux provisoires où elle avait été établie d'abord. Aux termes de l'arrêté qui a créé les écoles normales (3 en tout pour Madagascar), elle devrait comprendre: 1° un cours normal destiné à former les instituteurs officiels; 2° une section commerciale et administrative destinée à former des employés et des fonctionnaires indigènes; 3° un jardin d'essais pour l'enseignement de l'agriculture et un atelier pour l'enseignement du travail manuel. Dans la pratique ne fonctionnent que le cours normal et le jardin d'essais, faute de personnel français disponible pour la section commerciale et pour l'atelier de travail manuel, bien que ces deux ordres d'enseignement soient ceux de la portée pratique la plus immédiate.

L'école comptait au l*' mai 1902:

181 garçons, dont 78 boursiers; 149 filles.

Elle comprend un ouvroir et une cuisine d'étude pour les filles.

Ce n'est pas un établissement provincial : c'est, avant tout,

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un établissement de diffusion de notre influence dans le Sud de l'Ile. C'est à cette idée que répond principalement l'institution des boursiers, qui ne sont pas seulement des élèves instituteurs, mais aussi et surtout des fils de chefs des peuplades Bara et Tanala destinés à succéder à leurs pères : tels le fils d'Inapaka, chef des Bara-Bé; le fils d'Isambo, chef des Bara d'Ivohibé; les fils de Raolèza, reine des Zafimarazaha de la vallée de l'Itomanpy, etc. Avant mon départ j'appelais l'attention de l'inspecteur de l'enseignement sur cette catégorie d'élèves dans les termes suivants:

L'institution des boursiers, en ce qui concerne ceux qui proviennent des régions à demi-sauvages, les plus récemment soumises, a une portée politique plus encore que professionnelle. Ils sont destinés à porter notre inlluence et les connaissances prises à notre contact parmi des populations encore très éloignées de nous; ils doivent donc être l'objet de soins particu-liers et même, de votre part, de relations personnelles qui vous gagneront leur confiance et leur amitié. Ces boursiers comprennent deux catégories : a) les jeunes gens choisis en raison de leurs aptitudes pour devenir des instituteurs et des interprètes; b) les fils de chefs, qui succéderont à leurs pères comme gouverneurs ou petits chefs dans des régions où ces fonctions sont encore traditionnellement héréditaires. Vous comprenez l'intérêt spécial avec lequel doivent être suivis ces derniers sur lesquels reposera un jour notre autorité dans leurs tribus. Lors même qu'ils ne sont pas intelligents et très appliqués au travail, ils ne doivent pas moins être l'objet de soins particuliers. Il y a lieu, en ce qui les concerne, de vous tenir en relations avec les commandants de provinces et de secteurs dont ils relèvent. Ils vous feront connaître l'intérêt spécial qui s'attache à chacun d'eux, l'emploi auquel ils sont destinés à leur sortie de l'école. Il est essentiel surtout qu'aucun d'eux ne puisse quitter l'école à votre insu, sans être aussitôt signalé, car ils sont, dans une certaine mesure, des otages entre nos mains.

A Fort-Dauphin, dans le même ordre d'idées, le capitaine Détrie, commandant le cercle, avait eu l'idée heureuse d'attirer aux écoles, sous le nom de Pupilles du cercle, plusieurs fils de chefs entretenus aux frais de la colonie. Cette institution a été maintenue et développée par son successeur.

L'enseignement donné dans les écoles primaires est très faible. Les instituteurs indigènes proviennent, comme on l'a vu,

de l'Ecole François de Mahy, qui en a breveté 26 en 1901. Ce nombre est peut-être trop considérable et la quantité a été obtenue aux dépens de la qualité. Il n'y en a guère qui soient capables d'enseigner le français avec un résultat pratique pour leurs élèves. Ils n'ont souvent conservé de leur enseignement pédagogique trop hâtif que des formules machinales. Dans ces conditions, non seulement ils ne servent à rien, mais ils offrent même un certain danger, parce qu'avec leurs galons, leur titre de fonctionnaire, leur jeunesse, l'absence de contrôle européen immédiat, ils sont pleins de prétentions et portés à abuser de leur situation. Ils ne compensent pas par une influence morale et sociale sur les enfants l'insuffisance de leur enseignement pédagogique. On verra plus loin par quel procédé il semblerait possible de remédier à cette situation.

Enseignement privé.

L'enseignement privé est donné par les missions chrétiennes des diverses confessions qui sont:

Dans le Betsiléo:

Les jésuites,

Les frères de la Doctrine chrétienne.

Les sœurs de Saint-Joseph de Cluny (à Fianarantsoa-ville),

La mission protestante française,

La « London Missionnary Society »,

La mission luthérienne norvégienne;

Dans les provinces de Farafangana, de Fort-Dauphin et de Tulear :

Les missionnaires lazaristes,

Les sœurs de Saint-Vincent-de-Paul (à Fort-Dauphin-ville),

La mission luthérienne norvégienne.

Les missions du Betsiléo ont à Fianarantsoa des écoles normales où elles forment leurs instituteurs, qu'elles présentent à l'examen annuel officiel pour le brevet. Elles y ont des ateliers professionnels, des jardins d'études et pour les filles des ouvroirs et des écoles maternelles oii, sous la direction soit des

sœurs, soit des femmes de missionnaires, s'obtiennent des résultats très remarquables et se forment de bonnes ménagères. De même, à Fort-Dauphin, la mission lazariste a un atelier professionnel où s'exécutent avec les bois précieux du pays des travaux très intéressants et qui fournit des meubles à tous les Européens de la région. Les sœurs et les dames des missions norvégiennes y ont également des ouvroirs qui donnent de très bons résultats.

École de la mission lazariste de foPt-Daapbln.

Les écoles rurales, sauf dans les localités où réside un missionnaire qui le plus souvent fait lui-même la classe, sont très faibles comme enseignement. Toutefois, grâce à l'action du missionnaire qui rayonne constamment dans son district, elles bénéficient d'un certain contrôle et d'une surveillance morale.

Depuis notre arrivée dans le Sud, la question de l'enseignement a passé par une période de tâtonnements et d'expérimentation assez prolongée pour qu'on puisse aujourd'hui en tirer des conclusions.

Je crois, pour ma part, qu'il y a certaines modifications à apporter au système actuel. Il semble que l'essentiel, maintenant que rexpérienc(î a fourni des données suffisantes, est de bien préciser le but à atteindre, de limiter l'effort, afin de le rendre plus efficace, et de profiter de ce qu'il existe sur place un enseignement privé fortement constitué pour attribuer respectivement à cet enseignement et à celui de l'Etat deux rôles bien distincts, de façon qu'ils se complètent au lieu de se faire concurrence.

Les principes à adopter pour l'enseignement dans le Sud pourraient se résumer dans les termes suivants :

L'enseignement supérieur à VEtat, renseignement primaire aux missions.

Restreindre Vensei£inement du français comme degré d'instruction et comme nombre d'élèves au strict nécessaire pour former les interprètes, employés de VEtat, fonctionnaires; maintenir l'enseignement du malgache et développer dans toute la mesure du possible l'enseignement professionnel et agricole.

Ce que demande le Sud avant tout, il ne faut le perdre de vue à aucun prix, c'est de la main-d'œuvre, main-d'œuvre agricole d'abord, main-d'œuvre ouvrière, et non pas des fonctionnaires et des lettrés. La population qui domine dans les écoles, qui y prime et qui est appelée à nous rendre les plus grands services pour la mise en valeur agricole et industrielle de l'Ile, les Hovas, n'est déjà que trop naturellement portée au mandarinat.

L'enseignement primaire aux missions, ai-je dit, mais la formule n'est pas absolue. Il est évident que, dans les régions où les missions ne sont pas établies, c'est à l'enseignement officiel qu'il faut avoir recours. Il devrait donc continuer à préparer des instituteurs primaires, non plus en nombre illimité, « à la

grosse » pour ainsi dire, mais seulement dans la proportion des besoins. Dans ces conditions, il sera possible d'être plus exigeant pour la délivrance du brevet et de faire prédominer la qualité sur la quantité. Mais dans les régions, qui sont les plus nombreuses et les plus populeuses, où sont établies les missions, l'enseignement primaire oflTiciel devient une superfétation inutile et onéreuse. Nous devons être trop heureux d'avoir là un personnel tout formé, acclimaté au pays, en connaissant parfaitement la langue et les mœurs, offrant toute garantie au point de vue de l'honorabilité et du dévouement. Il est évident qu'il faut alors le subventionner largement; c'est ce que font les Anglais dans presque toutes leurs possessions, mais si larges que soient les subventions, elles ne représentent jamais qu'une part minime de ce que coûterait un personnel similaire d'instituteurs officiels européens en soldes, indemnités, transports et constructions. La plupart des missionnaires sont fixés dans le pays sans esprit de retour, ont peu de besoins, vivent simplement. Il est impossible d'en exiger autant des instituteurs français et de leurs familles, dont les mutations, le rapatriement et les installations ne se font qu'à grands frais. Il faut considérer, du reste, qu'au point de vue de la neutralité confessionnelle et de la liberté religieuse, nous sommes ici dans des conditions particulièrement favorables puisque nous sommes en présence d'une telle diversité de confessions que les indigènes n'ont que l'embarras du choix et restent entièrement maîtres d'aller à l'une ou à l'autre. L'Etat peut donc sans inconvénient leur abandonner l'enseignement primaire, certain que leurs influences se contrebalanceront et que leur rivalité sera la meilleure des garanties contre la prépondérance abusive de l'une d'elles.

Si l'on objecte la faiblesse relative de l'enseignement pédagogique généralement donné par les missions, j'oserais dire que c'est peut-être précisément là qu'est leur avantage. Le petit bagage de français et de connaissances générales qu'elles donneront à leurs élèves est bien probablement tout ce qu'il leur faut de longtemps, et l'enseignement officiel, comme nous le verrons tout à l'heure, sera toujours là pour donner une instruction intensive à un aussi grand nombre d'apprentis fonctionnaires et employés qu'il sera nécessaire. Par contre, avec

les missions, la stabilité de leurs membres, leur connaissance des indigènes, on sera assuré d'une direction morale et sociale qui n'est pas à dédaigner. Quant à l'enseignement professionnel et agricole, auquel il importe tant de donner autant d'intensité que possible, les missions sont toutes disposées et préparées à entrer dans cette voie.

École matevnelle pfotestante française à flaoavantsoa.

L'enseignement primaire ainsi conçu, avec des visées moins ambitieuses qu'aujourd'hui, éviterait un grave péril, déjà menaçant : la formation d'une population de déclassés auxquels on ne pourrait donner d'emplois, et toute préparée à former une classe de mécontents et de besogneux. Dans le même ordre d'idées, nous avons pu constater dans le Sud combien il importe d'être très réservé à l'égard de l'envoi des indigènes dans les écoles de France. Ni les discours', que tiennent ceux qui en reviennent, ni les lettres qu'écrivent à leurs amis de Madagascar ceux qui s'y trouvent ne sont favorables à notre autorité.

Il est évident que cette conception de l'enseignement a pour condition expresse le loyalisme absolu des missions. Il est su-

perflu de dire que celui des missions françaises, de quelque confession qu'elles soient, est sans réserve. Les membres européens des missions étrangères s'efforcent, il faut le reconnaître, de nous donner toute garantie à cet égard : plusieurs d'entre elles ont même adjoint des instituteurs français à leurs principales écoles. Toutefois, il est impossible de méconnaître qu'il subsiste, chez certains adhérents indigènes des missions anglaises dans le Sud, un souvenir des anciennes rivalités et une tendance à accueillir les bruits défavorables à notre domination, îl n'y a pas là de question confessionnelle, mais une question purement politique. La preuve en est que les adhérents indigènes des missions protestantes norvégiennes ne nous donnent pas la même préoccupation. Les indigènes savent parfaitement d'une manière générale que la France et l'Angleterre se sont trouvées en rivalité fréquente, qu'il y a eu entre les deux nations lutte d'influence pour la suprématie à Madagascar; quelque loyaux que soient à notre égard les nationaux anglais établis dans l'Ile, il leur est impossible d'empêcher que les mécontents, tous ceux qui pensent qu'ils trouveraient profit à un changement de domination, ne tournent instinctivement les yeux de leur côté. Celte disposition se trouve notamment parmi ce qui subsiste de l'ancien parti Hova, qui avait subi à un si haut degré l'empreinte anglaise, et dont il y a des représentants sur presque tous les points de l'Ile. Il n'y a pas lieu d'insister ici sur cette question : il sufTit, du reste, pour parer à tout péril, que l'Etat exerce constamment le contrôle qui lui revient et use de fermeté à l'égard de tout établissement dont l'influence prendrait un caractère hostile à notre autorité.

Quant à l'enseignement ofTiciel, le rôle à lui réserver est autrement important que celui qui lui reviendrait en cherchant à y développer avec intensité l'enseignement primaire.

C'est avant tout un rôle d'inspection et de modèle. Il faudrait l'envisager comme le régulateur, le stimulant des divers enseignements privés et non pas comme leur concurrence.

Il semble qu'en principe il ne devrait avoir que des écoles normales; les écoles primaires ne seraient que des exceptions pour les régions qui échappent à l'action des missions, dans

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la mesure toutefois où l'on jugerait utile d'y introduire l'enseignement.

Dans ces écoles normales, formant, comme le spécifie l'arrêté du 25 mars 1901 (chapitre III du titre II), le degré supérieur de l'enseignement, la prépondérance serait donnée à la section commerciale et administrative et à l'enseignement professionnel manuel.

La section commerciale et administrative, destinée à former des employés des divers services de l'Etat, — télégraphie, topographie, comptabilité, etc., — des agents pour les maisons européennes, serait constituée avec une supériorité d'enseignement pratique qui y attire, au sortir de l'enseignement primaire, les meilleures élèves des missions.

Pour les sections de l'enseignement professionnel et agricole prévues par l'arrêté du 25 mars 1901 sous le nom d' « écoles régionales », l'Etat possède comme personnel, notamment parmi le personnel formé au génie et parmi les ouvriers régimentaires libérés, et comme matériel, les ressources qui manquent aux missions.

Réorganisée sur ces bases dans le Sud, l'école François de Mahy, de Fianarantsoa, serait réellement une école de l'enseignement supérieur spécial, tandis qu'elle est en réalité surtout encore une école primaire. En prévoyant pour l'avenir une école de même ordre à Tulear pour les populations de l'Extrême- Sud, la part de l'Etat serait suffisante.

Dans ces conditions restreintes, il serait possible alors de constituer les écoles officielles d'une façon solide et pratique, de recruter pour ces établissements peu nombreux et d'un rôle bien défini un personnel de premier ordre. C'est ainsi seulement que l'enseignement officiel serait en mesure d'exercer dans toute sa plénitude son double rôle vis-à-vis de l'enseignement privé : celui de modèle régulateur donnant dans ses écoles un exemple des méthodes les plus pratiques et les plus modernes dont les écoles privées pourraient constamment s'inspirer et oij elles trouveraient un stimulant qui les empêchât de se maintenir dans des routines surannées; celui d'inspection, ses représentants ayant comme mission, ainsi qu'il a heu dans les possessions anglaises, d'inspecter les écoles privées, d'en contrôler le fonctionnement, de fournir à l'autorité les éléments

nécessaires pour lixer le chiffre des subventions et pour classer les écoles dans les catégories donnant droit à certains avantages, prévues par l'arrêté du 25 mars 1901, mais se gardant toutefois de les pousser dans une voie pédagogique uniforme, y encourageant la prédominance du travail manuel et n'exprimant pas le regret, comme j'ai vu le fait se produire, que, dans une école de filles, l'enseignement du français et de la géographie ne soit pas aussi développé que l'enseignement de la couture et des soins du ménage.

On comprend quelle qualité de choix un tel rôle exige de ceux qui en sont chargés. Il ne faut pas que le contrôleur soit trop notoirement inférieur au contrôlé. L'enseignement privé possède à sa tête, dans chacune des missions, des hommes distingués par leur valeur intellectuelle, leur expérience, la haute dignité de leur vie : ces qualités doivent se retrouver au même degré chez ceux qui ont charge de contrôler leur action. Ce n'est évidemment qu'en se limitant à un petit nombre d'agents, mais alors de premier choix, qu'on peut espérer trouver ces qualités à un degré tel que l'organisme officiel, son personnel, l'enseignement qu'il donne, apparaissent, aux yeux des indigènes aussi bien qu'aux yeux des Européens, avec la supériorité qui doit le caractériser.

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