‹ Dans les cachots de Nicolas IIChapitre 11 sur 46 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Le procès dura huit jours, depuis le matin jusqu'à minuit; il nous brisa et épuisa tous à l'extrême. J'étais lié mains et pieds, dans l'impossibilité de parer les coups. Je ne pouvais pas m'avouer membre de l'Organisation de Combat, car j'aurais reconnu l'exactitude des dénonciations de Grigorieff et de Katchoura à mon égard et, par là même, indirectement, à l'égard des autres contre qui il n'existait aucune preuve positive, si bien que le tribunal fut forcé de les acquitter.

D'autre part, il m'était impossible de déchirer complètement le filet de calomnies et d'insinuations de Katchoura et de Grigorieff. En effet, le caractère de ses dépositions montrait que Katchoura évitait d'impliquer et de dénoncer des personnes qu'il croyait en liberté. Et nous considérant, Vaïtzenfeld et moi, comme condamnés d'ores et déjà, il mettait tout sur notre compte, — les morts ont bon dos!

Il eût été facile de faire crouler d'une chiquenaude toute la machination, créée par Troussevitch et certifiée par Katchoura, d'après laquelle

ce dernier, ouvrier inconscient et innocent, aurait été entraîné et poussé presque de force à des actes terroristes.

Il eût été facile de prouver, àl'encontre de ce qu'affirmait Katchoura, que c'était lui^ qui avait exercé une énorme influence sur les cercles ouvriers d'Ekaterinoslav, que c'était à lui^ qu'on obéissait, et que c'était lui^ qui relevait le courage des ouvriers. Mais, d'abord, on n'aurait pu, dans ce cas, éviter de donner des noms de personnes et de lieux; ensuite, Katchoura, par méchanceté ou par vengeance, aurait pu compromettre tout une série de ses camarades ouvriers. Nous décidâmes, Vaïtzenfeld et moi, de nous abstenir, autant que possible, de toute objection.

Quant aux GrigoriefF, il eût été facile de leur mettre le nez dans leurs ignominies, ce qu'ils n'auraient pas volé, somme toute ; mais c'eût été, tout de même, les exposer, la femme surtout, à une condamnation certaine. Nous préférâmes, M"« Remianikofî et moi, garder le silence.

J'avais la mort dans l'âme. Est-ce d'un tel procès, que j'avais rêvé ?... La pensée des camarades en liberté m'était profondément douloureuse. Comme ils devaient souffrir! Et cela d'autant plus que, dans leur ignorance de la vérité sur les Grigorieff et sur Katchoura, des pensées pénibles et des doutes inquiétants pouvaient se glisser dans leur esprit.

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