CHAPITRE IX
Les jours s'écoulent ainsi. Nous sommes à notre lune de miel. Et toujours plus fréquemment, toujours plus obstinément, toujours plus impérieusement, nos paroles et nos pensées reviennent au dehors.'
Qu'est-ce qui s'y passe donc, en fin de compte ?
Nous n'en savons rien d'une façon précise. Les officiers se défilent avec des phrases vagues ; quant aux sous-officiers, on ne parvient pas à leur tirer quoi que ce soit. Nous savons que l'assassinat de Plehve a été salué d'un cri de joie universelle. Nous savons que cet assassinat a été suivi d'un élan général qui a abouti au printemps de décembre. Nous savons que ce printemps a été suivi immédiatement d'un nouveau retour de la réaction, qu'il y a eu, d'abord, des troubles, ensuite de grands actes du 18 février. Mais quels troubles ? Quels actes ? Quel rapport entre ces actes et ces troubles? — tout cela reste énigmatique.Ge qui nous importe le plus, c'est de connaître les causes précises de la convocation de la Douma du 6 août. Cette convocation
est-elle le résultatd'un mécontentement vague du pays, de la nécessité reconnue de réformes ?Résulte-t-elle,aucontraire,de la pression des classes laborieuses, entrées activement dans la lutte?
Dans la première hypothèse, pensons-nous, ces réformes n'iront pas plus loin ; dans la seconde, tout ce qui se passe n'est qu'un commencement. Or, si ce n'est qu'un commencement, c'est la chute de Schulsselbourg qui est au bout.
Mais là de sombres doutes nous envahissent. L'oukase convoquant la Douma, parut le 6 août ; or, au mois de juillet, c'est-à-dire quelques semaines plus tôt, on avait commencé à bâtir à Schlusselbourg, à côté de la prison, une église pour les détenus.
Pendant vingt-deux ans, la prison avait existé sans église. Et si, quelques semaines à peine avant l'oukase sur la Douma, le tsar eut l'idée de bâtir une église pour le salut de l'âme des grands pécheurs (coût de ce salut: 40.000 roubles), il est évident qu'au mois de juillet, les gouvernants étaient bien loin encore de penser que c'en était fait de la prison de V empereur ei^ par conséquent, de la cause de V empereur.
Mais, quoi qu'il en soit, des hommes, couchés dans un cercueil et désespérant d'en sortir jamais, entendent un coup. On dirait que des mains vigoureuses s'efforcent d'arracher le couvercle du cercueil solidement cloué. L'esprit, prudent, habitué à des déceptions, dit :
— Non, on ne l'arrachera pas. Reste tranquille... Renonce à l'espoir. Dors, le cœur!
Mais le cœur, réveillé par le coup vigoureux, ne s'apaisera plus, ne se rendormira pas...
Le rêve de toute notre vie, le jour de la liberté dans la Russie libre, est, semble-t-il par moment, sur le point de se réaliser. Mais on redoute de s'y fier. On redoute de se nourrir d'espoirs. On ne s'y fie que la nuit. Au ciel sombre, les étoiles brillent d'un vif éclat. Et ces témoins muets d'interminables souffrances pendant des dizaines d'années observent maintenant, impassibles et froids, à travers les grilles, sur les mêmes lits, 'les mêmes hommes, mais déjà pâlis et blancs comme neige, passant des nuits d'insomnie, poursuivis parla pensée obsédante de la vie et de la liberté.
Et, dans la journée, à la promenade, quoi qu'on fasse, la conversation revient toujours à la même question : t Que se passera-t-il lorsque cela arrivera ? »
Les uns démontrent que la Douma pourra fort bien siéger à Saint-Pétersbourg, tandis que les criminels d'Etat siégeront a Schlusselbourg. Les autres affirment, au contraire, qu'au moment de la convocation de la Douma, c'est-àdire vers le 6 janvier, on mettra en liberté au moins les vieiu\ et cela même dans le cas où il n'y aura pas de nouvelles victoires de l'opposition.
Tous les efforts de reprendre le train-train
habituel, de se remettre à la lecture — heureusement qu'on est autorisé maintenant à faire venir des livres à ses frais — restent vains : la vie taquine, la vie attire...
Vers le 20 octobre, nous notons de l'agitation parmi les gendarmes. Ils se forment en groupes, parlent à voix basse et, dès qu'ils nous aperçoivent, se taisent. Nous tendons l'oreille, mais sans réussir à rien apprendre. Dimanche, le 23, je crois, pendant le dîner, arrive une dépêche : le starosta frappe (1). « Огал^ез nouvelles : Withe nommé Président du Conseil; composition du ministère, libérale ; grandes réformes promises. Réunion dans le grand potager. »
Quelqu'un répond en frappant :
— Withe... filou... mettra dedans.
Un autre rectifie.
— Un filou, soit! Mais, tout de même, pas un gendarme. Je propose un vote de confiance au ministère du filou intelligent.
Apeine les portes ouvertes у;ош- la promenade^ que tous se précipitent au grand potager. D'après le règlement, on n'a le droit de s'y promener qu'à quatre. Mais cette fois, étant donné le changement de ministère, deux camarades réussissent à y sauter en maraudeurs : les gendarmes sont d'humeur bienveillante.
(1) A Schlusselbourg, on a l'habitude de frapper non pas au mur, comme cela se fait, généralement, dans les prisons, mais à la porte, avec un objet quelconque. De cette façon, on est entendu par tous les détenus.
— Dépéchez- VOUS, le Parlement est déjà ouvert. Il n'y manque que vous.
C'est le gendarme de garde qui fait de l'esprit.
A deux pas derrière moi, se trouve un sousofficier. En descendant du perron, je suis frappé par son air quelque peu inquiet. Il semble désirer me faire une communication. Je ralentis mon pas.
— Eh bien, numéro 35 (1), vous pouvez vous réjouir. Les choses se sont bien passées comme vous l'avez dit, murmure le sous-officier derrière moi.
— Quoi, qu'est-ce qui s'est passé ? demandéje, ne comprenant pas.
— Mais au sujet des murs de Jéricho, vous vous en souvenez ? Ça s'est passé, comme vous l'avez dit, mot à mot (2). Ne vous retournez pas. Dans un quart d'heure, au premier potager... Ce sera plus commode, là-bas.
(1) Ce n'est pas par leur nom, mais par leur numéro, qu'on appelle les détenus à Schluuselbourg.
(2) Au mois de mars, lorsque le dégel avait commencé, les gendarmes, pour s'amuser, construisirent un mur de neige dans la courette de la vieille prison.
— Tout votre travail, mes petits frères, leur dis-je, ne servira de rien, comme, d'ailleurs, tout ce que font maintenant vos chefs.
— Comment cela?
— Le soleil de la vérité se lèvera, votre mur de neige fondra, et cette muraille de pierres s'écroulera.
— S'écroulera ? et comment ?
— Comme les murs de Jéricho, vous savez bien..» Dès que retentira le cri : « La vérité est venue dans ce monde », aussitôt elle s'écroulera, vous verrez.
— Et ce sera pour bientôt ?
— Pour bientôt. Vous n'aurez pas le temps de gagner un nouveau galon.
Je vais au Parlement. Il y règne une agitation extraordinaire. J'apprends que lestarosta reçut, pendant le dîner, la visite du directeur (le souscommandant), venu, soi-disant, pour affaires administratives, mais, en réalité, pour causer.
Le directeur se montra d'une rare gentillesse, autant dire adorable, ce qui ne lui arrivait pas tous les jours. (Gela, aussi, est une indication barométrique.) Il se mit à parler de courants à Saint-Pétersbourg.
— Il y a un nouveau cabinet. Withe est président du Conseil ; les ministres sont libéraux. La Douma est modifiée : législative et non consultative. Le droit électoral est élargi... En général, un vrai régime parlementaire...
— Et la liberté de la presse ? demanda le sta~ rosta.
— On parle de tout ce qu'on veut... Mais il n'y avait pas de journaux du tout, ces derniers temps.
— Gomment, il n'y en avait pas ? Pourquoi ?
— La grève. Toutes les imprimeries étaient en grève. On est resté longtemps sans journaux.
h'ânesse de Balaham elle-même (c'est ainsi qu'on a surnommé le médecin de la forteresse pour sa iaciturnité politique) se mit à parler.
— Voilà, tout s'est bien arrangé... La Russie aura, enfin, une Constitution.
En même temps, le directeur et le médecin demandèrent, en passant, qu'on leur fabriquât
des pinces à sucre et d'autres choses dans ce genre, mais le plus vite possible : ils en avaient grand besoin.
C'est justement ces événements extraordinaires qu'on discute dans notre Parlement. On fait, tout d'abord, la part, non pas de ce qui fut dit, mais de la manière dont cela fut dit. Dans la manière d'être, dans la façon de présenter les faits, dans l'intonation même on sent quelque chose de nouveau.
Ensuite, jamais, jusque-là, ni le directeur, ni, surtout, le médecin, ne communiquèrent aucune nouvelle sériçuse, et voilà que, tout à coup, ils annoncèrent un changement de cours.
Il est clair qu'il s'est bien passé quelque chose.
On se met à comparer les dates. . . Parfaitement, le 17 et le 21 étaient des jours fériés; on s'arrangea, évidemment, pour publier ces jours-là quelque manifeste. Mais que signifie la grève des imprimeurs ? Car il y eut évidemment une grande grève...
La situation est discutée avec passion dans le grand potager, et toutes sortes d'hypothèses sont émises, pendant que, en haut, sur le mur, vont et viennent les gendarmes de garde avec, aux lèvres, un sourire bienveillant...
Je dis aux camarades que nous allons, peutêtre, savoir quelque chose, un sous-officier m'ayant donné rendez-vous, et je me dirige vers l'endroit convenu. Je marche lentement, en m'appuyant sur une canne. Derrière moi, lui.
— Alors, le 35, vous voilà, tout de même, arrivé à ce jour-là. Les murs de Jéricho se sont bien écroulés.
— Parlez nettement... Que s'est-il passé, au juste ?
— Ce qui s'est passé?... Mais c'est bien simple. Le pays tout entier a refusé de servir le gouvernement.
— Gomment, le pays tout entier?... Mais qui, notamment ?
— Qui? Les ouvriers, parbleu!... Ceux-là vont toujours les premiers au combat... Puis, les zemstvos, les paysans, les employés des chemins de fer, les fonctionnaires... Tout le monde, quoi.
— Mais qu'est-ce qu'ils ont réclamé ?
— Nous ne voulons pas, ont-ils dit, servir l'ancien gouvernement, c'est-à-dire la bureaucratie, et nous en réclamons un nouveau, comme qui dirait venant du peuple.
— Comment ? Et les employés des chemins de fer? Et les zemstvos... Vous en êtes sûr?
— Si j'en suis sûr !... Le pays tout entier que je vous dis!... Nous ne voulons pas, disent-ils, servir l'ancien gouvernement.
— Et alors ? Est-ce qu'il y a eu quelque oukase ?
— Un grand oukase, le 35 ! De grandes libertés sont données et l'amnistie générale...
— Comment, l'amnistie ?... Qu'est-ce que vous racontez là ?
— Mais oui, on mettra en liberté tout le monde, ceux qui sont en prison, quoi!... On a ordonné de mettre en liberté tous les socian,' (Ытп ocrantes. (1)
— Comment ça, les socian-démocrantes ? Qui appelez- vous socian-démocrantes ? (2)
— Les politiques, quoi ! Vous tous, par exemple... Et puis, les autres, dans toute la Russie.
— Mais d'où le savez-vous ? On ne dit, peutêtre bien, tout cela que pour faire marcher la langue !,..
— Quoi, marcher la langue ! J'étais aujourd'hui de garde dans le§ bureaux, et, en ma présence, les chefs causaient entre eux : « Tous les çocm7î-<ieVwoc/*âtw/e5 seront mis en liberté », qu'ils disaient. Mais qu'est-ce que cela nous fait, à nous?... Nous en sommes enchantés, au conraire.
- Alors, quoi , on va nous libérer tout bonneiient?... De la forteresse, directement en iberté...
— Pardi!... je saispas, moi... Mais, du moment [u'on a dit : libérer donc, on doit libérer... 3hut. . .Allez, le 35 , le factionnaire nous regarde. . . iîn voilà des chiens enragés, ceux-là... Ils métraient en morceaux leurs propres frères !..,
Je m'élance дм Parlement... Dans ma tête et ans mon cœur résonnent sans cesse ces mots :
(1) Pour social-démocrates. (N- du trad )
(2) Sans doute, les autorités, dans les bureaux, en interprétant imnistie, disaient que les social-démocrates devaient être mis en 3erté. Le sous-officier a compris qu'il s'agissait de nous.
« Ils ont refusé de servir le gouvernement... Grandes libertés... Amnistie. » Je compare ces nouvelles avec les déclarations du directeur. Pas de doute : il s'est passé quelque chose...
Arrivé au Parlement^ j'apprends qu'on y a déjà reçu d'une autre source, également d'un sous-officier, des renseignements complétant les miens.
Une voix timide s'élève.
— Mais cela, messieurs^ ressemble à une grève générale.
— En voilà encore ! Une grève générale chez nous, et encore avec les zemstvos et les banques ! Non, il y a là quelque chose qui cloche.
— Qu'est-ce qui cloche ? Quelle raison ontils d'inventer ? Mais regardez-les donc ! Ils ont tous l'air ragaillardi, les jeunes, surtout... C'est clair, allez... 11 y a eu une formidable grève et, sous la pression de cette grève, le gouvernement bat en retraite.
On discute, on discute longuement; et, en fin de compte, on décide qu'il faut tâcher de recueillir d'autres renseignements.
On se disperse dans les cages. Moi, je vais dans celle de M. F. Frolenko, située à l'extrémité du couloir, oi^i il est plus commode de parler avec les gendarmes.
Le gendarme de garde dans la galerie est visiblement fort agité. Il passe près de nos cogcs d'un pas nerveux, jetant des regards circulaires, s'arrêtant à maintes reprises et nous fixant, l'air rayonnant.
Profitant du moment, où le factionnaire du mur est allé à l'autre bout, nous lui demandons:
— Pourquoi, diable, rayonnez-vous aujourd'hui, comme si c'était votre anniversaire ?
— C'est qu'il y a de si bonnes nouvelles !
— A'^rai ? Et pour qui sont-elles bonnes? Pour nous ou pour vous ?
— Mais je crois que si elles sont bonnes pour vous, elles le sont aussi pour nous.
— Allons donc!
— C'est pas votre avis?... Est-ce que je n'ai pas de parents, moi?.. Et si j'avais quelque chose à moi à la campagne, croyez-vous que je ferais ce service de chien ?... Et cela pour vingtcinq roubles!... C'est la misère qui m'y force.
— Et les nouvelles ? quelles sont-elles ?
— Mais, vous savez bien, il nous est défendu de parler, fait le gendarme d'une voix indiciblement triste et même tremblante.
— 11 vous est défendu de parler... Vous voyez, vous dites vous-même : un service de chien. En d'autres termes, vous comprenez que la cause que vous servez, est une sale cause, que notre cause à nous, c'est la vôtre... Et pourtant, les chefs vous ordonnent de vous taire, et vous vous taisez ! . . .
L'émotion du gendarme grandit sans cesse ; puis, montrant du geste le factionnaire, il s'éloigne. Mais, au bout de quelque temps, il revient.
— Ecoutez... La main sur la conscience, je voudrais tant vous raconter tout, mais, vrai-
ment, c'est impossible... On nous punit sévèrement. Demandez au chef... Il vous le dira, lui.
— Allez au diable avec votre chef! C'est avec le peuple que nous sommes et non pas avec les autorités! Nous donnons au peuple notre vie, sans le regretter, et vous,vous craignez de nous dire quelque bonne parole!...
— Mais que dire ?, . . Je ne saurai pas expliquer comme il faut... Tout croule, voilà.
— Qu'est-ce qui croule ?
— Mais la maudite bureaucratie.
— Et elle cède?
— Le moyen de ne pas céder, quand on te serre tellement la gorge, qu'on ne peut plus respirer !
— Alors, c'est qu'on lui flanque une jolie raclée, à la canaille !
— Oh! oh! si on lui en flanque une! Et pommée! fait le gendarme, les yeux allumés d'une joie cruelle.
— Et vous en êtes content, vous ?
— Pourquoi pas? Qu'on en finisse au plus vite avec cette diablesse de bureaucratie, et nous aussi nous serons mieux...
— Mais est-ce que, réellement, on songe à nous mettre en liberté ?
— On le dit... On en a parlé au bureau... Il y a, dit-on, un manifeste... Mais quoi, au juste? Ça, je sais pas... Promenez- vous... Voilà le directeur, murmure-t-il, inquiet.
Et il va faire sa tournée.
Nos renseignements, apportés au parlement^ Y font sensation. Tout montre qu'il s'est passé rjuelque chose de décisif. Les sous-officiers, Lrop naïfs, ne savent pas de quoi il s'agit; les [îhefsn'en parlent pas. Nous faisons toutes sortes de suppositions, lorsque la rumeur publique apporte un nouveau renseignement. Nous apprenons que le directeur avait erré dans la galerie avec le désir évident de causer. Il s'était arrêté près de la cellule de M. R. Popoff et, bien entendu, on avait touché, de nouveau, aux nouvelles. Ce qu'on savait déjà fut confirmé ; on apprit, aussi, du nouveau. On vint à parler de Schlusselbourg.
- Sous la Constitution, Schlusselbourg ne pourra plus subsister, n'est-ce pas ?
— Et pourquoi pas ? Il pourra toujours subsister. Seulement, il ressortira à une autre ad- Tiinistration, tranquillisa le directeur. Et il se îiit à descendre la galerie, pour couper court à me conversation gênante.
Et, dans la galerie, le sous-officier, en monrant du regard le directeur, murmura, sou- 'iant, à Popoff :
— Schlusselbourg restera. Ils mentent, les nisérables, ne les croyez pas! Tous, vous serez ibérés, vous verrez!
Au parlement,, on discute la question de Schlusselbourg : pourra-t-il, oui ou non, subsiser sous la Constitution? Les avis sont partagés.
— Pour moi, il peut parfaitement subsister.
persifle quelqu'un. On changera les boutons des sous-oiTiciers, on y remplacera les aigles par le mot : la loi. Et tout le résultat de la Constitution sera ceci : c'est au nom de la loi qu'on vous fera marcher.
Pourtant, malgré nos eff'orts de nous contenir, de nous garder de rêves insensés, quoi que nous fassions pour paraître calmes et avoir i*air de n'attacher aucune importance à tout ce bavardage de gendarmes; malgré les interruptions incessantes : « En voilà assez, n'en parlons plus. Nous en avons plein le dos », notre pensée revient toujours plus obstinément à ce bavar^ dage de gendarmes.
On se disperse dans les cellules. Et là, n'ayant plus honte des regards railleurs que les pessimistes décochent aux optimistes, chacun de nous, les optimistes comme les pessimistes, confient leurs pensées à la solitude.
Le lendemain ce sont des sujets loyaux qui sont de garde ; et il est impossible d'en rien tirer. Comme d'un accord tacite, on ne touche pas aux rêves insensés. Et pour prouver qu'ils n'attachent aucune importance à ce bavardage, quelques camarades se mettent à construire des bâches.
Mais et ce silence, et ce travail acharné aux bâches, et ce sifflementnonchalant,toutcela, c'est de la frime... En réalité, le cœur bat la chamade, et, toujours, la même pensée obsède l'esprit.