‹ Dans les cachots de Nicolas IIChapitre 3 sur 46 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Dans une voiture de luxe, escortée de cosaques, nous galopons vers la gare. On contourne la voie, et l'on se dirige tout droit à un wagon, à la grande surprise du public qui se tient au loin. Deux compartiments nous sont réservés. Le wagon est accroché au rapide. Et, en compagnie de deux officiers et de six sousofficiers, en route pour Saint-Pétersbourg!

Il y eut bien des choses intéressantes en chemin ; mais elles sont, pour la plupart, du domaine de celles dont il n'est pas commode de parler.

Des dépêches furent expédiées sur toute la ligne, ordonnant aux gendarmes d'aller à la rencontre du wagon n" ... Au public intrigué, qui interrogeait, on disait que le voyageur était un haut fonctionnaire.

Je ne puis, cependant, oublier la petite histoire que voici. Le lendemain de notre départ, l'officier de garde proposa de faire venir un repas du wagon-restaurant. Le dîner fut commandé, et l'on donna l'ordre de l'apporter dans le compartiment. Le garçon, croyant.

sans doute, servir un personnage considérable, s'élança avec aisance dans le compartiment, portant un service d'argent et trouva, allongé tout de son long sur la couchette, un gentleman, enchaîné aux mains et aux pieds, sous l'escorte de gendarmes armés. 11 fut pris d'une telle frayeur, que tout lui tomba des mains et que, pendant un long moment, il ne put revenir à lui. Mais, une fois remis de son émotion, il voulut, à tout prix, remporter son argenterie, craignant, évidemment, qu'il n'y manquât, plus tard, quelque chose. Pensez donc! Un si terrible criminel!... Est-ce qu'on sait?...

Pour des idées aussi abracadabrantes, le sousofficier de garde le traita de manant et d'andouille.

Le soir tombe. L'officier, fatigué, est assis dans le couloir. Les sous-officiers, attendris, consentent à baisser la glace. L'arôme d'une tiède nuit de printemps pénètre dans le coupé. Lentement, le train s'avance à travers un des pays les plus pittoresques: près la Vileika. Des canots glissent en cadence sur le miroir de l'eau. Déjeunes voix sonores vibrent dans l'air. Des jeunes filles, en claires toilettes printanières, nous envoient des saluts, agitant leurs mouchoirs. Le long de la rive, un grand bois vert. Çà et là, se profilent des groupes pittoresques de promeneurs. L'herbe fraîche, toute pleine de sève, avec ses myosotis, joyeux comme des

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