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CHAPITRE III

Acte premier : emballage dans le tonneau. Celui-ci n'est pas grand ; il m'arrive un peu audessous de la ceinture. Je dois m'y introduire, de façon à ce qu'on puisse mettre au-dessus de moi une couche de choucroute de trente à cinquante centimètres d'épaisseur. Pour que je n'étouffe pas, on ne met à côté de moi que le vêtement que j'aurai à emporter, une fois sorti du tonneau. Sur ma tète on cloue un rideau de cuir épais, et, sur ce rideau, on pose de la choucroute mouillée. Comme il y a peu d'air, vicié, d'ailleurs, par l'acide carbonique, on pratique dans le fond du tonneau deux trous par lesquels on fait passer deux tubes en caoutchouc, l'un pour l'inspiration, l'autre pour l'expiration. On faillit commettre une malheureuse erreur; on ne songea, d'abord, qu'à faire passer un seul tube, pour l'inspiration ; mais l'expérience montra que l'échange d'air n'avait pas le temps de se produire et que, au bout de deux à trois minutes, on commençait à étouffer.

Pour maintenir l'activité du cœur, je bois un peu d'éther et de vin ; j'emporte avec moi une provision de ces deux liquides et, aussi, de l'eau glacée.

Me voilà dans le tonneau. Je me courbe en quatre, sinon en dix. Les emballeurs me comprimentencore la poitrine. Je mets les tubes dans la bouche... Quelqu'un, hâtivement, me serre la main, un autre me baise la tête.

— Eh, bien! adieu, ami. Tout ira bien, sois tranquille !

On tend le rideau de cuir. Je n'y vois plus goutte. Soudain, on se rappelle

— L'assiette, ils ont oublié l'assiette, les misérables !

Onpassel'assiettefl). Rapidement, à plusieurs, on se met à clouer le rideau de cuir aux parois du tonneau. J'entends comme on presse, en chuchotant :

— Plus vite ! plus vite.

Plus de coups de marteau. Quelques secondes se passent. Soudain, un grand bruit: pan! panï On jette la choucroute. Le rideau de cuir commence à s'abaisser et me comprime la tète... Des rigoles glacées d'eau de choucroute coulent le long de mon corps... Bientôt, je suis tout trempé. Toute mon attention est concentrée à régulariser ma respiration... Doucement, je redresse les tubes, pour qu'ils ne fassent pas de coude... Je m'efforce de faire des respirations égales et profondes, et, surtout, de ne pas confondre les tubes, de ne pas lan-

(1) Au moment où le tonneau sera sorti de la prison, le surveillant de garde pourrait, par curiosité, fouiller avec son sabre affilé. Comme le rideau de cuir était mal cousu, on avait décidé de me mettre un casque sous forme d'une assiette ea fer.

cer l'air expiré dans le tube servant à l'inspiration et vice versa. L'obscurité est complète. Un chuchotement et le bruit de la choucroute qui tombe, me parviennent assourdis.

Une idée traverse mon esprit.

— C'est tout à fait comme des pelletées de terre, tombant sur le couvercle d'un cerceuil...

Mais cette idée ne fait que traverser mon esprit, sans y laisser de traces.

Tout à coup, j'entends un bruit. On frappe à la porte... Puis, c'est un cri inquiet.

— Mais enlève donc ! Qu'il sorte de suite !

— Qu'il sorte ?.. Comment cela... Qu'y a-t-il ?

— Le surveillant qui estaux portes de laprison, a appelé le gendarme de garde... Ils parlent à voix basse. . . Ils montrent leurs sabres. . . Ils ont, sans doute, appris... Qu'il sorte au plus tôt!

J'entends que les avis se partagent.

Les uns :

— C'est raté, d'une façon ou d'une autre. Alors, il vaut mieux qu'il sorte...

Les autres :

— En voilà des bêtises!... Est-ce qu'on sait ce qu'ils peuvent se dire... Nous allons, comme l'autre fois, nous laisser mettre dedans... Nous ne leur permettrons pas d'enfoncer leurs sabres dans le tonneau... Il faut tenter... Qui sait ? On passera peut-être (1).

(1) Tl est curieux de faire remarquer que, pendant ces débats, il Qe m'est pas venu à l'idée, pas plus, sans doute, qu'aux autres, que ie pouvais, moi aussi, avoir une opinion à ce sujet.

Le ton de ces derniers est plus impérieux. Et, bientôt, un appel à haute voix retentit :

— Hé ! les enfants, il faut porterie tonneau à la cave. Qui veut donner un coup de main? On a besoin de sept hommes.

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