Intermédiaire des Chercheurs
2. Sur « Louis XVI serrurier », v. l'Intermédiaire, 1888, 521; XVI, 711, 761; XVII, 25; l'étude de M. E. Welvert, parue dans Feuilles d'Histoire, 1^^ mai 1909; cf. Le Château des Tuileries, par P. J. A. R. D. E., Paris, 1802, t. I, 59; Souvenirs d'un Page, jDar Félix, comte d'HEZECQUES; le Correspondant, 10 février, 1918, etc.
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bien fait, qui doit singulièrement flatter Sa Majesté. » Et le même ajoute plus loin que le roi, s'étant « fait porter la serrure mystérieuse, à l'instigation de quelques courtisans prévenus, il essaya d'en découvrir lui-même le ressort. On y conduisit adroitement Sa Majesté, et Elle fut si contente de cette galanterie qu'elle donna trente louis de sa poche au corps des serruriers (1). »
On a signalé plusieurs ouvrages de Louis XVI conservés dans différents musées. Le Conservatoire des Arts et Métiers possède le tour et les outils dont il se servit; le Musée de Verdun, une serrure en cuivre, qui lui est attribuée; le Musée de Cluny, une autre serrure, pareillement en cuivre, qui aurait été façonnée par le roi. Il a, de plus, été rapporté qu'au château de Gros-Bois, acheté, en 1805, par le maréchal Berthier, et devenue la propriété de son petit-fils le prince de Wagram, se trouvent deux bons fusils fabriqués par Louis XVI (2).
A ce propos, il est permis de se demander si
L Mémoires secrets de Bachaumont^ XVIII, 103, 138.
2. Etant encore dauphin, il s'était exercé au métier d'imprimeur; on lui attribue un petit livre : Maximes morales et politiques tirées de Télémaque, imprimées par Louis- Auguste Dauphin. A Versailles, de l'Imprimerie de Mgr le I)au])lnn, dingée par A. M. Lottin, libraire et imprimeur ordinaire de Monseigneur le Dauphin. MDCCLXVI,
toutes les pièces, dont certaines d'une perfection, d'un fini, qui font l'admiration des connaisseurs, sont réellement de la façon du roi (1). Le fait est difficile à établir, et la part de collaboration qu'il a pu recevoir, assez malaisée à déterminer. On ne saurait affirmer davantage si c'est bien à Louis XVI qu'on est redevable du Supplément à VArt du Serrurier, traduit du hollandais, de Joseph Battermann, et publié par Feutry, en 1789. Cet in-4% avec gravures, a-t-il véritablement le roi pour auteur? En tout cas, la date est curieuse : 1789! La Révolution s'annonce, et l'on comprend les objurgations de l'honnête intendant, Thierry de Ville d'Avray, s'écriant prophétiquement : « Sire, quand les rois s'occupent des ouvrages du peuple, le peuple s'empare des fonctions des rois. »
Bien difi'érents de leur royal frère se montrèrent le comte d'Artois et le comte de Provence. Le premier se plaisait à tous les exercices du corps : cava-
1. On a découvert, en 1907, clans une petite ville des Etats-Unis, entre les mains d'un vieillard, Jacob Mersch, une montre qu'on a tout lieu de croire le dernier ouvrage d'horlogerie sorti des mains de Louis XVI. Le roi l'avait sur lui quand il était prisonnier au Temple; elle lui fut dérobée, la veille de son exécution, par un de ses gardiens. C'est, au dire des connaisseurs, un chef-d'œuvre d'horlogerie; le Magasin pittoresque l'a reproduit en 1907, p. 234.
lier accompli, il se vantait, en outre, de n'avoir pas son rival aux jeux de billard et de paume. Très vain de sa personne, il faisait montre de ses talents (1) en petit comité, désireux surtout de briller aux yeux de la reine, sa belle-sœur, avec laquelle il était, du reste, en conformité de goûts.
Quant au comte de Provence, le seul travail manuel auquel il se soit livré est celui de la reliure. On n'ignore pas que Louis XVIII fut un bibliophile émérite (2), et un lettré distingué, qui partageait son temps entre la littérature, la politique et son cabinet de chimie.
Les travaux manuels furent très à la mode, comme la plupart des sciences dites exactes, à la fin du
1. Le comte d'Artois s'occupa cependant de serrurerie, comme son frère Louis XVI, mais d'une façon intermittente. (V. le Livre des Collectionneurs, de Maze-Sencier, 119.)
2. Son imprimerie, car il avait son imprimerie personnelle, mit à jour les plus beaux ouvrages classiques et scientifiques. Cieéron, Virgile, Horace, furent l'objet de ses soins. Sa bibliothèque était des mieux fournies, néanmoins il acheta au prix de 100.000 francs celle de son médecin, qui pleura de joie en apprenant que son royal bienfaiteur lui en laissait la jouissance sa vie durant. Cet acte passa inaperçu, tandis que la renommée aux cent bouches avait célébré la magnificence de Catherine de Russie, faisant l'acquisition de la bibliothèque de Diderot. (Louis XVIII, Roi de France et de Navarre (1775-1825), par Jules Aper, 6-7.)
PANS LES COTJLISSES pE L'ttTSTOlRE IT] 4
siècle qui vit naître les Encyclopédistes et pendant la tourmente révolutionnaire.
On a dit qu'Eugène de Beauharnais, fils de l'impératrice Joséphine et du vicomte de Beauharnais, avait été mis, pendant la Révolution, en apprentissage chez un menuisier, mais dans des circonstances particulières : « Madame de Beauharnais, obligée, après la mort du général, son mari, de chercher un refuge hors de Paris, alla habiter Croissy, avec sa jeune fille Hortense; afin d'assurer le salut de ses enfants, elle n'hésita pas à afficher des sentiments de civisme, en allant trouver un menuisier de l'endroit pour qu'il consentît à prendre son fils en apprentissage; et c'est ainsi que le futur vice-roi d'Italie poussa le rabot et fit des copeaux, en compagnie des enfants du modeste artisan (1).»
Les princes d'Orléans donnaient leurs prédilections à la chimie et à la physique. Mme de Genlis, leur « gouverneur », avait éveillé de bonne heure, chez les jeunes gens dont on lui avait confié l'éducation, leur curiosité pour ces sciences et pour les
1. La sœur du prince, la reine Hortense, se piquait, elle, de connaissances médicales. Cf. de Budé^ Les Bonaparte en Suisse, ouvrage rarement cité et plein de détails peu connus sur les Bonaparte et leur entourage.
MADAME DE GENLIS Li LLc, ±\.l:^CES D 'ORLÉANS, SES KiÀAÏ..
(Collection de l'auteur)
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arts mécaniques. Elle avait mis un tour dans une antichambre, et, aux récréations, tous les enfants qu'elle élevait, elle-même leur donnant l'exemple, s'exerçaient à tourner. Elle avait appris successivement « tous les métiers auxquels on peut travailler sans force » : celui de gainier, faisant avec ses élèves une énorme quantité de portefeuilles de maroquin, « aussi bien faits que ceux de l'Angleterre » ; celui de vannier, où elle excellait. J.-J. Rousseau faisait des lacets, les princes en firent; et, avec cela, « des rubans, de la gaze, du cartonnage, des plans en relief, des fleurs artificielles, des grillages de bibliothèque en laiton, du papier-marbre, de la dorure sur bois; tous les ouvrages imaginables en cheveux, jusqu'aux perruques; enfm, pour les garçons, la menuiserie. » Un jouet était-il brisé, la roue d'un carrosse démontée, ils s'appliquaient à réparer euxmêmes l'objet endommagé. Le duc de Valois y surpassa tous les autres. Avec l'aide de son frère, le duc de Montpensier, il fit, pour l'ameublement d'une pauvre paysanne de Saint-Leu, une grande armoire et une table à tiroir, aussi bien travaillées que si elles eussent été façonnées par le plus habile menuisier.
Mme de Genlis avait donné l'idée à ses élèves de
faire l'intérieur d'un laboratoire, avec les cornues, les creusets, les alambics; un cabinet de physique, pourvu des principaux instruments. Elle avait complété leur éducation scientifique par des connaissances minéralogiques : outre les minéraux qu'ils pouvaient découvrir eux-mêmes, elle avait fait, à leur intention, l'acquisition d'échantillons que leurs recherches ne pouvaient leur procurer, et ils eurent bientôt des armoires pleines de madrépores, de coquillages, etc. (1).
Elle fit visiter aux princes un grand nombre d'établissements industriels; dans divers ateliers, ceux-ci purent à loisir examiner attentivement les machines et le travail des ouvriers, et chacun « notait, sur une peau d'âne, ce qui lui avait paru le plus remarquable. »
On avait commencé par la fabrication de la moutarde et du vinaigre, on alla voir ensuite comment se faisaient les épingles. Peu à peu, on s'initia aux différents genres d'industrie qui existaient à Paris et, quand la liste en fut épuisée, on se mit, à des distances qui font de ces visites de véritables voyages pour l'époque, en quête d'autres sources d'ins-