Adèle et Théodore (roman de Mme de Geiilis), t. I
truction. Les princes se rendirent à Laigle, pour y voir faire des aiguilles, à Saint-Gobain, pour y voir couler des glaces (1).
Comme la physique et la chimie, l'histoire naturelle exerça son attrait sur ces jeunes intelligences. Chaque enfant avait un jardin, qu'il cultivait luimême sous la direction d'un jardinier allemand, qui le guidait (2). A ces notions élémentaires de botanique, se joignaient les leçons plus savantes que leur donnait un maître excellent, M. Alyon, qui suivait les princes dans leurs promenades et leur apprenait à connaître les plantes qu'ils cueillaient. La matière médicale leur devint ainsi familière : l'étude de la botanique devait les conduire à apprendre les propriétés médicinales des plantes.
Mme de Genlis qui, dès sa jeunesse, aimait à faire de la médecine, et même à pratiquer la chirurgie, se serait gardée de négliger un point qu'elle estimait si important dans l'éducation des princes. « Il faut, écrivait-elle, instruire les enfants sur leur cons-
1. Mémoires de Mme de Genlis et Mémoires de la Duchesse de Gontaut-Biron.
2. Louis-Philippe conserva ses goûts i^our l'horticulture et la plantation d'arbres. Il avait un légume de prédilection, le chou marin, que son jardinier cultivait avec un soin tout particulier, afin que « le roi ne manquât pas d'avoir tout l'hiver ce mets nouveau, qu'il voyait d'un si bon œil. »
titution, sur ce qui convient en fait d'aliments, sur le régime, sur une infinité de petites maladies, sur le traitement nécessaire dans beaucoup de ces coups, coupures, foulures légères, entretien et conservation des dents; il faut les en instruire avec détails »; et elle poursuivait : « Je connais des enfants de dix ans qui savent tout cela. » Elle faisait allusion au duc de Chartres, le futur Louis-Philippe, qui savait panser et bander une plaie, avec toute la dextérité d'un professionnel (1).
Le roi-citoyen avait d'autres prétentions : il croyait s'entendre aux constructions, presque aussi bien, sinon mieux que l'architecte de ses bâtiments, qui ne se rangeait pas toujours à son avis et n'hésitait pas à combattre ses idées : « Mais, monsieur Nepveu, lui dit un jour le roi, à bout d'arguments
1. II avait tenu à ce que ses enfants acquièrent les mêmes connaissances. Lorsque le duc d'Orléans fut victime, en 1842, de l'accident de voiture qui entraîna sa mort, on courut à la recherche de médecins; il s'en présenta jusqu'à sept, en dehors de ceux qui étaient attachés à la famille royale. Ceuxci, qui arrivèrent tardivement, étaient : MM. Pasquier père, premier chirurgien du roi, et Pasquier fils, chirurgien du prince. Ce dernier n'avait jamais quitté le duc d'Orléans, il l'avait accompagné en Afrique, il lui avait même donné des leçons d'anatomie et lui avait fait faire des dissections, sous ses yeux, à l'Hôtel royal des Invalides. Mais ni ses soins, ni ceux des docteurs Blandin et Blache, arrivés les derniers auprès du moribond, ne réussirent à le sauver.
et de patience, sachez que j'ai fait beaucoup bâtir.
« — Et moi, sire, répondit l'interpellé sans se troubler, j'ai beaucoup bâti moi-même (1). »
Entre tous les souverains, le fils de Philippe- Egalité pouvait se vanter d'avoir reçu l'éducation la plus éclectique, la plus étendue. 11 avait été élevé à la rude école de la vie (2) et, par suite des événements, avait dû faire à peu près tous les métiers : tour à tour artisan et professeur, construisant des ouvrages ou donnant des leçons.
Il avait, dans sa jeunesse, suivi des cours de chirurgie à l'Hôtel-Dieu, et portait toujours sur lui une trousse. Cela lui servit dans une circonstance mémorable.
1. Napoléon I®^ se piquait également de connaissances en architecture {Revue de Paris, juillet 1833, 33 et 49).
2. On peut citer aussi comme « débrouillarde », qu'on nous passe l'expression, la duchesse de Berry; c'était, au dire d'un de ses historiens, « une femme pleine d'entrain et d'énergie, sachant sans trop souffrir se plier aux circonstances, et d'un caractère heureux, malgré tous les événements contraires... C'est ainsi que durant son expédition en Vendée, elle dut un jour raccommoder elle-même ses bas; et alors, tout en riant, elle disait : « J'avais une gouvernante qui m'apprenait à ravauder... car je ne savais pas dans quelle position je me trouverais un jour. » La Duchesse de Berry, par Thirria, 175-6.) La duchesse faisait, à ses heures perdues, de la lithographie {Intermédiaire, XVI, 708).
Le 27 octobre 1833, Louis-Philippe se rendait, avec sa famille, au Bourget, pour y attendre l'arrivée du roi et de la reine des Belges, qui venaient lui rendre visite. Un courrier de malles, qui suivait la voiture royale, fut à un moment serré par une charrette; un choc se produisit, le courrier fut projeté à terre. On transporta le blessé sur le bord de la route; après l'avoir interrogé, palpé, le roi s'écria : « Il faut le saigner; qui peut le saigner? » Personne ne répondant, le roi tira de sa poche une lancette, pratiqua une légère incision à l'aide de son instrument; tandis que les princesses déchiraient des mouchoirs et faisaient des bandes, suivant les indications paternelles. L'opération réussit; le blessé se remit parfaitement : il courait encore la poste dix ans plus tard.
Un tableau du peintre Alfred Johannot a consacré l'événement; une pendule, qui figura à l'exposition de Neuilly, le rappelle fort curieusement. Mais l'incident ne fut pas célébré seulement en peinture et en bronze : le 29 octobre 1833, la Société Monthyon et Franklin offrait une médaille d'or de grand module à Louis-Philippe, pour « ce trait d'humanité ». Selon le mot de Victor Hugo, c'est là un rare exemple « d'un roi versant le sang de ses sujets,, non pour tuer, mais pour guérir. »
pu, ■—
Pièce de la collection de l'auteur concernant l'acquisition par la reine Marie de Médicis « d'une maison et ses appartenances, ainsi qu'un jardin fruitier, le tout sis à Monceaux, près les murailles du parc dudit Monceaux. »
Nous reproduisons ci-contre la dernière page de ce document où l'on remarquera la signature autographe de Jehan de La Rivière, médecin du roi Henri IV, et celle de Sébastien Zamet, dont il a été question au cours du précédent chapitre.
... Noble homme M^ Jehan de La Rivière, conseiller et premier médecin ordinaire du Roy, suivant ordinairement Sa Majesté, estant de présent en ceste ville de Paris, lequel recongnut et confessa avoir vendu ceddé quicté transporté et délaissé vend cedde quicte transporte et délaisse par les présentes du tout des mainte-
nant a tousjours, en promect garentir de ses faictz promesses et obligations seullement a très haulte très puissante et très excellente princesse Madame Marie par la grâce de Dieu Royne de France, en acceptant par noble seigneur Sebastien Zamet gentilhomme ordinaire de la chambre du Roy et superintendant de la maison de ladicte dame a ce présent, stippullant et acceptant pour Sa Majesté ses hoirs et aiants cause une maison et ses apartenances, avec ung jardin planté en arbres fruic-
tiers contenant ou environ, ladicte assise a Mon-
ceaulx tenant d'une part aux murailles du parc dudict Monceaulx d'autre a la grande rue du chemyn dudict lieu d'un bout a une maison appellée la ferme du Poullon le tout audict sieur de La Rivière apartenant de son conquest par luy faict de Messire Guillaume de Laubespine chevalier seigneur de Verderonne conseiller du Roy en ses conseils d'estat et privé président en sa 'chambre des Comptes auquel le tout apartenoit, assavoir ladicte maison au moyen de la donation qui luy en a esté faicte par deffunct Messire Sebastien de Laubespine son oncle de son vivant evesque de Lymoges, et ledict jardin aussy au moyen de la donnation a luy faicte d'icelluy par la deffuncte Royne mère du feu Roy et duquel jardin soulloit antiennement joir a tiltre d'usuffruict la dame de Bresseure, les lettres de donation duquel jardin ainsi a luy faicte par ladicte deffuncte dame Royne données audict Monceaulx au mois de juillet l'an de grâce mil cinq cens quatre vingtz trois signées : Catherine et sur le reply, par la Royne, mère du Roy, Pinart, et scellées, sur laps de soye rouge et vert, du grand sceau de cire vert, avec la veriffication