‹ Dans les coulisses de l'histoire (volume 2)Chapitre 23 sur 60 · Journal d'Héroard, t. I, p. XXV · texte numérisé non relu

Journal d'Héroard, t. I, p. XXV

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la Fauconnerie. » Ce qui était d'une adroite courtisanerie.

Louis XIV eut, on n'en doute pas, des chasses fastueuses. Il gardait ses préférences à la chasse au cerf. Nombreuses étaient les dames qui suivaient le monarque dans des calèches, où le demi-Dieu daignait parfois prendre place. Les amazones se coiffaient alors d'élégants chapeaux à plumes; c'est dans une de ces chasses que Mlle de Fontanges, ayant perdu sa capeline emportée par le vent, imagina de relever ses boucles par un ruban, coiffure dont l'effet fut si triomphant sur le cœur du Roi- Soleil, qu'elle devint à la mode et resta célèbre sous le nom de celle qui l'avait innovée.

Louis XV ne fut pas un fougueux chasseur; il se conforma simplement à la tradition.

Quant à Louis XVI, il préférait s'occuper dans sa forge, bien que son Journal porte plusieurs fois mention de ses chasses. Son tempérament flegmatique et son obésité précoce l'éloignaient de cet exercice et puis la Révolution vint, -qui lui amena d'autres soucis!

Le 11 août 1789, le droit de chasse était accordé à tous les citoyens. Cette date marque le terme de

ce qu'on pourrait appeler l'ère aristocratique de ce sport, qui, désormais n'était plus le privilège exclusif d'une caste.

Réforme qui, celle-là, ne rencontra pas d'adversaires : les malheureuses bêtes pourchassées désormais à « fusil-que-veux-tu », en firent seules les frais.

Le personnage connu dans l'Histoire sous le nom d'Eminence grise, parce qu'il fut l'inspirateur, le conseiller toujours écouté, de cette autre Eminence, VEminentissime, le cardinal-ministre Richelieu, s'appelait François Le Clerc du Tremblay. Il appartenait à une famille de magistrats, une de ces vieilles familles de robe, où se recrutaient les administrateurs et les diplomates.

Il y a toujours intérêt à connaître ce qu'ont été l'enfance, l'éducation, l'adolescence, d'un grand homme : rien ne sert mieux à éclairer sa psychologie.

François Le Clerc, fils aîné de Jean Le Clerc du Tremblay, conseiller du roi, premier président des requêtes du palais, chancelier du duc d'Alençon,

puise dans l'ambiance qui l'environne dès la naissance, tout ce qui, plus tard, se développera et s'affermira au long de sa carrière jusqu'à l'amener à la plus indiscutable puissance occulte qu'ait enregistrée notre histoire.

On a rapporté, non sans raison, l'état valétudinaire du Père Joseph, durant presque tout le cours de son existence, à l'état de santé précaire de sa mère. Il paraît avéré que celle-ci fut, pendant toute sa grossesse, tenue à un régime des plus débilitants; son estomac ne tolérant ni viande, ni le moindre potage gras, on dut la nourrir presque exclusivement de bouillon aux herbes et de cerises sèches cuites à l'eau, seuls mets qu'elle prît sans dégoût. Après ses couches, elle demeura pendant six semaines entre la vie et la mort et, bien que l'amour et l'orgueil maternels lui fissent nier que son fils en pût être moins fort ou moins bien portant, celui-ci n'en resta pas moins marqué pour toujours de ce dont sa mère avait souffert : mais dans ce corps débile, se développa une âme forte.

Au moral, l'enfant montra des dispositions précoces à une piété exaltée qui pouvait annoncer sa vocation. Sa sensibilité était extrême. On a noté qu'à l'âge de quatre ans, interrompant un jour la

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LE PEKE JOSEPH

{Collection de l'auteur)

conversation générale, il se jucha sur un tabouret et se mit à raconter le drame de la Passion : il tenait ce récit d'un des serviteurs de ses parents, et il avait été si fortement frappé par le supplice du Calvaire, qu'il avait hâte de faire partager aux siens ses impressions. Arrivé à la mise au tombeau, il eut une crise de larmes qui l'empêcha de continuer. Cet excès de sensibilité, il devait, par la suite, le dompter, et, à force de volonté, s'endurcir, se dominer, devenir maître de son tempérament.

A l'âge de huit ans et demi, il fut, sur son insistance, mis par ses parents au collège de Boncourt. La mort de son père survenant peu après, mûrit son jeune esprit et donna à ses pensées plus d'austère mélancolie encore. De ce moment il ne rêve plus que de vie ascétique. Peu après il faisait vœu d'entrer dans l'ordre de Saint-François parce qu'il portait le même prénom que son fondateur.

En attendant l'heure de la réalisation de son vœu, il poursuivait ses études sous la conduite d'un humaniste fort savant, qu'il gratifiait du sobriquet de Minos.

II possédait bientôt assez parfaitement la langue latine, pour pouvoir parler pendant une heure entière en latin, devant une assemblée d'élite. Il

étudiait le droit et la philosophie et, quand il entra à l'Université, il n'eut qu'à se perfectionner dans la connaissance du grec et des langues vivantes, l'espagnol et l'italien, notamment, qui lui furent très vite aussi familiers que le français.

A dix-sept ans, ses études terminées, il ne lui restait, comme à tout bon gentilhomme, qu'à s'initier aux arts d'agrément, pour parfaire son éducation. Il apprit l'équitation, l'escrime et la danse à l'Académie dirigée par l'écuyer de la grande écurie du roi, le sieur Antoine de Pluvinol.

L'année suivante, il fit, accompagné de son gouverneur, un voyage en Italie, « la meilleure école, en ce temps-là, de la politique et de la diplomatie. » Simultanément, il fréquentait les manèges du grandduc et les cours de jurisprudence, dans la plupart des villes où il séjournait.

Revenu en France, présenté à la Cour avec le titre de baron de Maffliers, il s'y faisait rapidement remarquer du roi, alors Henri IV, dont il gagnait l'estime et la confiance.

Nous le trouvons au siège d'Amiens, en qualité de volontaire; puis en Angleterre, où il accompagne notre ambassadeur, qui va y négocier les conditions de la conclusion de la paix avec l'Espagne.

A son retour, il ne fréquente plus guère que des personnages de haute piété; il se montre de plus en plus résolu à rompre avec le monde. S'étant mis en route pour la Grande Chartreuse, où il projetait de fixer le lieu de sa retraite, il est arrêté, un peu au delà de Nevers, par le souvenir de son vœu à Saint-François et il prend la résolution d'entrer, sans plus attendre, au noviciat des Capucins d'Orléans (1599). Surprise autant qu'affligée d'une si brusque décision, Mme du Tremblay accourt pour faire sommation aux Capucins de lui rendre le jeune néophyte. Mais devant la volonté ferme de celui-ci, elle renonce à s'opposer plus longtemps à ses désirs.

En entrant dans l'ordre de Saint-François, François du Tremblay prendra le nom de Père Joseph, qu'il conservera pour l'Histoire.

Le rôle historique du Père Joseph commence dès le morhent où il se rencontre avec Richelieu.

C'est en Poitou, où le moine avait été envoyé par ses supérieurs, que Richelieu le vit pour la première fois. Il en parle dans ses Mémoires (année 1617), comme d'un homme « qui lui donne de bons avis » ; et, deux ans plus tard, « qui a grande passion au

rétablissement de ses affaires ». « Ces deux puissans génies s'ajustèrent si bien, remarque un des premiers biographes du Père Joseph, qu'aussitost que Richelieu eust receu l'ordre de prendre le gouvernail de cette monarchie, et qu'il se reconnut estre l'Atlas de la France, il demanda au pape et au roy le Père Joseph pour le soulager d'un si grand faix. »

Le Père Joseph jouissait déjà, à ce moment, d'une réputation de grand orateur. A Meudon, il donnait aux novices de son couvent des « exhortations toutes divines, auxquelles se rendoient assidus mesme les anciens Pères, voire aussi le Père gardien. »

Ses prédications attiraient de plusieurs lieues à la ronde les fidèles et leurs curés. A Bourges, notamment, il gagna, en moins d'une année, à l'ordre de Saint-François, une trentaine d'étudiants appartenant aux familles les plus distinguées de la région. A Saumur, il convertit un grand nombre de huguenots. A Angers, il eut un succès tel qu'on vit « messieurs de la justice fermer le palais au matin; et les marchands et artisans leurs boutiques », pour se presser à ses sermons. Au Mans, à Nantes, à Fontevrault, à Châtellerault, même affluence autour de lui. A Blois, les fidèles vinrent de quatre et cinq

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