D^ Cabanes^ Les Enigmes de VHistoire, pp. 251 et suiv
LES MOUCHES AU XVir SIÈCLE
(Bibliothèque Nationale)
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s'y prenne de bonne heure. » Ce n'est pas un enfant comme ses petits camarades de même âge, c'est une jolie poupée. Chaque soir, il prenait la précaution de se laver le cou et le haut de la gorge « avec de l'eau de veau et de la pommade de pieds de moutons, ce qui faisait que la peau était douce et blanche. »
Ce qu'il ne dit pas et que nous tenons d'autres sources, c'est qu'il aimait à se trouver avec des femmes et des filles, à les habiller, à les coiffer. Il savait ce qui seyait à l'ajustement mieux que les femmes les plus coquettes; sa plus grande joie, plus tard, était « de les parer et d'acheter des pierreries, pour les prêter à celles qui étaient assez heureuses pour être ses favorites. »
Mais reprenons sa confession, et recueillons les aveux qui s'échappent de sa plume inconsciente. A l'entendre, il se faisait friser les cheveux, mettre des papillotes et, après avoir été coiffé d'une main experte, il ornait son cou d'une croix de diamant ou de colliers de perles, ses doigts de « deux bagues, qui valaient bien quatre mille francs », et ses poignets de bracelets de perles et de rubis. Une femme de chambre était spécialement préposée à son service.
Il nous renseigne très minutieusement sur sa garde-robe et nous dit son goût pour les robes noir et or, avec parements de satin. Avec l'une d'elles il portait une cravate de mousseline, dont les glands tombaient sur un grand nœud de ruban noir. Le haut de ses blanches épaules se découvrait suffisamment, et comme un petit laquais portait cérémonieusement la longue traîne, on apercevait son jupon de damas blanc.
François Timoléon de Choisy se plaisait aux contrastes : ses robes noires étaient doublées de blanc, ses robes blanches doublées de noir.
Il est plaisant de lui entendre décrire son accoutrement, lorsqu'il se rendait chez son oncle, dont il avait rêvé de faire la conquête; l'oncle était un grave conseiller d'Etat, peu disposé à s'en laisser accroire, cependant notre « coquette » sut le charmer avec son « corps lacé par derrière, une robe de velours noir ciselé, jupe de même par-dessus, jupon ordinaire, cravate de mousseline steinkerque, or et noir. » Une perruque, « fort frisée et poudrée » complétait cet ensemble séduisant.
Jusque dans son négligé, il avait le souci de l'extrême coquetterie : on lui voyait alors « une robe de chambre de taffetas incarnat, un fichu, une
l'ambassadeur ALEXANDRE DE CHAUMONT APPORTANT UN MESSAGE AU ROI DE SIAM
L'Abbé de Choisy est immédiatement derrière l'ambassadeur (Bibliothèque de l'Arsenal)
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échelle de rubans blancs, des cornettes à dentelles avec des rubans incarnat sur la tête; pas une mouche; des petites boucles d'or. »
Etant femme, il devait se faire déshabiller chaque soir, se laisser friser, ajuster les cheveux, fixer ses cornettes; puis on lui mettait une camisole, incrustée de dentelles d'Alençon. Il avait soin d'ôter, avant de se coucher, ses boucles de diamant, pour les remplacer par de plus petites, de moindre valeur, en or.
Il ne nous fait pas grâce de la description de sa chambre à coucher : tapisseries, rideaux des fenêtres et portières, tout de damas cramoisi et blanc; la décoration de la pièce comprenait : un grand trumeau de glace, trois grands miroirs, glace sur la cheminée de marbre blanc, des porcelames, tableaux à bordures dorées, chandeliers de cristal, sept ou huit plaques où, le soir, on allumait des bougies.
Le lit, à la duchesse, était aussi de damas cramoisi et blanc, les rideaux attachés avec des rubans de taffetas blanc; les draps étaient en dentelles et les oreillers - — trois gros et trois ou quatre petits — fixés, aux coins, avec des rubans couleur de feu.
Quel plaisir, pensera-t-on, pouvait trouver notre personnage à s'affubler d'une manière aussi gro-
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tesque? Il s'en est expliqué avec sa franchise coutumière :
« J'ay cherché, écrit-il, d'où me vient un plaisir si bizarre : le voici. Lé propre de Dieu est d'être aimé, d'être adoré; l'homme, autant que sa faiblesse le permet, ambitionne la même chose; or, comme c'est la beauté qui fait naître l'amour, et qu'elle est ordinairement le partage des femmes, quand il arrive que des hommes ont ou croient avoir quelques traits de beauté qui peuvent les faire aimer, ils tâchent de les augmenter par les ajustemens des femmes, qui sont fort avantageux. Ils sentent alors le plaisir inexprimable d'être aimés. J'ay senti plus d'une fois ce que je dis par une douce expérience; et quand je me suis trouvé à des bals et à des comédies avec de belles robes de chambre, des diamans et des mouches et que j'ay entendu dire tout bas auprès de moi : voilà une belle personne! J'ay goûté en moi-même un plaisir qui ne peut être comparé à rien, tant il est grand. L'ambition, les richesses, l'amour ne l'égalent pas, parce que nous nous aimons toujours mieux que nous n'aimons les autres (1). »