Saint-Simon^ Mémoires, édition Chénuel^ t. XVII j
Au plus fort de la Révolution, il y eut un duc d'Aiguillon qui se passa le même caprice, et qui, lorsqu'il fut question de l'élever à la présidence de l'Assemblée nationale, s'attira cette verte réplique : « Vous devez savoir. Monsieur, qu'ici, comme sur le trône de France, le sceptre ne tombe point en quenouille (1).» Enfm, au dernier siècle, n'a-t-on pas signalé le fabricant des Souvenirs de la Marquise de Créquy, le comte de Courchamps, vieux et infirme, s'habillant en femme, une cornette sur la tête, et s'éventant sur un divan? Courchamps, qui mériterait bien pour lui tout seul un coup de crayon, eut un imitateur en la personne du chevalier Christophe-Paulin de Freminville, mort en 1848, auteur d'une Vie de Dugaesclin et des Antiquités de Bretagne, qui n'éprouvait pas de joie supérieure à celle de se montrer sous le vêtement féminin. « On ne croirait pas, écrivait un panégyriste du défunt (2), que cet ancien marin, ce chevalier
Journal de Dangeau; Journal et Mémoires de Mathieu Marais, etc.
1. M. de Lescure^ Correspondance secrète, inédite, de Louis XVI, Marie- Antoinette, la Cour et la Ville, t. II, passim.
2. Cf. Annuaire de la Société des Antiquaires de France (1850).
l'abbé fanfreluche 151
enfoncé dans 1 histoire du moyen âge, ait aimé, pendant sa retraite à Brest, à se revêtir du costume du sexe féminin et qu'il ait mis une recherche presque élégante dans cet habillement, qui contrastait singulièrement avec ses traits fatigués et hâlés par la vie de mer. »
Cette digression nous a un moment éloigné de notre androgyne, nous y revenons. Les psychiatres ne pouvaient manquer de relever chez lui l'infantilisme « caractérisé par sa figure poupine et son absence de moustache » ; et, « psychiquement, par un certain degré de puérilisme ». Ce puérilisme d'un corps infantile devait l'incliner vers l'inversion, « en raison d'une éducation anormale et des mœurs d'alors. » Ce qu'il convient de souligner, chez le sujet qui nous occupe, c'est que ce féminisme se traduisit davantage « par des nuances de caractère, des goûts et du style, et par des inconséquences de grand enfant ou de jeune fille, que par des réactions homosexuelles, révoltantes ou grossières, d'androgyne organique (1). »
Il nous apparaît que le dernier mot de l'analyse
1. Laignel-Lavastine, Le Féminisme de l'Abbé de Choisy {Paris-Médical, 5 juillet 1919) ; Cf. Jean Mélia, L'étrange existence de Vabbé de Choisi/.
du caractère de ce personnage anormal doive appartenir à Sainte-Beuve, dont la pénétration critique, là encore, ne s'est pas montrée en défaut :
« On a vu, écrit le plus subtil des exégètes, maintes fois, le travestissement être un moyen de licence et de désordre, et servir à faciliter des passions, des intrigues, c'est le cas le plus ordinaire. Pour l'abbé de Choisy, qui n'est certes pas exempt de coupables désordres, le travestissement, toutefois, semble être encore la chose principale, l'attrait le plus vif; il aime le miroir pour le miroir, la toilette pour ellemême, la bagatelle pour la bagatelle. Libre devant une glace à s'adoniser et à faire des mines avec une mouche ou une boucle qui lui sied, ayant autour de lui un cercle qui l'encense et qui l'admire, et qui lui dit sur tous les tons : Vous êtes belle comme un ange! C'est là son idéal et son suprême bonheur. »
Puérilité féminine plutôt qu'inversion sexuelle passionnelle, telle est bien, pour nous, la caractéristique de cette « Célimène » en travesti.
La pièce suivante, extraite de notre collection, a trait à une malheureuse femme affligée d'une malformation génitale, laquelle, mal interprétée par les médecins qui eurent à l'examiner, lui valut des tribulations sans nombre.
La lecture de ce document nous enseigne que l'indulgence amusée, encourageante parfois, que l'on accordait aux messieurs-femmes de la haute société, était loin de s'étendre au commun des mortels. Pour ces derniers, la prison, pour les premiers, la tolérance de l'Eglise même : l'observation est de tous les temps et d'à peu près tous les régimes...
La requête est adressée à Louis XIV.
Requeste importante sur une prétendue hermaphrodite